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23 mai 1997

Élection de Mohammed Khatami à la présidence de l'Iran

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Mohammed Khatami

L'élection présidentielle qui se déroule en Iran le 23 mai 1997 porte au pouvoir Mohammed Khatami, considéré comme un religieux modéré et plutôt libéral. Il s'agit d'une surprise puisque Khatami ne bénéficie pas de l'appui des leaders religieux qui exercent une forte influence.

Formé de six religieux et de six juristes, le Conseil des Gardiens veille à éliminer les candidatures jugées incompatibles avec l'État islamique. Aussi, des 238 personnes qui veulent être sur les rangs à la présidentielle de 1997, seulement quatre sont autorisées à le faire. Malgré des entraves à la démocratie, les 33 millions d'électeurs étonnent en optant pour le réformiste Mohammed Khatami à qui ils accordent 69% des voix. Son plus proche rival, le président conservateur du Parlement iranien, Ali Akbar Nateq Nouri, ne récolte pour sa part que 25% du vote, le reste étant partagé entre les deux autres candidats, Mohammed Reyshari et Reza Zavarei. La victoire de Khatami est d'autant plus surprenante que les islamistes radicaux, ainsi que la majorité des 270 membres du Parlement, s'opposent fortement à lui et appuient plutôt Nateq Nouri. Les appuis de Khatami proviennent surtout de gauchistes, d'intellectuels, de femmes et de jeunes. Pendant la campagne, le nouveau président a prôné une société plus ouverte et tolérante. Il affirme vouloir «assurer les droits civils et la liberté des citoyens» ainsi que limiter la censure dans les médias. Il conteste également l'idée «que la politique doit être monopolisée par un groupe spécifique». Du point de vue économique, il se dit préoccupé par l'augmentation du coût de la vie et l'étroitesse du marché de l'emploi. Enfin, sur le plan extérieur, Khatami propose d'accroître les liens économiques de l'Iran avec l'Occident. En fin de compte, l'opposition des religieux freinera plusieurs de ses idées réformistes. Il sera néanmoins réélu pour un second mandat en 2001.

Pour en savoir plus: Discours inaugural du nouveau président iranien

Dans les médias...


Claude Lorieux, « Cohabitation à l'iranienne »

«...Mohammad Khatami a remporté un triomphe. Il a confondu les Cassandres téhéranais. Il a infligé un camouflet quasiment historique à l'appareil clérical qui régit l'Iran depuis la fuite du Chah. Mais que veut-il, et, surtout, que peut-il faire de sa victoire volée aux ayatolahs, et au plus haut d'entre eux, Ali Khamenei, le guide de la République ? C'est la grande question au lendemain d'un scrutin qui a, si l'on ose dire, donné la gueule de bois à la République islamique. (...) La présidentielle vient d'apporter la confirmation éclatante d'un désenchantement accentué par la rudesse et les ratées de la stratégie économique du président Rafsandjani. Pourtant, en atteignant d'abord l'ayatollah Khamenei qui soutenait le candidat battu, le verdict des urnes devrait plutôt arranger Rafsandjani, qui restera bien présent à Téhéran en tant que président du « conseil de discernement » et qui compte le nouveau président parmi ses supporters. L'élection surprise du « candidat des jeunes » ouvre un chapitre nouveau mais sans doute pas radicalement différent dans l'histoire du pays. Entre lui et la majorité conservatrice, représentée au parlement et à la tête de l'Etat par l'ayatollah Khamenei, la cohabitation ne sera pas facile. »

Le Figaro (France), 26 mai 1997, p. 3.

Jean-Pierre Perrin, « Un mollah outsider à la présidence de l'Iran »

«...Comme le relève Mohammed Reza Djalili, professeur à l'Institut des sciences politiques de Genève, « les Iraniens ont voulu exprimer leur ras-le-bol. Dans leur imaginaire, ils ont cru voter pour le candidat antisystème ou hors système, alors qu'il fait partie de ce système ». Son limogeage et le poste modeste qu'il a occupé ensuite - directeur à la Bibliothèque nationale - ont agi comme « une suggestion valorisante » en sa faveur, ajoute-t-il. Visiblement, ce sont les jeunes et les femmes qui ont constitué les gros bataillons de ses supporters. Là encore, l'ambiguïté n'est pas levée. Car, en lui donnant leurs suffrages, ils lui ont confié leurs espoirs de voir une transformation profonde de la société. Une transformation qu'Ali Khamenei et l'establishment voudront sans doute empêcher. Et que Khatami lui-même n'est sans doute pas à même de pouvoir et même de vouloir incarner. »

Libération (France), 26 mai 1997, p. 10.

François Brousseau, « Intégrismes »

«...Ramollissement ou adoucissement à Téhéran? La question se pose, à l'heure où les États-Unis tentent de diaboliser la république islamiste qui va bientôt fêter ses vingt ans, et d'y jeter le même opprobre international qu'hier avec l'Irak. (...) Début de pluralisme? Lorsque même l'hebdomadaire pro-régime Sobh («Le Matin»), normalement spécialisé dans l'insulte des opposants et des intellectuels, se permet, dans une litanie en forme de liste d'épicerie, de détailler les cas de corruption, d'injustices économiques et de dysfonctionnements de la vie quotidienne, on se dit que l'image monolithique de la République islamique ne correspond plus tout à fait à la réalité. Cela ne revient pas à dire, bien entendu, que la démocratie à l'occidentale est pour demain en Iran. Mais un peu comme durant la dernière décennie communiste à l'Est, les failles dans l'édifice monolithique se font de plus en plus évidentes, notamment dans le domaine de la presse écrite. »

Le Devoir (Québec, Canada), 24 mai 1997, p. C7.

Éditorial

«...The question is whether Iran's clerical leaders will get the message and allow the new President, Mohammed Khatami, to carry out the reforms outlined in his successful campaign. Iran's presidency is less powerful than its religious establishment, and clerical leaders have shown no sign of backing away from their commitment to impose orthodoxy at home and sow Islamic revolution and political terror abroad. Unlike most repressive regimes, Islamic Iran holds regular, competitive elections. But democracy operates within strict limits. (...) Associates say Mr. Khatami will now move to legalize political parties, ease press restrictions and restrain the religious militia who spy on people's private lives to enforce strict Islamic codes of dress and behaviour. But he must move carefully, remembering the fate of revolutionary Iran's first elected President, Abolhassan Bani-Sadr, who was dismissed after 17 months for challenging the religious establishment. »

New York Times (États-Unis), 26 mai 1997.

Gouvernance et gouvernement [ 23 mai 1997 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Iran
FaibleAli Akbar Hashemi Rafsanjaniposte aboli

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1992 - 2002



mai
1997
Élection de Mohammed Khatami à la présidence de l'Iran


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