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21 mai 1998

Démission du président indonésien Suharto

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Suharto

Après avoir dirigé l'Indonésie pendant 32 ans, le président Haji Mohamed Suharto cède aux pressions et annonce qu'il démissionne de son poste. C'est le vice-président Bacharuddin Jusuf Habibie qui lui succédera.

Depuis son arrivée au pouvoir, en 1967, le général Suharto dirige l'Indonésie de façon autoritaire. Il obtient sept mandats consécutifs de l'Assemblée consultative populaire, dont le dernier, sans opposition, le 10 mars 1998. La crise économique qui a secoué l'Asie en 1997 et la montée des prix de plusieurs biens de consommation, notamment la nourriture, donnent toutefois de l'élan à la contestation. Particulièrement animée au sein des mouvements étudiants, celle-ci dégénère en conflits violents, dont un qui se déroule à Jakarta au milieu du mois de mai. Le Parlement est même occupé par des étudiants avant que Suharto, maintenant âgé de 76 ans, ne décide de remettre sa démission le 21 mai. Onze de ses 21 ministres imitent son geste. La nomination de l'ex-vice président Bacharuddin Jusuf Habibie pour succéder à Suharto crée toutefois des inquiétudes chez les contestataires. Considéré comme un protégé de l'ex-président, celui-ci s'efforce de rassurer la population en promettant la tenue d'élections avant la fin de son mandat, en 2003.

Pour en savoir plus: Discours télévisé du président indonésien

Dans les médias...


Olivier Weber, «La chute de Suharto»

«...Brusquement, l'archipel enfiévré a perdu son dalang. Le dalang, c'est le maître suprême du théâtre d'ombres dans l'imaginaire indonésien, celui qui tire les ficelles et agite les marionnettes de légende, celui qui plante le décor et dénoue les intrigues dans les senteurs d'encens, celui qui rythme la vie ancestrale des villages, auréolé d'une puissance secrète, et promet l'eldorado même lorsque le riz se meurt. Depuis trente-deux ans, le président Suharto, 76 ans, dictateur et parangon d'un «Ordre nouveau», ennemi des droits de l'homme, remplissait ce rôle sans états d'âme, pour le meilleur, disaient les marchands et les innombrables profiteurs du système, et pour le pire, murmuraient les démocrates. Puis soudain, jeudi, le maître de ce gigantesque théâtre d'ombres - 13 000 îles et 200 millions d'âmes, soit la quatrième nation la plus peuplée au monde - a rendu son tablier, sous la double pression des étudiants dans la rue et des militaires dans les coulisses. Lâché par les Américains, par la voix de Madeleine Albright, celui qui exerça son pouvoir sans partage n'a pu résister à la vague de révolte qui balayait l'Indonésie et a transmis son sceptre au vice-président B.J. Habibie, 61 ans, fidèle d'entre les fidèles...»

Le Point (France), 23 mai 1998.

Jean Leclerc du Sablon, « Indonésie : le petit peuple sans illusions »

«...Son « gouvernement des réformes » ne convainc ni les étudiants ni la Bourse. On lui donne six mois. Le grand constructeur d'avions « made in Indonesia », l'ingénieur Habibie, formé par l'industrie allemande, parachuté jeudi président de l'Indonésie à la place de son parrain Suharto, peut-il voler de ses propres ailes ? Une étrange coalition de voix, issues des très idéalistes campus universitaires comme des froids opérateurs des marchés boursiers asiatiques, a répondu hier par la négative (...) Adoubé jeudi par un Suharto aux abois, Jusuf Habibie, 62 ans, ne tiendra pas jusqu'en 2003. C'est le mandat que lui avait confié jeudi le président déchu, qui croyait posséder en Habibie une dernière carte. Les milieux politiques, économiques, intellectuels et religieux lui donnent au mieux six mois. Le frêle nouveau souverain a tenté hier de convaincre qu'il n'était pas un simple « pape de transition ». Présentant son « nouveau gouvernement, professionnel et intègre », il n'a pu persuader aucune personnalité en vue de l'opposition de s'y joindre.»

Le Figaro (France), 23 mai 1998, p. 2.

Guy Taillefer, « L'après-Suharto »

«...La question est maintenant de savoir, justement, comment s'opérera cette transition et quelles sont les chances qu'elle s'effectue calmement. L'armée du général Wiranto et les forces d'opposition gravitant avec plus ou moins de cohésion autour du musulman Amien Raïs ont donné ces jours-ci l'impression de vouloir garder la tête froide, après les événements meurtriers de la semaine dernière. C'est heureux, bien qu'il soit difficile de décoder les desseins de l'omniprésente machine militaire. Amien Raïs, qui convoite la présidence du pays, tient un discours modéré et rassembleur, mais il a un passé de musulman radical dont se méfie l'armée indonésienne, de nature laïque. Au delà des risques de bain de sang, la manifestation ratée d'hier illustre cette méfiance. En déployant un dispositif de sécurité tel que la manifestation devenait à peu près impossible à organiser, l'armée ne fait pas que jouer les arbitres en ces temps de crise entre Suharto et l'opposition, elle est maître du jeu.»

Le Devoir (Québec, Canada), 21 mai 1998, p. A6.

Éditorial

«...Following the violent deaths of more than 500 protesters, demonstrators and looters, Indonesian President Suharto finally succumbed to reality, belatedly resigning after ruling for 32 years in absolute power. Since Indonesia's economy began to implode last July under the weight of a banking crisis that precipitated a currency rout, it has been clear that the nation faced two extraordinarily serious challenges, one economic, the other political. Mr. Suharto failed in both areas. As Mr. Suharto repeatedly obstructed the implementation of economic reforms he regularly pledged to adopt, the country's political crisis deepened the economic crisis. Financial markets issued one collective vote of no-confidence after another. Inexplicably, Mr. Suharto slashed food and energy subsidies for the poor to a greater extent than the International Monetary Fund (IMF) had recommended. This action set off the student protests and rioting in the capital city of Jakarta that led to the president's toppling. The authoritarian leader's welcome departure offers the world's fourth-most-populous nation a long denied opportunity to democratize. »

The Washington Times (États-Unis), 31 mai 1998.

Gouvernance et gouvernement [ 21 mai 1998 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Indonésie
FaibleBacharuddin Jusuf HabibieInformation non-pertinente

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1988 - 2008



mai
1998
Démission du président indonésien Suharto

juin
1999
[Résultats] Élections législatives

octobre
1999
Élection d'Abdurrahman Wahid à la présidence de l'Indonésie

avril
2004
[Résultats] Élections législatives

juillet
2004
[Résultats] Élection présidentielle

décembre
2007
Ouverture de la Conférence de Bali sur les changements climatiques


Dans l'actualité


février
2019
Indonésie : élections présidentielle et législatives d'une démocratie fragile

janvier
2019
Rassemblement international à Bali pour sauver les océans

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2018
La justice indonésienne progresse dans sa lutte à la corruption

avril
2018
Le coût du séparatisme en Indonésie

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Les Indonésiens dans la rue pour la condamnation d'Ahok

octobre
2016
Remaniement ministériel en Indonésie : l'économie au coeur du changement

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Déforestation en Indonésie : un pilier économique, mais un désastre écologique

octobre
2014
Une élection indonésienne marquante

février
2014
Élection présidentielle à saveur populiste en Indonésie

mars
2013
L'Indonésie : un essor économique impressionnant


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