Université de Sherbrooke
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3 novembre 1970
Accession de Salvador Allende à la présidence du Chili

Texte rédigé par l'équipe de Perspective Monde,

Salvador Allende

Après avoir obtenu la majorité des voix lors de l'élection présidentielle chilienne du 4 septembre 1970, Salvador Allende est confirmé dans sa fonction de président par un vote du Congrès. Allende devient le premier président d'un pays qui n'est pas communiste à être élu démocratiquement avec une plate-forme marxiste.

En janvier 1970, cinq partis de gauche s'unissent pour former la coalition de l'Unité populaire (UP). Ils choisissent le sénateur socialiste Salvador Allende comme candidat à l'élection présidentielle. Celle-ci se déroule le 4 septembre 1970 dans un climat de violence marqué par des manifestations. Allende obtient 36,3 % des voix contre 34,9 % pour son plus proche rival, Jorge Alessandri, ancien président chilien et candidat indépendant de la droite. Radomiro Tomic, du Parti démocrate chrétien (DC) au pouvoir, obtient pour sa part 27,8% des voix. Salvador Allende doit toutefois se soumettre à la loi chilienne qui prévoit qu'en cas de victoire sans majorité absolue, il revient au Congrès de choisir le nouveau président. Le sénateur Allende peut compter sur l'appui de 80 sièges, alors que les démocrates chrétiens en détiennent 75 et Alessandri 45. La situation se tend avec le refus d'Alessandri de concéder la victoire à Allende. Le 9 octobre, l'UP et le Parti DC s'entendent sur des réformes constitutionnelles, assurant ainsi la victoire d'Allende. Dix jours plus tard, Alessandri se retire de la course. Lors de la séance conjointe des deux chambres du Congrès tenue le 24 octobre, Allende obtient 153 voix contre 35 pour Alessandri. Il est assermenté président le 3 novembre 1970 pour un mandat de six ans.

Dans les médias...


S.A., «Un succès lourd de menaces»

«...Il est donc permis de se demander si l'élection présidentielle du 4 septembre n'a pas marqué le début d'une période agitée pour un pays qui avait, jusqu'à présent, été moins touché que ses voisins par la vague de violence et d'anarchie qui déferle sur l'Amérique latine. Les clameurs de triomphe qui ont salué, la nuit dernière à Santiago, la victoire du candidat du Front populaire n'annoncent-elles pas les cris de colère de ceux qui songent à étouffer une démocratie exemplaire ? (...) Dans l'immédiat, le succès, même relatif, d'un dirigeant socialiste est un événement considérable (...) La conquête du pouvoir en Amérique latine par des partis de gauche apparaît désormais possible par la voie légale. M. Fidel Castro se réjouissait en envisageant cette hypothèse la semaine dernière. Encore faudrait-il évidemment que ce «succès» qui n'est que relatif, soit entériné avant le 4 novembre par le Parlement, auquel la Constitution a confié une responsabilité dont on ne s'était jamais avisé qu'elle pourrait être aussi grave.»

Le Monde (France), 6 et 7 décembre 1970, p. 1.

J.M., «Salvador Allende»

«...Ayant hérité de la présidence de la république et des ministères que la coalition a répartis entre les divers partis, l'U.P. n'est pas pour autant maîtresse de l'appareil étatique formé des bureaucrates et des fonctionnaires; l'armée, le capital industriel, financier, agricole et les États-Unis sont autant d'éléments potentiellement dangereux. Un programme de nationalisations radicales sera-t-il applicable et, s'il l'est, sera-t-il toléré ? L'U.P. (à supposer qu'elle reste unie, ce qui n'est pas évident) ne s'enlisera-t-elle pas dans le marécage constitutionnel d'une légalité qu'elle a promis de respecter ? Allende a donné des «garanties» à la D.C. et à l'armée. On ne sait lesquelles mais il reconnaissait ainsi la D.C. comme grande force politique du moment, sinon du pays (...) Salvador (Sauveur) Allende (Au delà) porte la grande responsabilité de satisfaire les aspirations au changement du peuple chilien, et il doit faire vite. S'il va trop vite, s'il ne va pas assez vite, il ne faut pas écarter la possibilité de la guerre civile, et à partir de là celle d'une réaction qui annulerait 140 ans d'un acquis démocratique au Chili, avant d'aggraver la situation du reste de l'Amérique Latine.»

Esprit (France), février 1971, p. 412-413.

Édouard Bailby, «Chili : le pouvoir rouge»

«...Les marxistes de M. Allende et les têtes pensantes de la démocratie-chrétienne de Santiago se sont rejoints dans la conviction commune que les réformes ne pouvaient plus attendre. Sinon, le Chili, gelé par l'immobilisme de droite de M. Allessadri, allait dériver vers le chaos révolutionnaire qu'appelaient les gauchistes de Movimento de Izquierda Revolucionaria, meneurs étudiants pour la plupart, qui semaient chez les pauvres le levain de la lutte armée (...) M. Allende a six ans devant lui pour réussir, s'il garde la confiance de la nation et si l'extrême gauche ne le déborde pas. La première condition du succès est donc la prudence : M. Fidel Castro lui-même la lui a conseillée. Que la démocratie-chrétienne prenne peur, que ses parlementaires rallient la droite, et le mécanisme constitutionnel achoppe. Que 50 000 managers et techniciens clefs chiliens s'enfuient, et l'économie tombe en panne, aggravant encore le chômage qui frappe le tiers de la main-d'oeuvre, et l'inflation, qui galope à 35% cette année. Ce serait l'échec, et le chaos. M. Allende le sait. Il a appelé solennellement les travailleurs à ne pas «faire le jeu de la droite» en demandant trop.»

L'Express (France), 2 au 8 novembre 1970, p. 26-28.

Claudio Véliz, «The Chilean Experiment»

«...Indeed, one would assume that if Chile succeeds in making an efficient, civilized and democratic transition to socialism, the United States could do worse than to present her experience as a suitable model for other Latin American nations to follow. But this, of course, would be a mistake, as the factors at play in the Chilean situation are unique; Chile's mood is most singular, and her cultural and political insularity make her a case apart. Perhaps nowhere is this so evident as in the attitude of her armed forces. Committed to the democratic process, bound to uphold the constitution, they represent not the only guarantee, but an additional and most convincing one that Chile will not easily abandon the path of democratic legality which President Allende has so emphatically declared to be the one his government is determined to follow. Chile, therefore, presents not a threat, but a hope; not a model to be imitated, but an experience to be reflected upon.»

Foreign Affairs (États-Unis), avril 1971, p. 453.

Gouvernance et gouvernement [ 3 novembre 1970 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Chili
IntermédiaireSalvador Allende Gossens

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Chronologie [1965 - 1975]



12 octobre 1965 Création du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) au Chili
1 mars 1969[Résultats] Élections législatives
4 septembre 1970[Résultats] Élection présidentielle
22 octobre 1970 Assassinat du général chilien René Schneider
3 novembre 1970 Accession de Salvador Allende à la présidence du Chili
3 novembre 1970Salvador Allende Gossens : chef d'État (investiture/assermentation)
11 septembre 1973 Renversement du gouvernement de Salvador Allende au Chili
11 septembre 1973Augusto Pinochet : chef d'État (investiture/assermentation)
30 septembre 1974 Assassinat du général chilien Carlos Prats

 Dir: Jean-Herman Guay Faculté des lettres et sciences humaines       Version 9.6 2014    ©Tous droits protégés     Bilan du siècle   Dimension