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7 septembre 2005

Élection de Hosni Moubarak à la présidence de l'Égypte

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Mohammed Hosni Moubarak

L'adoption d'un amendement constitutionnel pave la voie à la tenue d'une élection présidentielle à laquelle participent plusieurs candidats. Il s'agit d'une première en Égypte qui est toutefois obscurcie par le contrôle serré qu'exerce le gouvernement sur le processus.

De fortes pressions domestiques et extérieures incitent le président égyptien Hosni Moubarak à proposer un amendement constitutionnel permettant la participation de plusieurs candidats à l'élection présidentielle du 7 septembre 2005. Par le passé, la population ne pouvait se prononcer que sur un seul candidat. En mai, les parlementaires, puis les Égyptiens, par voie de référendum, s'affirment prononcent en faveur de l'amendement. Mais des restrictions importantes sur les critères d'éligibilité soulèvent la grogne de l'opposition qui dénonce l'obstruction faite à son endroit ainsi que la mainmise du gouvernement sur les médias. Lors d'un scrutin controversé, dénoncé par plusieurs comme frauduleux, Moubarak est réélu pour un sixième mandat avec 88,6% des voix. Son principal adversaire, Ayman Nour du Parti al-Ghad, arrive loin derrière avec 7,6% des votes. Les législatives, qui se déroulent en novembre et décembre 2005 dans un climat de violence, sont dominées par le Parti démocratique national (PDN) de Moubarak qui obtient 311 des 454 sièges. Les Frères musulmans, organisation islamiste radicale illégale combattue par le gouvernement, font pour leur part élire 88 députés inscrits comme indépendants. Cette percée, réalisée malgré l'opposition du gouvernement, retient l'attention de la presse internationale. Elle donne aussi un aperçu de la nouvelle donne politique en Égypte. Seuls les partis ayant obtenu 5% des voix pourront présenter des candidats à la prochaine présidentielle.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Claude Guibal, «L'Égypte ne s'est pas ruée aux urnes»

«...Pour l'éditorialiste du journal Al-Ahram, Salama Ahmed Salama, il s'agissait d'un entraînement pour les Egyptiens. Un tout petit pas très maîtrisé vers davantage de démocratie. Mais du côté du PND cette élection a surtout servi de galop d'essai pour une première campagne «à l'américaine». Affiches, spots TV, campagne gérée par des jeunes brillants et polyglottes, discours minutieusement préparés, réactions populaires et médiatiques aussitôt analysées par des experts. Un changement de style que l'on doit à Gamal, le fils du raïs. Etoile montante du parti, il pourrait utiliser ces techniques lors de la prochaine présidentielle afin de succéder à son père. L'élection, prévue en 2011, pourrait avoir lieu bien plus tôt, si jamais le raïs, rattrapé par la fatigue, devait passer la main en cours de mandat, comme certains le pensent. Ses rivaux se préparent à une échéance plus proche : les législatives de novembre. Un scrutin d'autant plus attendu que les candidats indépendants peuvent y participer, à commencer par les Frères musulmans, la première force d'opposition.»

Libération (France), 10 septembre 2005, p. 10.

Guy Taillefer, «L'autre Égypte»

«...Mascarade ou avancée démocratique? Un emmêlement complexe des deux, difficile à décanter. Dans l'immédiat, la première présidentielle pluraliste tenue mercredi en Égypte aura largement servi à déguiser la dictature exercée depuis 24 ans par le président Hosni Moubarak, que l'encadrement législatif du scrutin, les contraintes imposées à l'opposition et les manipulations faites à la clé dans les bureaux de vote assuraient, sauf incroyable surprise, de la victoire (...) Exercice démocratique d'autant plus télégraphié qu'en amont, le gouvernement avait fait adopter au Parlement, en mai dernier, un amendement constitutionnel imposant à l'opposition d'exigeantes conditions de candidature et interdisant les partis politiques religieux. L'organisation islamiste des Frères musulmans, dont les racines populaires sont profondes en Égypte, s'est trouvée exclue d'office. Sous le travestissement, il reste que cette présidentielle objectivement historique a permis d'entrouvrir des espaces de contestation inédits dans un pays où la prison et la torture attendent la dissidence (comme ce fut le cas d'Ayman Nour, un des principaux candidats d'opposition à la présidence), où prévaut la culture du soupçon et de la peur, un pays étouffé depuis 24 ans par l'état d'urgence décrété après l'assassinat de l'ancien président Anouar al-Sadate, en 1981.»

Le Devoir (Québec, Canada), 9 septembre 2005, p. A8.

Tangi Salaun, «Un cinquième mandat pour Moubarak»

«...La presse est en revanche restée évasive sur le taux de participation, les estimations variant entre 20 et 35 % selon les sources. Loin, en tout cas, des 79 % annoncés par les autorités après le plébiscite qui avait reconduit Hosni Moubarak au pouvoir en 1999, ou même des 53 % du référendum du 25 mai dernier sur l'ouverture de la présidentielle au multipartisme. Si ce chiffre est confirmé, ce serait, pour les observateurs indépendants, un signe que les fraudes ont été beaucoup moins nombreuses que lors des scrutins précédents, même si de nombreuses irrégularités ont été relevées. Mais la vraie surprise de cette première présidentielle pluraliste, ce serait la deuxième place d'Ayman Nour, qui recueillerait environ 12 % des suffrages (...) Pour illustrer son slogan, « L'espoir pour l'avenir », le chef du parti al-Ghad (Demain) a été le plus pugnace des adversaires d'Hosni Moubarak. Il a ainsi séduit ceux qui veulent une rupture radicale avec le système, surtout des jeunes. Malgré son déficit de notoriété et son image sulfureuse, de nombreux Egyptiens le jugent corrompu, opportuniste, populiste et pro-américain - Ayman Nour s'impose grâce à ce résultat comme une figure politique avec laquelle il faudra compter dans les années à venir.»

Le Figaro (France), 10 septembre 2005, p. 2.

Éditorial

«...The outcome of the election, held Wednesday, was never really in doubt. Mubarak still controls all the levers of power, including the state-run media. Final returns aren't due until Friday or Saturday, though the only real question is by how big a margin he will best his nine rivals. But to dwell on that is to miss a historic moment in a bellwether Arab state. A brief 19 days of campaigning - circumscribed by the ruling party- has given the country's roughly 77 million citizens a glimpse of democracy's promise. State-run television opened its studios to challengers for the first time. Candidates rallied crowds who were not rousted by state security agents. Egyptians fell free enough to complain aloud about the creaky and corrupt Egyptian economy -gripes that in the past could have brought a visit from the police (...) The changes that Mubarak encouraged could bring a more democratic presidential race as early as 2011, notes Middle East expert Steven Cook (...) At the very least, Egypt's next president isn't guaranteed to be Mubarak's handpicked successor. And there's hope that parliamentary elections this fall will be more open.»

Chicago Tribune (États-Unis), 9 septembre 2005.

Gouvernance et gouvernement [ 7 septembre 2005 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Égypte
FaibleHosni MoubarakAhmad Nazif

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2000 - 2016



septembre
2005
Élection de Hosni Moubarak à la présidence de l'Égypte

septembre
2005
[Résultats] Élection présidentielle

novembre
2005
[Résultats] Élections législatives

février
2011
Démission du président égyptien Hosni Moubarak

mai
2012
[Résultats] Élection présidentielle

juin
2012
Annonce de l'élection de Mohamed Morsi à la présidence de l'Égypte

décembre
2012
Référendum constitutionnel en Égypte

juillet
2013
Renversement du président Mohamed Morsi en Égypte

janvier
2014
Référendum sur une nouvelle Constitution en Égypte

juin
2014
[Résultats] Élection présidentielle


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