Université de Sherbrooke
École de politique appliquée     Dimanche 26 octobre 2014      Accueil              
       
Pays | Statistiques | Années | Événements | Conflits | Organisations | Analyses | Biographies | Vidéos | Documents | Glossaire | Valeurs | Jeux     

11 janvier 1992
Démission du président algérien Chadli Bendjedid

Texte rédigé par l'équipe de Perspective Monde,

Chadli Bendjedid

Après avoir entamé des négociations avec le FIS (Front islamique de salut) qui venait de connaître un succès éclatant au premier tour des élections législatives, le président de l'Algérie perd le soutien des leaders militaires. Sous de fortes pressions, Chadli Bendjedid remet sa démission le 11 janvier 1992.

Le 12 juin 1990, les premières élections locales qui ont lieu sous le nouveau système électoral algérien sont dominées par le mouvement musulman fondamentaliste FIS. Le 25 mai 1991, le FIS déclenche une grève générale et exige des changements constitutionnels, l'application immédiate de la charia (loi islamique), la démission du président et la tenue d'élections présidentielles. Le 5 juin, Bendjedid déclare l'état d'urgence et ordonne à l'armée de restaurer l'ordre dans le pays. Il faudra attendre le 29 septembre 1991 pour que l'état d'urgence soit levé et que des élections législatives soient annoncées. Les résultats du premier tour, le 26 décembre, donnent au FIS 188 sièges sur une possibilité de 231, ce qui le place en excellente position pour obtenir la majorité au deuxième tour. Bendjedid décide alors de négocier avec les fondamentalistes. La pression des militaires qui s'y opposent est cependant trop forte et il démissionne. Par la suite, le Haut conseil de sécurité (HCS), formé par Ahmed Ghozali et les plus hauts officiels du pays, invalide les résultats des élections et annonce l'annulation du deuxième tour. Le HSC fait arrêter les leaders du FIS, ce qui déclenche une guérilla des fondamentalistes contre les forces de l'ordre. Le 23 février, le parti politique FIS est banni d'Algérie. Loin d'apaiser le climat, ce geste sera suivi par une poussée de violence qui secouera le pays.

Dans les médias...


S.A., « Algérie : l'impasse historique »

«...Le FIS - on l'a souligné - n'est pas un parti de gouvernement : profondément divisé, il aurait vite succombé par incompétence. La montée du FIS témoigne de ce qu'Olivier Roy appelle « la fin de l'islam politique », c'est-à-dire de la volonté de la société de ne plus être sous la coupe de l'État. Plutôt que vers un radicalisme à l'iranienne, c'est vers le modèle saoudien que se dirigeait la société algérienne, vers la coexistence d'un pouvoir faible et d'un fondamentalisme soudant et renforçant la société. Il ne faut pas se tromper. Le coup d'État d'Alger permet à un régime archaïque, à un pouvoir suranné et répressif de survivre grâce au pouvoir des armes. C'est une survivance monstrueuse qui se légitime de la démocratie alors que le peuple a voté contre lui. Le pouvoir algérien a toujours violé la démocratie. Aujourd'hui, c'est un pas de plus dans l'abus de pouvoir, dans le mépris de l'histoire d'un peuple. »

Esprit (France), février 1992, p. 4.

Jean Daniel, « Les pièges de la démocratie »

«...Pour un certain nombre d'hommes politiques, l'avertissement du FIS était pain bénit. Il fallait laisser se dérouler le second tour des élections, enregistrer la victoire des islamistes (qui aurait peut-être été un peu moins importante du fait de la mobilisation des abstentionnistes du premier tour) et se préparer à dissoudre la chambre dès la première velléité de toucher à la Constitution. Les principaux responsables de l'armée ont estimé que c'était là une aventure terriblement dangereuse. Selon eux, tant que le FIS ne disposait que d'un espoir de légitimité, le redressement restait possible. Mais à partir du moment où un gouvernement islamiste s'installerait par la volonté affirmée du peuple, alors il disposerait d'une capacité de manoeuvre et d'entraînement qui rendrait désastreuse toute intervention du président et de l'armée. C'est là que se situe le moment historique qui a conduire à la déposition (présentée comme une démission) du président Chadli. S'il y a des développements tragiques dans l'avenir, c'est dans ce débat qu'il faudra en chercher la source. »

Le Nouvel Observateur (France), 16 au 22 janvier 1992, p. 30.

François Brousseau, « Les saints martyrs de la démocratie »

«...Nouvelle épine au pied des euphoriques béats de la « grande vague démocratique mondiale », l'affaire algérienne est presque un cas d'école : oui ou non, des totalitaires potentiels devraient-ils avoir le droit de prendre démocratiquement le pouvoir et de l'exercer ? Quant à leurs adversaires, armés ou non, peuvent-ils légitimement invoquer la dictature appréhendée pour enlever au « pauvre-petit-peuple-si-mal-préparé-à-la-démocratie » le droit de porter sur le trône qui il veut, quand il veut, y compris des barbus obscurantistes qui ne reconnaissent que la tranchante loi d'Allah ? Autrement dit, quelle liberté accorder aux ennemis de la liberté ? Vieille question du philosophe, qui affirmait : « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire. » Il y avait eu Gamsakhourdia « le fou élu » en Géorgie. Il y aura désormais les « fous d'Allah » algériens, contempteurs de la démocratie, mais victimes outragées des manoeuvres antidémocratiques d'un pouvoir agonisant. »

Le Devoir (Québec, Canada), 14 janvier 1992, p. 2.

Gouvernance et gouvernement [ 11 janvier 1992 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Algérie
FaibleAbdelmélik BenhabilèsSid Ahmed Ghozali

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie [1987 - 1997]



5 octobre 1988 Émeutes en Algérie
5 novembre 1988 Kasdi Merbah : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
9 septembre 1989 Mouloud Hamrouche : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
5 juillet 1991 Sid Ahmed Ghozali : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
11 janvier 1992 Démission du président algérien Chadli Bendjedid
16 janvier 1992Mohammed Boudiaf : chef d'État (investiture/assermentation)
29 février 1992 Proclamation de l'état d'urgence en Algérie
29 juin 1992El-Tidjani Haddam : chef d'État (investiture/assermentation)
2 juillet 1992Ali Hussain Kafi : chef d'État (investiture/assermentation)
8 juillet 1992 Belaid Abdessalam : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
21 août 1993 Redha Malek : chef du gouvernement (investiture/assermentation)
31 janvier 1994Situation transitoire
21 février 1995 Émeute dans la prison de Serkadji, en Algérie
16 novembre 1995 Élection de Liamine Zéroual à la présidence de l'Algérie
27 novembre 1995Liamine Zéroual : chef d'État (investiture/assermentation)

 Dir: Jean-Herman Guay Faculté des lettres et sciences humaines       Version 9.6 2014    ©Tous droits protégés     Bilan du siècle   Dimension