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12 septembre 1980

Renversement du gouvernement de Süleyman Demirel en Turquie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Kenan Evren

Après qu'un rassemblement d'islamistes fondamentalistes ait publiquement défié le gouvernement civil de Süleyman Demirel, le commandant en chef des forces armées turques, Kenan Evren, orchestre un coup d'État non-violent et s'empare du pouvoir.

Les revers politiques successifs du gouvernement minoritaire du premier ministre Demirel incitent l'armée à avertir publiquement, en janvier 1980, que la Turquie est au bord du désastre. En effet, le pays est en proie à des violences sectaires entre musulmans sunnites et chiites. Malgré la reconduction de la loi martiale, il subit aussi le terrorisme de l'extrême droite et de l'extrême gauche. À Konya, le 6 septembre, un rassemblement organisé par des islamistes fondamentalistes sème l'inquiétude chez les militaires. Le 12 septembre, Kenan Evren, le commandant en chef des forces armées, orchestre un coup d'État non-violent et s'empare du pouvoir. Il instaure un Conseil national de sécurité de cinq membres et dissout le Parlement. Il suspend également la Constitution, bannit les activités politiques et fait arrêter plus de 6000 personnes. Le 18 septembre, Evren est assermenté président de la Turquie. Deux jours plus tard, le militaire à la retraite Bulent Ulusu devient premier ministre du pays. Le lendemain, il forme un cabinet mixte de civils et de militaires. Le nouveau régime entend s'attaquer au terrorisme tout en promettant une nouvelle Constitution démocratique soumise à un éventuel référendum. En 1983, un processus de démocratisation est engagé en Turquie avec l'élection d'un gouvernement civil et le retrait progressif de l'armée de la vie politique.

Dans les médias...


Christian d'Epenoux, « Turquie : le retour des généraux »

«...Défier l'État, passe encore. Mais pas l'Armée, à ce point, et si longtemps. Au point que ceux qui doutaient, voilà un mois encore, de son intervention se demandent aujourd'hui comment elle a pu tant tarder. C'est une Armée du peuple, non une Armée de caste. (...) Ils avaient l'air heureux. Ravis d'apparaître comme la « dernière chance de la démocratie ». Et l'on a tendance à les croire, même si c'est une démocratie galonnée. Ravis du soulagement quasi général qui les accueille. Ravis aussi d'avoir joué un bon tour au grand voisin soviétique, qui pouvait, un jour, profiter du chaos. Mais la tâche est écrasante, pour relever ce pays en lambeaux. Et ils peuvent être tentés, même en s'appuyant sur un cabinet d'économistes et des « techniciens », de rester longtemps. Atatürk disait naguère à ses soldats qu'il fallait, « après la victoire, savoir empoigner la charrue ». Le plus dur, cette fois encore, reste à faire. »

L'Express (France), 27 septembre 1980, p. 53.

Simon Malley, « Le cercle d'acier américain »

«...En fait, c'est à la Maison-Blanche que le général Evren, alors chef d'état-major de l'armée turque, avait mis au point, une semaine plus tôt, avec les stratèges civils et militaires américains, l'organisation et l'exécution du coup d'État militaire qui allait porter au pouvoir des hommes totalement alignés sur les objectifs de la politique américaine dans la région. Avec une prétendue façade « kémaliste » afin de mieux tromper l'opinion publique turque et internationale, le général Evren et ses pairs seront des instruments fidèles de la stratégie des États-Unis, qui ont, sur le territoire turc, des bases d'où ils peuvent à merveille contrôler l'Union soviétique, l'Iran et la Méditerranée. Et, si la réaction des généraux grecs pro-américains a été si chaleureuse, c'est qu'ils ont l'espoir - et la possibilité prochaine - d'avoir les moyens de pression susceptibles de faire rentrer la Grèce dans l'O.T.A.N. »

Afrique-Asie (France), 29 septembre 1980, p. 27.

André Patry, « Turquie agonisante »

«...En raison de sa position géographique et de son instabilité gouvernementale, la Turquie pourra paraître une cible de choix à quiconque souhaite une modification de l'équilibre politique au Proche-Orient. Depuis la chute du chah, elle a perdu l'unique voisin dont l'amitié lui était acquise. Autour d'elle, il n'y a plus maintenant que des États méfiants ou rancuniers. Mais, peu enclins à l'aventure, les Turcs demeurent, sur la scène internationale, un élément de pondération. Néanmoins, l'aggravation du terrorisme ou une nouvelle détérioration de l'activité économique pourraient conduire à une véritable dictature. Pour l'instant, l'armée, héritière fidèle du kémalisme, qui bénéficie dans tout le pays d'un immense prestige, ne semble avoir d'autre objectif que la sauvegarde des institutions dont elle avait réclamé un meilleur usage dans l'avertissement solennel adressé en décembre dernier au président de la République et qui n'avait guère été suivi par les partis politiques dépassés par la crise intérieure. »

Le Devoir (Québec, Canada), 15 septembre 1980, p. 13.

S.A., « The Generals Take Over Again »

«...Because of the convulsions in neighboring Iran and in Afghanistan, the West has all along been jittery about any sign of instability in Turkey. The country is the southeastern bulwark of NATO's defense and a moderate influence in the Islamic world. Its 300-mile border with the Soviet Union makes it a critically important listening post, vital for verification of Salt. While disappointed that democratic procedures had been suspended, the allies viewed the military's intervention as a necessary - and temporary - evil. (...) Many Turks seemed to welcome the military takeover as a respite from the fearful bloodshed. Some terrorists no doubt envision an entirely different outcome. Experts have long suggested that leftist revolutionaries wanted a military regime, in hopes that it would prove so oppressive as to produce a full-scale popular uprising. The generals now have the unenviable task of clamping down on the terrorists, without running roughshod over human rights. »

Time (États-Unis), 22 septembre 1980, p. 36.

Gouvernance et gouvernement [ 12 septembre 1980 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Turquie
FaibleKenan EvrenSaim Bülent Ulusu

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1975 - 1985



juin
1977
[Résultats] Élections législatives

septembre
1980
Renversement du gouvernement de Süleyman Demirel en Turquie

novembre
1983
Tenue d'élections législatives en Turquie

novembre
1983
[Résultats] Élections législatives


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