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20 novembre 1977

Discours historique du président Anouar el-Sadate devant la Knesset

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Anouar el Sadate

En novembre 1977, le président égyptien Anouar el-Sadate entame un voyage historique de trois jours en Israël au cours duquel il rencontre le premier ministre Menahem Begin. Le moment fort de son voyage est le discours qu'il prononce devant les députés de la Knesset, le Parlement israélien, le 20 novembre.

Devant la Knesset, Sadate réitère fermement les conditions traditionnelles de l'Égypte pour arriver à une paix durable. Il exige le retrait total des territoires occupés par Israël depuis 1967 et réaffirme qu'il n'y aura pas de paix séparée avec l'État hébreu sans les Palestiniens. Dans son discours, Begin réitère la position de son pays qui refuse catégoriquement de reconnaître un État palestinien indépendant. Même si la visite de Sadate en sol israélien n'amène pas la paix dans la région, elle lève une barrière psychologique importante. Par contre, le rapprochement de l'Égypte avec Israël entraîne une vive condamnation de la plupart des gouvernements arabes. L'initiative de Sadate attire l'attention du monde entier, mais aggrave également la fracture au sein du monde arabe. Lorsque le président égyptien invite les parties impliquées dans le conflit moyen-oriental à une conférence en décembre en Égypte, cinq de ses voisins refusent l'invitation et dénoncent les positions égyptiennes. Le 5 décembre 1977, l'Égypte rompt ses relations avec l'Algérie, l'Irak, la Libye, la Syrie et le Yémen sud. Néanmoins, les pourparlers avec Israël se poursuivent. Le 17 septembre 1978, les deux États signent les accords de paix de camp David, sous la médiation du président américain Jimmy Carter. En 1981, Sadate est assassiné par des fondamentalistes musulmans.

Pour en savoir plus: Discours du président égyptien devant la Knesset

Dans les médias...


A.D., «Israël et le défi de l'histoire»

«...Ces discours à la Knesset marquèrent toute la distance qui sépare Sadate de Begin. La ferveur de l'Égyptien contrasta avec la raide fierté de l'ancien clandestin, de l'éternel leader de l'opposition accédant au pouvoir juste pour voir s'éclore l'éventualité à laquelle il avait cru moins que quiconque. On sentait bien que l'événement les dépassait tous, l'histoire avait pris un tournant irréversible, qui faisait augurer du meilleur et du pire. La guerre n'est plus inéluctable, le problème judéo-arabe est soluble. Mais nous assistons à un renversement des rôles : si hier le refus arabe était politique, l'ouverture juive était spirituelle et culturelle, aujourd'hui le refus juif serait politique et l'ouverture arabe culturelle. Doit-on toujours distancier ces deux dimensions, ne devrait-on pas les joindre, faire aller ensemble le spirituel et le politique ?»

Esprit (France), janvier 1978, p. 75-76.

Jean-François Revel, «Tout est changé»

«...L'initiative d'Anouar El-Sadate est le premier événement qui ait fait bouger la situation au Proche-Orient sans être une guerre. Seuls des conflits armés avaient jusqu'à présent modifié les rapports de forces, dans un sens ou dans l'autre. Conflits armés parmi lesquels il faut naturellement compter non seulement les quatre guerres israélo-arabes, mais les luttes arabes internes, en Jordanie et au Liban, avec des organisations palestiniennes équipées militairement, et, dans le second cas, du moins, poussées au combat par l'U.R.S.S. Dans la semaine dernière, le schéma selon lequel le Proche-Orient est condamné au blocage total dans les intervalles qui séparent les conflagrations appartient au passé. Même si cet électrochoc, avant hier inimaginable, le spectacle du chef de l'État égyptien en train de haranguer la Knesset, ne peut suffire à faire disparaître immédiatement, par sa seule magie, les casse-tête territoriaux et humains de la région, il permettra au moins que les intéressés commencent à les analyser ensemble, de façon réaliste.»

L'Express (France), 21 au 27 novembre 1977, p. 61.

Mehdi Yakdhan, «Sadate à Jérusalem : la reddition»

«...La propagande égyptienne, relayée par les formidables moyens des médias occidentaux, a tenté de présenter le voyage de Sadate comme une initiative destinée à surmonter les vieilles inhibitions et à créer de nouvelles conditions propices à l'amorce d'une dynamique de paix. Les partisans les plus optimistes du chef de l'État égyptien y ont même vu une façon de défier les dirigeants sionistes, en les acculant à faire sauter les barrières psychologiques et à considérer lucidement la réalité du drame palestinien. Le résultat obtenu a été pourtant que le séjour à Jérusalem a pris les allures d'un véritable affront à l'opinion arabe. En réalité, et contrairement à ce qu'il a laissé entendre, Sadate savait pertinemment que «le conflit n'était pas à 70% d'ordre psychologique». En jouant son va-tout par un acte d'une témérité suicidaire, il a fait davantage la preuve de son désarroi que de l'audacieux réalisme auxquels ses nouveaux laudateurs rendent aujourd'hui hommage.»

Afrique-Asie (France), 28 novembre 1977, p. 51.

Josette Alia, «Pourquoi Sadate a fait le saut»

«...Sur la voie étroite qu'il s'est choisie, Sadate avance prudemment en tâtant du pied à la manière d'un danseur sur corde raide. Il ne peut se permettre une paix séparée quelle que soit l'envie qu'en ait son peuple. Il ne peut pas, non plus, laisser retomber ce si beau soufflé. La seule issue possible reste donc de relancer Genève -Genève avec tous les Arabes, y compris les Palestiniens, que le gouvernement d'Israël continuait à refuser jeudi soir. Alors ? Alors Sadate risque gros, et tout le monde en Égypte le sent. Il risque son prestige et, sans doute, sa vie. Dimanche matin, devant le palais Abdine, deux cent mille Frères musulmans priaient en silence vers 5 heures du matin, après avoir parcouru les rues en chantant des chants religieux. Ceux là, et d'autres plus extrémistes encore, ne pardonneraient pas à Sadate un échec, qui serait finalement l'échec de la paix. Mais les Israéliens pardonneraient-ils à Begin d'avoir volontairement gâché une telle occasion ? Dans le jeu compliqué que mène Anouar el-Sadate, cette question reste sa meilleure, sa dernière peut-être sa seule carte d'atout.»

Le Nouvel Observateur (France), 28 novembre 1977, p. 66.

Éditorial

«...Sadat's problem now is to show that his trip to Jerusalem has produced positive results not only for Egypt but for the rest of the Arabs as well, especially the Palestinians. Unless he can do that, his isolation within the Arab world will increase and his position at home will become more perilous. A coup or assassination attempt can't be ruled out, and for Israel a radical regime in Cairo would be frightening to contemplate. In his desire for peace, Sadat may actually have more in common with Begin than some of his fellow Arab leaders. Israel has certainly done everything in its power to convince the Arabs that they can't get what they want by making war. Sadat's visit looks increasingly like a tacit acknowledgment that the Arabs must eventually make a choice between a partially satisfactory peace and war at any price.»

Newsday (États-Unis), 21 novembre 1977.

Gouvernance et gouvernement [ 20 novembre 1977 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Égypte
FaibleAnouar el-SadateMahmoud Muhammad Salem

Israël
ÉlevéEphraim KatzirMenahem Begin

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1972 - 1982



octobre
1973
Déclenchement de la guerre du Kippour au Moyen-Orient

novembre
1977
Discours historique du président Anouar el-Sadate devant la Knesset

octobre
1981
Assassinat du président égyptien Anouar el-Sadate


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