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20 juin 1973

Fusillade lors du retour de Juan Peron en Argentine

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Juan Domingo Peron

Le retour à Buenos Aires de l'ex-président Juan Peron est salué par un rassemblement d'envergure. Il donne lieu à une fusillade entre factions péronistes (le massacre d'Ezeiza) qui fera plusieurs morts et blessés, en plus d'influencer le rapport de force qui existera au sein du gouvernement argentin.

À la fin des années 1960, les Montorenos, un mouvement de jeunes péronistes de gauche, lancent une campagne pour le retour de Juan Peron, en exil depuis 1955. L'élection du péroniste Hector Campora à la présidence, en mars 1973, constitue l'étape initiale à ce projet. Le retour de Peron est fixé au 20 juin. Les jeunes péronistes, qui veulent s'assurer que leur «lider» endosse leur vision du péronisme, préparent une vaste mobilisation populaire à l'aéroport d'Ezeiza. Le mouvement est alors divisé en deux factions. Les jeunes appuient Campora. Mais ce dernier, qui a amnistié des prisonniers politiques et renoué des relations avec Cuba, est vu comme trop à gauche par la droite. Lorsque les jeunes convient la population à accueillir Peron, des millions de personnes répondent à l'appel. Désirant contrôler la situation, des membres de la Triple A (Alliance anti-communiste Argentine) mettent en place un dispositif composé de groupes paramilitaires de droite. Avant l'arrivée de l'ex-président, une fusillade éclate entre les deux groupes péronistes. Une centaine de tireurs d'élite de la droite, postés à des points stratégiques, tirent dans la foule avec des armes automatiques. Les Montorenos sont désorganisés. La panique et le chaos règnent, mais la police et l'armée n'interviennent pas. Des chiffres officiels du massacre sont rendus publics -13 morts, 365 blessés- , alors que d'autres observateurs affirment qu'il y a eu plus de 300 morts et au moins 1000 blessés. Peron sera élu président le 23 septembre 1973. Tranchant en faveur de la droite, il met fin aux contradictions au sein du mouvement péroniste. Une guerre larvée suivra entre la droite et les Montorenos. Elle fera des milliers de morts et pavera la voie à l'arrivée au pouvoir de la junte militaire, en 1976.

Dans les médias...


Roger-X. Lanteri, « Retour sanglant pour Juan Peron »

«...Une mini-révolution culturelle se développe : des hôpitaux, des écoles, des facultés, des administrations sont occupés par les étudiants et les employés. Le président Campora a laissé faire, tandis que, de son exil madrilène, M. Peron réclamait une politique du gros bâton. Car, aux querelles nombreuses qui secouent le mouvement péroniste, s'ajoute une rivalité suprême entre l'ancien chef d'État et l'actuel élu en son nom. Qui est le chef ? Goguenards, les généraux assistent à la confusion. Selon les promesses, il n'y avait « ni chars d'assaut, ni baïonnettes » à l'arrivée de M. Peron. Et on a vu le résultat. Mieux, l'Armée a refusé de maintenir l'ordre quand les choses ont mal tourné. On peut compter sur elle pour envoyer, ici ou là, quelques provocateurs le moment venu. Jeudi, M. Peron s'est présenté, à la television, comme le patron : « Il faut revenir à l'ordre légal. » Et il a demandé à l'Armée de « retourner au peuple ». Mais le néo-péronisme a raté son entrée. Il a commencé dans le désordre. »

L'Express (France), 25 juin au 1e juillet 1973, p. 64.

Philippe Labreveux, « Le retour du général Peron a donné lieu à des affrontements sanglants entre diverses factions justicialistes »

«...Il y avait là des gens de toute condition et de tout âge, des péronistes et sans doute aussi de nombreux curieux. La foule, évaluée par les organisateurs à plus de deux millions de personnes, débordait d'allégresse. (...) Cette manifestation, la plus importante qui ait jamais eu lieu dans le pays, a confirmé l'audience de l'ancien chef d'État et ratifié pleinement le résultat des élections du 11 mars. Après les sanglantes échauffourées qui ont illustré les profondes divisions du Mouvement justicialiste, l'arbitrage du général Peron paraît plus nécessaire que jamais. Il ne s'agit plus aujourd'hui d'encourager simultanément tous les groupes qui composent l'ample coalition mais de fixer une ligne politique qui, en satisfaisant les uns, risque de mécontenter les autres. L'ambiguïté des positions du général Peron n'est plus de mise maintenant qu'il a conquis le gouvernement. Il n'est sans doute pas trop tard pour « annoncer la couleur », mais le caractère équivoque du leadership qu'il a exercé pendant un long exil risque d'avoir des conséquences durables sur la politique argentine. Les événements de mercredi constituent à cet égard un dramatique avertissement. »

Le Monde (France), 22 juin 1973, p. 3.

S.A., « Argentine : rentrée sanglante »

«...Une vingtaine de morts et deux cents blessés, une rentrée à la sauvette au lieu d'un accueil triomphal, tel est le bilan de l'affrontement ente jeunesses péronistes et trotskistes d'une part, péronistes modérés et forces de l'ordre d'autre part. « Patrie socialiste », criaient les premiers, enhardis par les multiples occupations de locaux, l'élimination de syndicalistes modérés de la CGT - « bureaucrates qui arment les bras des tueurs » - les enlèvements d'hommes d'affaires appartenant aux « monopoles », les exécutions de militaires tortionnaires. « Patrie péroniste », répondaient les autres, nostalgiques de l'âge d'or de l'Argentine de l'après Deuxième Guerre mondiale péroniste, populiste et riche. L'héritage en est resté : une législation sociale très avancée mais inopérante à cause de l'inflation galopante. Décidément, le général Peron l'apprendra peut-être à ses dépens, le justicialisme n'est pas, ou ne saurait plus être, un bonapartisme. Pour la gauche révolutionnaire, ce n'est que la première étape vers un socialisme latino-américain. Peron avait manqué sa première rentrée du fait des militaires. Son deuxième retour est amer. »

Jeune Afrique (France), 7 juillet 1973, p. 27-28.

Jean-Claude Leclerc, « Peron débordé par le péronisme »

«...Utile hier pour rendre au gouvernement militaire la situation de plus en plus intenable, le mouvement violent est devenu aujourd'hui « nuisible » au péronisme. Sauf qu'il est inscrit dans le péronisme et qu'on ne saurait le réduire sans s'appuyer, ironie de l'histoire, sur ces militaires hier vilipendés par les candidats de Campora. C'est dire à quel point les choses ont mûri en Argentine. Les péronistes ont pu un temps jeter le gouvernement militaire sur la défensive en ne lui laissant de choix qu'entre la révolution, dont les éclats menaçaient partout, et le retour à la voie démocratique. Mais le régime militaire et ses violences, la dégradation économique qu'il ne pouvait plus endiguer, tout cela ne cachait pas une remise en cause du seul pouvoir de l'armée : c'est toute la société argentine qui glissait sourdement vers la possibilité de plus grands changements. Les justicialistes n'auraient du reste pu obtenir un tel succès électoral s'ils n'avaient pu compter que sur la haine populaire à l'égard du pouvoir militaire. Le culte de Peron, ébranlant jusqu'à une jeunesse qui ne l'a jamais connu, recelait de nouvelles et de plus fortes poussées sociales et nationales. »

Le Devoir (Québec, Canada), 22 juin 1973, p. 4.

Éditorial

«...Given the general Argentine malaise with its economic and political drift, coupled with the vigorous terrorist upsurge, the major question in Argentina today is how Mr. Peron's return fits into the equation. There are no ready answers. Yet with the stormy record of Mr. Peron's earlier years in power, there is little expectation, except among Peronists, that the former dictator's return will do much to correct Argentina's legion of troubles. With a wary Army hovering in the barracks, the possibility of a new military take-over cannot be overlooked. But the military is also aware that they, like a variety of civilian governments, failed to solve Argentina's political and economic problems. It seems unlikely that they will quickly move to again take power. That leaves Argentina with the prospect of a Peronist government for some time to come - with Hector Jose Campora in the presidency and Juan Domingo Peron exercising real power. Somehow, it seems to us that Argentina deserves something better. »

The Christian Science Monitor (États-Unis), 22 juin 1973.

Gouvernance et gouvernement [ 20 juin 1973 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Argentine
IntermédiaireHéctor José Cámpora Demaestre

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1968 - 1978



mai
1969
Déclenchement d'une grève majeure à Cordoba, en Argentine

janvier
1970
Création du mouvement Montoneros en Argentine

mars
1973
Retour à la démocratie en Argentine et élection à la présidence de Hector J. Campora

juin
1973
Fusillade lors du retour de Juan Peron en Argentine

juillet
1975
Démission du ministre argentin José Lopez Rega

mars
1976
Renversement de la présidente Isabel Peron en Argentine

avril
1977
Première marche des mères de la Plaza de Mayo en Argentine


Dans l'actualité


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L'Argentine profite de l'investissement chinois pour construire des centrales nucléaires

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Premier tour à la présidentielle en Argentine: Kirchner contrainte de rester spectatrice

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L'ombre des «fonds vautours» plane sur l'Argentine

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2014
Percée de l'extrême-droite en Argentine: Bandera Vecinal intègre le paysage politique

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Argentine : manoeuvres de la dernière chance pour la présidente et son parti

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