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22 juillet 2007

Élection en Turquie du Parti justice et développement de Recep Tayyip Erdogan

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Recep Tayyip Erdogan

Le Parti pour la justice et le développement (PJD) du premier ministre Recep Tayyip Erdogan remporte les élections législatives turques avec 340 des 550 sièges en jeu. Il devance nettement son rival le plus sérieux, le Parti populaire républicain (PPR), qui ne recueille que 99 sièges.

Plusieurs enjeux sont au coeur de la vie politique turque, dont une éventuelle adhésion du pays à l'Union européenne. La question de la laïcité de l'État est également un sujet qui suscite de profondes tensions. Au printemps 2007, l'élection par l'Assemblée législative d'un successeur au président Ahmet Necdet Sezer est marquée d'une chaude polémique. Farouche défenseur d'un État séculier, Sezer a des rapports tendus avec le gouvernement du PJD de Recep Tayvip Erdogan qu'il perçoit comme une menace islamiste. Une candidature possible de Erdogan à la présidence mobilise des foules impressionnantes qui défilent dans les rues de la capitale, Ankara, afin d'exprimer leur soutien au maintien d'un État laïc. Erdogan décidant de ne pas entrer dans la lutte, le ministre des Affaires étrangères, Abdullah Gül, devient le candidat du PJD. De nouvelles manifestations sont organisées pour protester, alors que l'armée rappelle ses positions traditionnelles qui vont dans le sens d'un État séculier et du respect de la démocratie. Le boycott des partis d'opposition empêche Gül d'accéder à la présidence, une situation qui entraîne le déclenchement d'élections législatives anticipées le 22 juillet afin de dénouer l'impasse. Un contexte économique favorable et un discours islamiste modéré jouent pour le PJD qui récolte 340 des 550 sièges, ce qui le laisse cependant à court d'une majorité des deux tiers qui lui aurait donné les coudées franches. L'entrée de députés kurdes faisant campagne comme indépendants est un autre fait saillant de ces élections qui seront suivies par une premier scrutin présidentiel au suffrage universel qui devrait avoir lieu à l'automne.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Delphine Nerbollier, « Une Turquie puissante et prospère »

«...aidé par une opposition qui s'est tiré plusieurs balles dans le pied, Tayyip Erdogan renouvelle l'exploit et transforme l'essai. Mais le premier ministre évite de stigmatiser ses adversaires et en appelle au rassemblement. « Nous promettons d'embrasser la Turquie dans son ensemble sans faire de discrimination. Notre but est une Turquie puissante et prospère. Nous ne pourrons atteindre cet objectif qu'en donnant la priorité à l'unité. » L'unité, Tayyip Erdogan compte bien l'atteindre en se débarrassant une fois pour toutes, à terme, de l'étiquette d'islamiste, même modéré, qui lui colle à la peau. La victoire de dimanche lui a d'ores et déjà permis de remporter quelques points dans cette bataille sémantique, car nombreux sont les commentateurs politiques qui présentent Erdogan comme le leader incontestable du nouveau centre droit turc. « Avec un soutien de 47% des électeurs, il est impossible d'imaginer que l'AKP ait un agenda caché destiné à imposer un régime islamiste », estime Rusen Cakir. Cette nouvelle étiquette, nouvellement collée, n'empêchera toutefois pas les doutes de continuer à planer. Car si Erdogan est en plein apprentissage des rouages de la démocratie, il n'est pas encore immunisé contre les dérapages. »

Le Temps (Suisse), 24 juillet 2007.

Hassane Zerrouky, « Redistribution des cartes politiques en Turquie »

«...une majorité de Turcs a infligé une gifle aux militaires et aux élites laïques qui ne voulaient pas d'un chef d'État issu de ce parti, ce qui a précipité la tenue de ces élections. Ce vote signifie que pour une majorité de Turcs, l'AKP n'est pas un parti islamiste, en outre cette majorité ne veut plus que l'armée s'ingère dans le politique, ce dont une partie de la presse s'est fait l'écho. (...) L'AKP n'a pas caché que la première tâche du nouveau Parlement sera l'élection du président de la République, élection à laquelle il présentera de nouveau la candidature du ministre des Affaires étrangères, Abdullah Gül, et il a affirmé qu'il ne craignait pas de nouvelles élections générales. L'armée, pour sa part, sait que la donne politique a changé. Tout comme l'AKP doit tenir compte des 60 % d'électeurs qui n'ont pas voté pour lui et de l'élection de députés kurdes, l'armée ne peut ignorer qu'une majorité d'électeurs souhaite que les différends politiques se règlent politiquement et non pas en recourant au coup de force antidémocratique. »

L'Humanité (France), 24 juillet 2007, p. 10.

Stéphane Marchand, « La voie turque »

«...(l'Europe doit) se réjouir qu'un partenaire aussi éminent que la Turquie semble avoir enfin trouvé son équilibre. Celui-ci est crucial pour l'Union européenne car ce pays entretient avec nous une relation politique, culturelle, commerciale et douanière très étroite. Cette relation d'une qualité exceptionnelle permet à l'Union et la Turquie de conjuguer leurs forces. Rien ne serait plus dangereux qu'un délitement de cette coopération. C'est pour cette raison qu'il faut modifier la doctrine en vigueur à Bruxelles et faire comprendre aux Turcs que cette proximité ne peut ni ne doit déboucher sur une fusion. Faire croire à la Turquie qu'il suffit de poursuivre résolument dans la voie des réformes pour devenir membre de l'Union, c'est courir le risque de lui infliger une humiliation. Si un pays membre, la France par exemple, dit non par référendum à l'entrée de la Turquie en dépit de tous les efforts que celle-ci aura consentis, un tel refus, après tant d'années de négociations, provoquerait à coup sûr la crise grave qu'il est essentiel d'éviter. »

La Figaro (France), 24 juillet 2007, p. 15.

Pierre-Paul Noreau, « L'exemple turc »

«...tout laisse croire que c'est surtout pour avoir généré une solide croissance économique que le gouvernement Erdogan a été récompensé avec un deuxième mandat. (...) Désireux d'arrimer la production intérieure de la Turquie à celle de l'Occident, le premier ministre avait introduit des réformes dès son entrée en fonction, réformes qui ont permis à l'économie turque de connaître une période ininterrompue de croissance tout au long de son mandat. Voilà certes un important facteur d'explication de la différence turque dans le monde musulman. La population est beaucoup moins sensible au discours extrémiste, bien que majoritairement pratiquante, parce que contrairement aux autres, elle ne côtoie pas au quotidien et depuis des années, la pauvreté et la misère. En ce sens, il n'est pas vain de répéter que les efforts de pacification de l'Afghanistan sont inutiles s'ils ne sont pas accompagnés d'un investissement encore plus grand dans sa reconstruction. À l'opposé, le blocus économique imposé à l'Iran pour calmer le discours belliqueux de son président, Mahmoud Ahmadinejad, peut contribuer à saper l'appui populaire à son approche fondamentaliste, celle-ci tardant sérieusement à remplir ses promesses d'amélioration de la vie au quotidien. »

Le Soleil (Québec, Canada), 24 juillet 2007, p. 24.

Gouvernance et gouvernement [ 22 juillet 2007 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Turquie
IntermédiaireAhmet Necdet SezerRecep Tayyip Erdogan

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2002 - 2016



novembre
2002
[Résultats] Élections législatives

juillet
2007
Élection en Turquie du Parti justice et développement de Recep Tayyip Erdogan

juillet
2007
[Résultats] Élections législatives

juin
2011
Réélection en Turquie du Parti justice et développement de Recep Tayyip Erdogan

juin
2011
[Résultats] Élections législatives

mai
2013
Mouvement de contestation populaire en Turquie

août
2014
[Résultats] Élection présidentielle

juin
2015
Tenue d'élections législatives en Turquie

juin
2015
[Résultats] Élections législatives

novembre
2015
[Résultats] Élections législatives

juillet
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