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29 mai 1999

Assermentation d'Olusegun Obasanjo à la présidence du Nigeria

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Olusegun Obasanjo

Avec 62,8% des voix, Olusegun Obasanjo est élu président du Nigeria devant son seul adversaire, Olu Falae. Suivant l'élan de libéralisation entrepris par le général Abdusalam Abubakar, l'ascension au pouvoir d'Obasanjo marque un retour à la démocratie pour la république nigériane.

Le général Obasanjo avait déjà tenu les rênes du pouvoir au milieu des années 1970. Il avait alors mis en échec le coup du lieutenant colonel Bukar Dimka qui avait entraîné la mort du président Murtala Ramat. Entre 1976 et 1979, Obasanjo a réinstauré un pouvoir civil démocratiquement élu avant de prendre sa retraite des forces armées. En 1995, il est emprisonné par le dictateur Sani Abacha sous l'accusation de préparer un putsch. Après la mort mystérieuse d'Abacha, en 1998, Obasanjo est libéré par le successeur du défunt, Abdusalam Abubakar. Ce dernier promet de mettre fin au pouvoir militaire et crée une commission électorale indépendante, tenue de surveiller les élections fédérales prévues pour le 20 février 1999. Le Parti démocratique populaire (PDP), l'Alliance pour la démocratie (AD) et le Parti «All-People» (PAP) s'affrontent alors pour la faveur populaire. Le PDP, parti d'Obasanjo ayant récolté près de 50% du vote national aux élections locales et provinciales, fait aussi bien aux élections fédérales avec 206 des 309 sièges à la chambre basse et 59 des 109 sièges au Sénat. Une semaine plus tard, Obasanjo obtient lui-même une majorité de voix à l'élection présidentielle en l'emportant sur Olu Falae, candidat de l'AD et du PAP. Dans son discours d'assermentation, le 29 mai, Obasanjo ciblera la réconciliation nationale, le combat contre la corruption et la restauration des infrastructures économiques comme tâches prioritaires.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Stephen Smith, « Nigeria : jour J pour la démocratie »

«...État paria de la communauté internationale il y a neuf mois seulement, alors boycotté pour sa dictature militaire impénitente et ses graves violations des droits de l'homme, le Nigeria se choisit ce samedi démocratiquement un Président. Malgré de nombreuses réserves, c'est la meilleure nouvelle venue de l'Afrique depuis l'élection de Nelson Mandela, en 1994, et l'avènement au pouvoir de la majorité noire dans l'ancien pays de l'apartheid. (...) Ces dernières semaines, rien n'a rappelé l'euphorie du power shift - le « basculement du pouvoir » - avorté en 1993, lorsqu'un autre Yoruba, l'homme d'affaires Moshood Abiola, a été élu à la faveur d'un scrutin a posteriori « annulé » par la junte militaire. Aujourd'hui, l'électorat est conscient qu'il s'agit non pas d'une rédemption démocratique mais d'une transition négociée pas à pas. Obasanjo, qui aime à se dire « détribalisé », est un ex-militaire qui rassure l'establishment en uniforme. Bien qu'il annonce l'instauration d'une « agence anticorruption » flanquée d'un tribunal spécial, il n'engagera aucune poursuite pour détournement de fonds rétroactivement. Le péculat, qui porte sur des dizaines de milliards de pétrodollars, restera donc impuni, comme les abus des droits de l'homme dans le passé. C'est d'ailleurs sur cette base que l'actuel président, le général Abubakar, a mené à bien son programme de transition. Le 29 mai, l'armée cédera le pouvoir sous réserve d'impunité. »

Libération (France), 27 février 1999, p. 7.

Philippe Migault, « Les militaires nigérians prennent le relais »

«...Adversaire de la corruption (Obasanjo), critique envers les militaires revenus aux commandes en 1983, il est emprisonné en 1995 pour trois ans. Soldat atypique, il devra faire face à plusieurs défis. Au séparatisme d'abord : se définissant comme « nigérian pas tribaliste », il est né à Abeokuta, dans le sud-ouest du pays, fief des Yorubas, l'une des trois grandes ethnies de ce pays déchiré par ses conflits tribaux. Deuxième défi : la conjoncture économique. Quoique producteur de pétrole, le Nigeria souffre d'un manque chronique d'essence. Les populations du delta du Niger s'en prennent aux compagnies pétrolières implantées dans la région : elles ne voient pas un sou des bénéfices. Le général Abubakar, qui a assuré l'intérim depuis la mort du général-président Sani Abacha il y a un an, a certes entrepris de libéraliser l'économie, mais l'intervention étatique reste pesante et les caisses de l'État sont vides. »

Le Figaro (France), 31 mai 1999, p. 4.

Thomas Sotinel, « Olusegun Obasanjo met fin à quinze ans de dictature militaire au Nigeria »

«...Cette cérémonie met un terme à quinze ans de régime militaire qui ont fait du Nigeria - potentiellement riche - l'un des pays les plus pauvres du monde . La tâche du nouveau président est immense et les Nigérians s'interrogent sur la capacité d'Olusegun Obasanjo à guérir le pays des maux qui l'ont empêché de se développer. Ses partisans font valoir son expérience et son assise politique intérieure et internationale. Adversaires et sceptiques s'attardent sur son passé militaire. Même s'il a quitté l'uniforme en 1976, Olusegun Obasanjo reste pour beaucoup une créature de l'armée. (...) La politique du nouveau président - qui n'a pas développé de programme au long de sa campagne et a consacré les trois mois qui se sont écoulés depuis son élection à des voyages à l'étranger - dépend de son autonomie face à l'appareil militaire. Jusqu'ici, les officiers supérieurs et leurs amis ont réussi à bloquer les réformes économiques qui remettraient en cause les privilèges exorbitants qui en ont fait des milliardaires dans un pays de miséreux. C'est à la vigueur de l'assaut du président Obasanjo contre ces citadelles qu'on jugera sa politique. »

Le Monde (France), 31 mai 1999, p. 4.

Guy Taillefer, « Une démocratie militaire ? »

«...L'histoire du Nigeria est la somme d'un antagonisme ancien. Celle d'un antagonisme ethnique - entre nordistes d'origine Haoussa-Funali qui dominent l'appareil politique et militaire et sudistes yoroubas et ibos qui habitent les riches régions pétrolifères - sur lequel la candidature de M. Obasanjo allait en principe appliquer un baume. En faisant élire cet ex-général d'origine commodément yarouba, l'élite nordiste cherchait samedi à faire d'une pierre trois coups: donner à la communauté internationale la preuve d'une démocratisation nigériane, placer au pouvoir un ancien général qui lui soit acquis et espérer que ses origines yoroubas aideront à calmer le sentiment de spoliation politique qu'éprouvent les Nigérians au sud. Il est possible que cette élite ait atteint son principal objectif en donnant aux Nigérians - mais, à l'évidence, sans vraiment accepter de céder le pouvoir politique - un président démocratiquement élu. Il est moins sûr qu'elle ait réalisé le troisième. Car le plus inquiétant dans le résultat de ces élections est précisément que l'ancien général, malgré sa victoire convaincante, ne soit pas parvenu à convaincre les électeurs du sud-est yorouba de voter pour lui. »

Le Devoir (Québec, Canada), 2 mars 1999, p. a6.

Gouvernance et gouvernement [ 29 mai 1999 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Nigeria
LimitéOlusegun Obasanjoposte aboli

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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Assermentation d'Olusegun Obasanjo à la présidence du Nigeria

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