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1 janvier 1994

Début du soulèvement des Indiens du Chiapas, au Mexique

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Ernesto Zedillo

L'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) fait parler d'elle le 1e janvier 1994 en s'emparant de plusieurs villes du Chiapas, une région du sud du Mexique. Les autorités exerceront une sévère répression à son endroit, mais seront incapables d'éradiquer le mouvement qui fera parler de lui sur la scène internationale.

La situation des communautés indiennes du Mexique est mise en évidence le 1e janvier 1994 alors que l'EZLN s'empare de plusieurs villes et villages du Chiapas et fait une véritable déclaration de guerre au gouvernement. Implanté dans une des régions les plus pauvres du pays, le mouvement, dont le nom s'inspire du révolutionnaire Emiliano Zapata (1879-1919), a pour porte-parole le commandant Marcos. Opposés au libre-échange nord-américain (Alena) et au Parti révolutionnaire institutionnel, qui dirige le pays depuis 1929, les zapatistes rejoignent la population indigène en proposant une forme de démocratie participative ainsi que le droit au peuple de résister à des politiques injustes. Le gouvernement tente de les écraser avec l'armée, une réaction qui attire des appuis aux zapatistes. Le 12 janvier 1994, un cessez-le-feu est conclu grâce à l'intervention de l'Église catholique. Mais la trêve ne dure pas. Face à la répression, les zapatistes déclenchent une offensive en décembre 1994, occupant 38 communes du sud du Mexique, dont la ville de Palenque. De plus, ils adaptent leur stratégie afin d'obtenir la sympathie internationale (recours à l'internet, appel aux Organisation non-gouvernementales, opposition à la globalisation et au néo-libéralisme). Le 9 février 1995, le gouvernement d'Ernesto Zedillo met fin aux négociations et lance une offensive afin d'occuper la plupart des villes et d'assassiner Marcos. Elle échoue. Confronté aux pressions populaires et internationales, le gouvernement cesse son offensive et remplace le ministre de l'Intérieur et le gouverneur du Chiapas. En 1996, il signe les accords de San Andrès avec l'EZLN. Ils accordent une large autonomie et reconnaissent des droits particuliers aux Indiens. Toutefois, les hostilités reprendront peu après.

Dans les médias...


Francis Pisani, « La révolte des enfants de Zapata »

«...Au moment même où entrait en vigueur le traité de libre-échange nord-américain (Alena), qui réunit, au seuil du XXIe siècle, les États-Unis, le Canada et le Mexique, l'irruption sur la scène politique mexicaine de cette armée de gueux, héritière d'une tradition révolutionnaire incarnée il y a quatre-vingts ans par Emiliano Zapata et Pancho Villa, est beaucoup plus qu'un coup de coeur anachronique. C'est l'explosion d'une vraie révolte sociale, signe d'un double échec. Échec du président mexicain Carlos Salinas de Gortari, qui a choisi d'ouvrir largement son pays aux États-Unis et d'exposer la vieille machine économique à la surchauffe pour la tirer hors du tiers-monde, oubliant que le Mexique profond avait son propre rythme, ignoré des technocrates qui règnent dans les bureaux climatisés de Mexico. Échec de Cuauhtémoc Cardenas, le principal rival de gauche du président mexicain, qui n'a pas été capable de proposer une alternative crédible à l'Alena et qui n'a jamais pu s'imposer par les urnes, vaincu par le rouleau compresseur électoral du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) et une bonne dose de fraude. »

Le Nouvel Observateur (France), 13 au 19 janvier 1994, p. 39.

Vincent Hugueux, « Les enfants perdus de Zapata »

«...À sept mois de l'élection présidentielle, le PRI, secoué par d'âpres rivalités, se serait volontiers passé d'un dossier à ce point explosif. Taxé de faiblesse, il transige et encourt le risque, en cas de bain de sang, de ternir durablement son image hors des frontières. Et dire que le candidat désigné à la succession de Carlos Salinas, Luis Donaldo Colosio, alors ministre du Développement social, vint déverser l'an dernier au Chiapas la manne du gouvernement fédéral... Avec un art consommé du symbole, les zapatistes ont surgi de l'ombre le 1e janvier, date de l'entrée en vigueur de l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena), conclu avec les Etats-Unis et le Canada. Et qui, à leurs yeux, signe l' « arrêt de mort du peuple indien ». Fort d'un bilan flatteur, Salinas rêvait de propulser d'un même élan son pays dans le « premier monde » et le IIIe millénaire. Le fantôme de Zapata le ramène à un siècle en arrière. »

L'Express (France), 20 janvier 1994, p. 21.

Lise Bissonnette, « Un déficit démocratique »

«...Son image durement écorchée par l'éclairage que reçoivent les exploités de la région, le gouvernement mexicain semble avoir choisi l'extinction la plus rapide possible de l'agitation, au prix de fortes bavures que ses alliés s'empresseront d'oublier. Ils sont déjà, de toute façon, installés dans un silence qui consent. Personne ne sait vraiment qui a réussi à armer les paysans autochtones et à leur donner un semblant d'organisation militaire. De Mexico, on s'en est pris à l'influence de l'Église catholique locale, puis à celle de guérilleros du Guatemala voisin, puis à des mercenaires mystérieux qui seraient venus du Nord. D'où qu'ils soient, ils ont trouvé un terrain fertile puisque la population locale, malgré la répression, ne cache pas sa sympathie. Et les terrains fertiles aux rebellions sont toujours les mêmes : pauvreté extrême, exploitation, discrimination. L'État du Chiapas, avec ses trois millions d'autochtones oubliés du développement qui s'accélère au nord du Mexique et dans la capitale, bruissait depuis plusieurs années d'une indignation que personne ne prenait au sérieux. Elle ne s'éteindra pas avec l'enterrement de cette semaine d'escarmouches. »

Le Devoir (Québec, Canada), 7 janvier 1994, p. a8.

Éditorial

«...NAFTA may have simply been a convenient hook, cited because it was sure to grab international attention for the peasant revolt that struck with no warning over New Year's in the impoverished southern state of Chiapas. But it was hardly a casual connection : The uprising was timed to coincide with the effective date of the agreement. One rebel leader called the free-trade pact « the death warrant for indigenous ethnic ground. » Hyperbole aside, this grim comment should give pause to President Carlos Salinas de Gortari, whose prestige has been badly damaged by the armed insurrection, the first in two decades. The rebels' grievances have been brewing for longer than that in a state that could function as a paradigm for Mexico's social and political ills : It has the widest gap between the rich and the poor, the lowest literacy rates, the highest rates of infant death and a reputation for having the worst political corruption in an endemically corrupt political system. Salinas' economic reforms have benefited the northern Mexican states. They have hardly touched the peasants living in the southern jungles from which the Zapatista National Liberation Army sprang like a mushroom from leaf mold. »

Newsday (États-Unis), 5 janvier 1994.

Gouvernance et gouvernement [ 1 janvier 1994 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Mexique
FaibleCarlos Salinas de Gortari

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1989 - 1999



août
1991
[Résultats] Élections législatives

janvier
1994
Début du soulèvement des Indiens du Chiapas, au Mexique

août
1994
[Résultats] Élection présidentielle

août
1994
[Résultats] Élections législatives

juillet
1997
[Résultats] Élections législatives


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