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28 juin 1996

Accession de Necmettin Erbakan au poste de premier ministre de la Turquie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Necmettin Erbakan

La démission du premier ministre Mesut Yilmaz entraîne la formation d'un gouvernement de coalition à la tête duquel on retrouve le chef du Parti Refah, Necmettin Erbakan. C'est la première fois que le leader d'une formation islamiste dirige le gouvernement turc depuis que le pays à accédé à l'indépendance, au cours des années 10.

Lors des élections législatives du 24 décembre 1995, le parti islamiste Refah arrive en tête avec 21,3 % du vote et 158 des 550 élus au Parlement. Afin de l'empêcher de prendre le pouvoir, le Parti de la Juste Voix et le Parti « Motherland », qui ont obtenu respectivement 135 et 132 sièges lors de l'élection, forment un gouvernement de coalition qui sera dirigé en alternance, d'abord par Mesut Yilmaz, puis, à partir de 1997, par l'ex-première ministre Tancu Ciller. Des tensions surviennent toutefois au sein du gouvernement, menant à la démission de Yilmaz. Pour dénouer l'impasse, un nouveau gouvernement de coalition est formé avec à sa tête le chef du Refah, Necmettin Erbakan. Plusieurs membres du Parti de la Juste Voix font partie du cabinet d'Erbakan qui tient un discours rassurant, réaffirmant son désir de coopérer avec les pays de l'Ouest et de maintenir une économie de libre marché. L'accession d'un islamiste au poste de premier ministre, une première en Turquie, inquiète néanmoins les défenseurs de la laïcité. Erbakan restera en poste jusqu'en juin 1997.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Éric Rouleau, « Le pari de Necmetin Erbakan »

«...Les raisons de ce succès ressemblent à s'y méprendre à celles qui ont contribué à la montée en puissance des islamistes ailleurs dans le monde : crise nationale persistante suscitant le mécontentement populaire; impuissance, selon le cas, des régimes ou des partis traditionnels à proposer une solution crédible. L'Iran du Chah et l'Algérie du FLN illustrent cette constatation. La crise en Turquie, bien entendu spécifique à ce pays, est multiforme : l'interminable conflit kurde, une identité nationale confuse, des déséquilibres économiques nourrissant un profond malaise social, la régression démocratique, ont contribué à discréditer une partie de la classe dirigeante, droite et gauche confondues. Au bénéfice d'une opposition qui se présente comme une alternative tout à la fois idéologique (l'islam) et politique. À lire attentivement le programme et les déclarations du Refah, on en conclut que ce parti tente de se substituer tout à la fois à une gauche défaillante et à une droite qui aurait dû se soucier davantage des intérêts de la petite et de la moyenne bourgeoisie, aux nationalistes, enfin, dans la défense des intérêts des « musulmans » face aux ambitions hégémoniques de puissances étrangères. En d'autres termes, on a affaire à un parti attrape-tout. »

Jeune Afrique (France), 14 au 27 août 1996, p. 22-23.

Éric Biegala, « Un islamiste au pouvoir »

«...Si (...) le leader du Refah parvenait à se maintenir en piste, il n'est pas sûr non plus qu'il ait la possibilité de mettre en oeuvre son programme « islamiste ». Tout d'abord parce que celui-ci est parfois totalement farfelu. Son idée d'un « marché commun » islamique, incluant une monnaie unique, par exemple, a peu de chances d'être acceptée par les forces vives du pays (y compris par celles qui se réclament de l'islam) simplement parce que au moins la moitié du commerce de la Turquie se fait d'ores et déjà avec les Etats occidentaux. Autre frein dans la liberté de mouvement d'Erbakan : la nébuleuse militaire, qui, se considérant comme une gardienne des principes du kémalisme (et donc de la laïcité), ne permettra certainement pas une dérive vers la charia, la loi islamique. De plus, l'islam turc est lui-même divisé. Il y a d'un côté des traditionalistes issus des classes moyennes, des personnes qui ont, bon an mal an, profité de la croissance et qui souhaitent une moralisation de la vie publique et économique. De l'autre, on trouve la grande masse des déshérités qui attend d'Erbakan une redistribution de la richesse. Il y a, enfin, les représentants des courants wahhabites ou sarafistes, peu nombreux mais très actifs, et qui professent un islam dogmatique, fortement politisé et dont l'objectif est la constitution d'une république islamique. »

Le Point (France), 6 juillet 1996, p. 18.

Marc Semo, Musa Akdemir, « Erbakan, le premier ministre, a obtenu la confiance du Parlement »

«...Le leader islamiste doit rassurer. Il ne ménage pas ses efforts, surtout vis-à-vis des Américains dont il pourfendait il y a encore quelques jours la politique « impérialiste et sioniste ». Dans la composition comme dans le programme du gouvernement, il multiplie les concessions, laissant, par exemple, l'essentiel de l'économie ainsi que les Affaires étrangères et l'Education au DYP. (...) Politicien consommé, le hodja sait qu'il lui faut procéder étape par étape. Sa coalition est fragile et ne durera probablement guère plus d'un an. Il veut arriver aux élections anticipées en position de force après avoir placé le maximum de ses fidèles dans l'administration. Sur tout ce qui concerne l'islam et la vie quotidienne, il ne peut rien faire, sachant que le camp laïque l'attend au tournant. En politique extérieure, il doit, pour les mêmes raisons, être prudent. C'est donc probablement dans l'économie et le social, avec une politique populiste de dégrèvements fiscaux et d'augmentations de salaire pour les fonctionnaires, qu'il va tenter de démontrer à ses partisans que quelque chose commence vraiment à changer. »

Libération (France), 9 juillet 1996, p. 2.

Frédéric Wagnière, « Virage turc »

«...Beaucoup de Turcs craignent que M. Erbakan ne transforme la république laïque en république islamique, comme le sont l'Iran et d'autres pays musulmans. D'autres ne voient pas le même danger et estiment que la constitution démocratique donne le droit aux islamistes de gouverner, sinon de transformer l'État. Mais les raisons qui poussent Mme Ciller à soutenir M. Erbakan sont moins pures. Le Parlement fait une enquête pour savoir où ont disparu plusieurs millions de dollars, lorsque Mme Ciller était premier ministre. Si elle fait partie du nouveau gouvernement, il est évident que le Parlement devra enterrer l'affaire. L'armée est déjà souvent intervenue lorsque le gouvernement civil semblait incapable de gouverner. On a craint que l'arrivée au pouvoir des islamistes serait une excuse pour voler au secours de la laïcité. Si, en plus de ça, une crise politique éclate au sujet de malversations financières, il sera peut-être difficile de convaincre l'armée de ne pas intervenir. »

La Presse (Québec, Canada), 2 juillet 1996, p. B2.

Gouvernance et gouvernement [ 28 juin 1996 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Turquie
ÉlevéSüleyman DemirelNecmettin Erbakan

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1991 - 2001



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1991
[Résultats] Élections législatives

décembre
1995
[Résultats] Élections législatives

juin
1996
Accession de Necmettin Erbakan au poste de premier ministre de la Turquie

avril
1999
[Résultats] Élections législatives

août
1999
Tremblement de terre en Turquie


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