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19 juin 1965

Renversement du président Ahmed Ben Bella en Algérie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Houari Boumédiène

Des tensions persistantes au sein du gouvernement algérien éclatent en juin 1965. Le président Ahmed Ben Bella est renversé par un coup d'État orchestré par les militaires et remplacé par le ministre de la Défense, Houari Boumediene.

La présidence de Ben Bella, élu en 1963, fait l'objet d'une contestation croissante. Il y réagit en limogeant plusieurs membres du gouvernement. Il prévoit faire de même avec le ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Bouteflika, lorsqu'il est renversé par les militaires. La prise du pouvoir donne lieu à quelques altercations, mais l'opposition est vite neutralisée. La figure de proue du coup, le ministre de la Défense Houari Boumediene, prend la tête du gouvernement et du Conseil de la révolution nouvellement formé. Les militaires jouent un rôle important au sein de ce Conseil de 26 membres. Boumediene justifie l'intervention du 19 juin en dénonçant « La mauvaise gestion du patrimoine national, la dilapidation des deniers publics, l'instabilité, la démagogie, l'anarchie, le mensonge et I'improvisation (qui) se sont imposés comme des procédés de gouvernement » sous Ben Bella. Les nouveaux dirigeants se disent favorables au non-alignement et à l'unité des pays arabes et africains. Une entente majeure sur les hydrocarbures et le développement industriel est également conclue en juillet 1965 avec la France. L'adoption d'un modèle de développement socialiste marquera le règne de Boumediene qui se terminera avec sa mort, en 1978. Emprisonné après le renversement de 1965, Ben Bella sera pour sa part libéré en 1981, après quelques années en résidence surveillée.

Dans les médias...


Jean-François Kahn, « Le drame d'Alger »

«...Bomedienne est impopulaire. Il n'a pour lui que la force. Pour sortir l'Algérie de l'ornière, il faut quelque chose de plus. Ben Bella avait réussi, à coups de poker, à rétablir une situation sans cesse compromise. On a beaucoup parlé, par exemple, de cette autogestion que l'on a qualifiée d'« historique » et d'« irréversible ». Et c'est vrai qu'il s'agit d'une expérience très intéressante de démocratie à la base. Mais sait-on que lorsque Ben Bella en proposa le décret à ses ministres, il dût, pour le faire passer, mettre ostensiblement en marche un magnétophone ? Le Conseil de la Révolution présidé par Boumedienne a fini par englober à peu près tout le monde, y compris les plus médiocres. C'est dire que les contradictions demeurent. Simplement, la gauche étant écrasée, le balancier va pencher à droite. La dépolitisation ne peut que s'accentuer. Qui mettre à la tête du pays ? Ferhat Abbas ? C'est sans doute le seul homme qui jouisse, avec Ben Bella, d'une réelle popularité. Ce serait l'abandon progressif du socialisme, mais aussi un retour au libéralisme politique. De jeunes officiers ne veulent pas en entendre parler. On n'a pas éliminé Ben Bella, disent-ils, pour récupérer les vieux politiciens. Alors ? »

L'Express (France), 28 juin au 4 juillet 1965, p. 23.

J.-M. D., « Raison d'État en Algérie »

«...(Boumedienne) Cet intellectuel taciturne n'est pas un aventurier; on ne saurait dire non plus qu'il représente une armée revendicatrice ou justicière, ni quelque grande cause outragée. (La comparaison avec Nasser est trompeuse.) Il incarne plutôt la « raison d'État » au sens contemporain qu'a pris l'expression : la nécessité de dépoétiser et de réorganiser lorsque les grandes exaltations ont abouti au mensonge général. L'U.R.S.S. a connu récemment ce processus, et la Chine, encore que sous une forme atténuée. Le socialisme de parti unique se paye avec de telles secousses. Fin de l'improvisation, retour au sérieux, direction collégiale, priorité des intérêts algériens... Tout cela était nécessaire sans doute. La magie avait commencé de remplacer le socialisme. Mais qui ne voit que le socialisme lui-même en éprouve un rude dommage ? Car ce rêve dispersé par les militaires, c'était celui de la terre aux paysans, des usines aux ouvriers, et de la fraternité agissante avec les nations prolétaires. C'est dans ce rêve, au moins autant que dans son propre culte, que s'était égaré Ben Bella, passionné pour son peuple, et - malgré ce que disent aujourd'hui les nouveau maîtres du pays - chef intègre et sobre, sauf dans son langage. »

Esprit (France), septembre 1965, p. 301-302.

Philippe Herreman, « L'épilogue d'une sourde lutte d'influence »

«...Si la sourde lutte d'influence que se livrent depuis l'indépendance civils et militaires peut être considérée comme la cause profonde de la crise qui vient d'éclater, si les collaborateurs du chef de l'État supportaient de plus en plus mal sa tendance au pouvoir personnel (...) il est possible que des conflits plus récents ont exacerbé les rapports entre M. Ben Bella et le « clan » des militaires. Il paraît acquis notamment que les auteurs du coup d'État étaient fermement opposés aux contacts établis par le gouvernement avec les milieux de l'opposition, et notamment à l'accord que le F.L.N. vient de conclure avec le F.F.S. et qui laissait présager des mesures de clémence en faveur des « rebelles » d'hier. Ils auraient également refusé qu'à la faveur du remaniement préparé par M. Ben Bella un ministre kabyle (M. Belkacem Krim) entre dans le gouvernement. (...) Dans ce climat se sont vraisemblablement réveillées les divergences fondamentales qui ont toujours opposé M. Ben Bella et ses amis au groupe des militaires, et qui portent sur l'orientation socialiste du régime - ou plutôt sur les méthodes, les modalités - ainsi que sur la place de l'Islam dans la révolution algérienne. »

Le Monde (France), 20 et 21 juin 1965, p. 6.

S.A., « Algeria : Strong Man Out »

«...So skilfully, relentlessly and ruthlessly had Ben Bella squashed his political opposition, and so much did Algeria's impoverished masses seem to accept him as the incarnation of their seven-year rebellion against France, that the onetime French Army sergeant seemed to rule over Algeria with virtually unchallenged authority. (...) The consequences of Ben Bella's overthrow were difficult to predict. One of the uncertainties was whether the Afro-Asian conference, to which some 60 nations had been invited, would go ahead as scheduled starting June 29. The future of the negotiations between Algiers and Paris over sharing of profits from the Sahara oil and gas fields was also in question. So was the direction Algerian foreign policy might now take toward the West, toward the other Afro-Asian nations in general and toward Soviet Russia and Communist China in particular. (...) Might Algiers now take sides in the Sino-Soviet dispute ? If so, what would be the repercussions throughout the developing areas of Africa and Asia ? Not the least of the questions awaiting an answer out of Algiers was that of Ben Bella's whereabouts and what might be done with him. »

Newsweek (États-Unis), 28 juin 1965, p. 31-32.

Gouvernance et gouvernement [ 19 juin 1965 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Algérie
FaibleHouari Boumédièneinformation non-pertinente

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1960 - 1970



avril
1961
Putsch des généraux en Algérie

juillet
1962
Répression contre les harkis et les Européens en Algérie

octobre
1962
Admission à l'Organisation des Nations unies (ONU)

octobre
1963
Déclenchement de la guerre des sables entre le Maroc et l'Algérie

juin
1965
Renversement du président Ahmed Ben Bella en Algérie


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