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2 octobre 1968

Répression d'une manifestation étudiante sur la Place des trois cultures à Mexico

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Gustavo Diaz Ordaz

Dans les semaines qui précèdent la tenue des Jeux olympiques, le Mexique est secoué par une grève étudiante d'envergure. Elle mènera à des affrontements violents avec la police et l'armée, chargées de restaurer l'ordre.

L'année 1968 est marquée par la contestation étudiante dans plusieurs pays occidentaux. En juillet, elle gagne Mexico. Des grèves étudiantes éclatent à la National University et à l'École polytechnique, mobilisant des dizaines de milliers d'étudiants. En plus de dénoncer la brutalité policière, les grévistes réclament, entre autres, la libération de prisonniers politiques détenus au Mexique ainsi que des modifications au Code pénal. Le président Gustavo Diaz Ordaz reconnaît la nécessité de certaines réformes et promet l'autonomie de l'université. Mais la contestation se poursuit. L'approche des Jeux olympiques, qui doivent débuter le 12 octobre, incite le gouvernement à envoyer l'armée afin d'occuper les campus. Des affrontements sanglants ont lieu les 18 et 24 septembre. Un autre, le 2 octobre, sur la Place des trois cultures, se solde par des dizaines de morts et des centaines d'arrestations. Malgré des tensions, les Jeux olympiques se tiendront dans l'ordre alors que la grève étudiante arrivera à terme avant la fin de l'année.

Dans les médias...


Jean-François Revel, «Asterix modèle d'athlète»

«...Que «l'idéal olympique» ne soit en mesure de combattre par sa seule puissance spirituelle ni les injustices ni les crimes, on s'y résignerait, si malheureusement il ne servait aussi à les voiler ou même à les provoquer. Que l'imminence des Jeux n'ait pas empêché l'armée mexicaine de tirer dans la foule, ce serait déjà une chose très triste. Mais on a de bonnes raisons de soupçonner qu'en outre elle a suivi des consignes de fermeté, visant à casser une bonne fois toute velléité de semer la pagaille dans et autour des Jeux. Si c'était le cas, le bain de sang se serait produit non seulement malgré mais à cause des Jeux. Et que penser de ces athlètes qui acceptent de se produire sous la protection des armes, de contribuer ainsi à effacer le souvenir du carnage de la place des Trois-Cultures ? Ceux que j'ai entendu interviewer à ce sujet se sont bornés à marmonner quelques phrases d'où il ressortait, pour parler familièrement, que «ce n'était pas leurs oignons».»

L'Express (France), 21 au 27 octobre 1968, p. 35.

Christian Jelen, «Mexique : le sens d'une révolte»

«...Ce n'est pas un hasard si la contestation du régime mexicain est venu du seul îlot de liberté, de réflexion et de critique : l'Université. Mais si la crise se prolongeait, le Mexique pourrait bien, à plus ou moins long terme, passer sous la botte des militaires. Après avoir privilégié le développement du secteur privé auquel il est étroitement lié, le P.R.I. apparaît difficilement capable de redistribuer le revenu national et d'endiguer le mécontentement général. Il ne peut plus se complaire dans la rhétorique révolutionnaire et multiplier les discours sur l'ignorance, les pauvres et l'insécurité (...) Quant aux petites réformes, comme celle qui consisterait à abaisser l'âge de vote à dix-huit ans pour canaliser la révolte de l'Université, les étudiants ne s'en contenteront pas. Dans l'état de décomposition actuel de la société mexicaine, l'armée et la police sont les seules forces capable d'assurer la stabilité dans les universités, les usines et les campagnes. Les bases du coup d'État existent : les putschistes peuvent compter sur l'oligarchie, l'impérialisme et jusqu'à un certain point sur le mécontentement populaire. Il suffirait d'un accident de parcours. Ce pourrait être un dérapage économique après l'euphorie olympique ou l'élection du président de la République en 1970.»

Les Temps modernes (France), décembre 1968, p. 1095.

Roger Champoux, «Un sacrifice démentiel»

«...Que peut-on dire, que peut-on écrire en marge de la tuerie de Mexico ? L'absurdité à son comble (...) Comment expliquer qu'une réunion pacifique tourne subitement au cauchemar sanglant ? Sans aucun respect pour les victimes, sauf une larme de commande, voilà qu'on cherche à désigner des provocateurs en reprenant l'habituel chapelet des «ismes» ravivés en ces heures de folie collective. Que le monde contemporain soit un peu fou, la démonstration en est trop dramatique pour ne point s'en rendre compte. Mais fou à ce point-là, c'est l'aberration globale. Que les Jeux Olympiques aient lieu ou non, cette considération nous apparaît désormais secondaire : il faut avant tout que l'ordre règne dans les esprits. Ce n'est sûrement pas en quelques heures qu'on lavera le sang, qu'on réconfortera les familles épouvantées et qu'on apaisera les cerveaux survoltés.»

La Presse (Québec, Canada), 4 octobre 1968, p. 4.

S.A., «La Noche Triste»

«...By its harsh and unnecessary repression, the government succeeded chiefly in drawing anger toward itself and provoking sympathy for the students. Quite possibly the army's actions may have revived a campus rebellion that was beginning to peter out. A Chamber of Deputies commission had announced itself ready to meet the students, who were still pressing a list of demands, most notably 1) changing ill-defined antisubversion laws and 2) disbanding the city's riot cops. Now, such hope for accommodation lay blasted in the plaza. It was a classic case of overreaction. Mexico's students are neither hard-core revolutionaries of the Paris model nor U.S.-style dropouts from society. What they do have in common with students everywhere is disenchantment with the Establishment. Mexico's government is more established than most, and the all powerful Partido Revolucionaro Institucional suffers from the arteriosclerosis of absolute power held too long. While proclaiming the high ideals of revolution embodied in the constitution of 1917, it has turned increasingly to the power of the army to put down revolts in the impoverished countryside and to quell demonstrations of dissent.»

Time (édition canadienne), 11 octobre 1968, pp. 33-34.

Gouvernance et gouvernement [ 2 octobre 1968 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Mexique
FaibleGustavo Díaz Ordaz

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1963 - 1973



juillet
1964
[Résultats] Élection présidentielle

octobre
1968
Répression d'une manifestation étudiante sur la Place des trois cultures à Mexico

juillet
1970
[Résultats] Élection présidentielle


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