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30 janvier 2005

Tenue d'élections législatives en Irak

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Iyad Allaoui

L'Alliance unifiée irakienne (AUI) obtient 48,2% des votes et 140 sièges lors des premières élections législatives à plusieurs partis tenues en Irak depuis 1954. Environ 58% des électeurs éligibles participent au scrutin malgré une recrudescence d'attentats qui font des dizaines de victimes.

Après le transfert des pouvoirs des Américains à un gouvernement provisoire irakien, en juin 2004, la tenue d'élections est considérée comme une autre étape importante dans l'édification d'une démocratie en Irak. Malgré un climat de violence, 58% des électeurs se rendent voter. L'AUI, dominée par des musulmans chiites, obtient 140 sièges sur les 275 que comptera l'Assemblée nationale transitoire. L'Alliance pour le Kurdistan, avec 25,7% des votes et 75 sièges, devance ensuite la Liste irakienne du premier ministre Iyad Allaoui, en poste depuis 2004. La faible participation des sunnites, nombreux à boycotter le scrutin, joue contre la Liste irakienne qui se contente de 13,8% des votes et de 40 sièges. La prépondérance des chiites, groupe majoritaire écarté du pouvoir sous Saddam Hussein, fait craindre l'éclosion de conflits à l'intérieur du pays. Le nouveau gouvernement sera dirigé par un chiite, Ibrahim al-Jaafari, à partir du 6 avril, alors que la présidence sera assurée par le kurde Jalal Talabani. Une des priorités des élus sera la rédaction d'une nouvelle Constitution.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Sibylle Rizk, «Les régimes arabes inquiets de la percée chiite»

«...Les dirigeants des pays arabes voisins de l'Irak assistent avec inquiétude à une première dans l'histoire contemporaine : la consécration de la prise du pouvoir de la communauté chiite dans un pays arabe, et non des moindres. Considérés comme hérétiques par l'islam sunnite, qui est très largement majoritaire dans la région, les chiites forment une minorité de 10 % environ à l'échelle du monde musulman. En Irak en revanche, ils composent la majorité de la population, avec quelque 60 % du total (...) «Tout le monde est conscient que l'Irak constitue un vrai laboratoire pour deux problèmes qu'on retrouve, sous une forme ou une autre, dans la plupart des pays de la région : la question nationale, symbolisée par les relations entre Kurdes et Arabes, et la question confessionnelle, avec le rapport entre chiites et sunnites», observe Chibli Mallat, professeur de droit et spécialiste du chiisme irakien. «Ce qui effraie plus particulièrement les régimes voisins, c'est la consécration du principe majoritaire, à travers des élections libres, une première dans la région», poursuit-il. Au-delà de la dénonciation d'un chiisme rampant, c'est donc l'idée démocratique elle-même qui met mal à l'aise les classes dirigeantes, dans des pays encore largement autocratiques.»

Le Figaro (France), 31 janvier 2005, p. 3.

Anne-Sophie Le Mauff, «De nombreux Bagdadiens ont voté contre la peur»

«...Interrogés sur leur présence aux urnes, beaucoup d'Irakiens assurent vouloir construire un Irak plus démocratique à plus ou moins long terme, mais ils ajoutent presque tous qu'ils entendent être libérés de la présence américaine. «Je suis allé voter pour ne plus donner aucun prétexte aux Américains. Nous leur avons prouvé qu'ils doivent partir et laisser la sécurité aux mains des Irakiens», explique Ahmed, un enseignant de Bagdad. Cet enthousiasme, très répandu dans la capitale, ne reflète cependant pas l'atmosphère dans l'ensemble du pays. Dans de nombreux foyers rebelles sunnites du nord de Bagdad, beaucoup de bureaux de vote ont été pulvérisés avant d'ouvrir leurs portes. Sur les 240 de la province de Salahedine, seuls 140 ont résisté aux attaques aux mortiers. Le maire de Samarra, très pessimiste, redoutait un taux de participation nulle dans sa ville au moment où les rebelles menaçaient de représailles physiques tout électeur. Alors que le taux de participation déterminera en partie la légitimité des urnes, Saad Mawloud n'en oublie pas les Américains des mains desquels est sorti le scrutin. «Les élections ne sont qu'une pure propagande pour l'occupant. Nous ne devons pas donner nos voix à des candidats qui sont arrivés en Irak sur des chars américains», lance-t-il.»

L'Humanité (France), 31 janvier 2005, p. 4.

Richard Hétu, «L'encre et le sang»

«...Le 30 janvier 2005 s'ajoutera peut-être aux dates sans lendemains roses en Irak. Il y a eu la chute de Bagdad le 9 avril 2003, la fin des «hostilités majeures», le 1er mai 2003, la capture de Saddam, le 14 décembre 2003, et la passation du pouvoir à un gouvernement intérimaire, le 28 juin 2004. Aucune de ces dates n'a permis d'entrevoir en Irak la proverbiale lumière au bout du tunnel. La date d'hier sera-t-elle différente des autres? Il faudrait avoir un coeur de pierre pour ne pas le souhaiter (...) Le président Bush a admis qu'«il y a encore du chemin à faire sur la route vers la démocratie» (...) Mais Bush a dû pleinement savourer cette journée. Il faisait du scrutin un test majeur, qui viendrait justifier sa stratégie irakienne. Il avait maintenu la date de leur organisation en dépit des appels à un report. Il y a près de deux ans, il a déposé un tyran, Saddam Hussein, qui ne possédait plus d'armes de destruction massive. Et il se voit, plus que jamais, en train d'aider l'Irak à implanter la démocratie au Moyen-Orient, ce projet radical dont il parlait avant de déclencher sa guerre.»

La Presse (Québec, Canada), 31 janvier 2005, p. A1.

Éditorial

«...No one thinks that yesterday's voting means the end of the insurgency. The remnants of Saddam's intelligence services and the Saddam Fedayeen who are behind most of the terrorism can't allow self-government to take root because it means the end of their political dominance; they still must be destroyed. However, from now on the Baathist insurgents and their foreign-born allies will be attacking not American «occupiers» but a newly elected and legitimate Iraqi government (...) Now that Iraqis have voted, the new line among American critics of the Iraq war is that «elections are not democracy.» Well, elections may not be sufficient for democracy but they are necessary. Everyone knows that struggle and compromises lie ahead if the new Iraq is going to succeed. But yesterday's demonstration of courage and hope by millions of Iraqis belies those cynics who say Arabs and Muslims don't want democracy. As a certain American President said recently, the spread of freedom is essential to winning the war against terrorism. Some of America's leading lights scowled and said that Mr. Bush was «over-reaching»; yesterday, millions of Iraqis offered a more eloquent rebuttal.»

The Wall Street Journal (États-Unis), 31 janvier 2005.

Gouvernance et gouvernement [ 30 janvier 2005 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Irak
TransitionGhazi Mashal `Ajil al-YawarIyad Hashim al-`Allawi

États-Unis
ÉlevéGeorge W. Bush

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2000 - 2016



mars
2003
Début d'une offensive militaire d'envergure en Irak

janvier
2005
Tenue d'élections législatives en Irak

janvier
2005
[Résultats] Élections législatives

décembre
2005
[Résultats] Élections législatives

décembre
2006
Exécution de l'ex-président irakien Saddam Hussein

mars
2010
[Résultats] Élections législatives

avril
2014
[Résultats] Élections législatives

juin
2014
Proclamation d'un califat par l'État islamique en Irak et au Levant

juillet
2016
Attentats terroristes à Bagdad, en Irak


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L'EI et Al Qaïda : l'ère du terrorisme à deux visages

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février
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Le premier ministre irakien Nouri Al-Maliki sort gagnant des élections provinciales

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L'Irak démocratique et libre... d'occupation

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Un État kurde : un rêve possible ou une fantaisie ?

novembre
2007
Les Kurdes : entre l'espoir et la crainte


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