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8 juin 1986

Élection de Kurt Waldheim à la présidence de l'Autriche

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Kurt Waldheim

L'élection de Kurt Waldheim au deuxième tour de la présidentielle autrichienne survient dans un climat de controverse. La victoire de l'ex-secrétaire général des Nations unies (ONU) est en effet obscurcie par des révélations portant sur son passé au sein d'une unité allemande pendant la Deuxième Guerre mondiale.

À l'approche de la présidentielle en Autriche, le candidat Kurt Waldheim, appuyé par le Parti populaire autrichien (PPA), est au centre d'une polémique. En mars 1986, la presse écrite et le Congrès mondial juif font en effet des révélations sur le passé moins connu de l'ex-secrétaire général de l'ONU qui a publié récemment son autobiographie. Celui-ci aurait été lié à une unité de la Wermacht qui aurait commis des atrocités pendant la guerre. Malgré cela, Waldheim, qui nie avoir eu connaissance de ces événements, obtient presque 50% des voix lors du premier tour, le 4 mai. Il défait ensuite le socialiste Kurt Steyrer lors du deuxième tour, le 8 juin 1986. Cette élection de Waldheim à la présidence, un poste essentiellement symbolique, s'accompagne d'une montée de la droite et de l'extrême droite lors des législatives qui se déroulent le même jour. Prenant acte du verdict populaire, le premier ministre Fred Sinowatz quitte ses fonctions. Un autre membre du Parti socialiste autrichien (PSA) dirigera le gouvernement, à la tête d'une coalition avec le PPA. Loin de s'atténuer, la controverse se poursuit, mettant en relief la troublante question de l'antisémitisme en Autriche. Des demandes de démission sont formulées et une Commission d'enquête est chargée de faire la lumière sur le passé de Waldheim. Elle conclut que le président ne peut être accusé de participation personnelle, mais qu'il porte néanmoins une responsabilité morale pour les gestes posés par son unité pendant la guerre. En 1987, les États-Unis placeront le chef d'État autrichien sur une liste de surveillance, lui interdisant d'entrer sur le territoire américain comme personne privée. Waldheim ne sollicitera pas un deuxième mandat lorsque son premier arrivera à terme, en 1992.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Anne-Marie Le Gloannec, « Vivre avec Waldeim »

«...si débâcle il y a, ce n'est pas seulement celle du parti et du gouvernement socialistes de Fred Sinowatz. C'est aussi - un peu - celle de l'Autriche. (...) Car, en choisissant Waldheim, l'Autriche a refuse son passé : « Les 60-70 ans, dit (Erwin) Ringel, se sont pour la plupart identifiés à Waldheim. Parce qu'il a « fait son devoir ». Parce qu'il n'a rien vu ni rien entendu. Il incarne, en somme, ceux qui ne veulent rien savoir des crimes hitlériens. Les critiques dérangent, on se serre les coudes face à l'étranger. » (...) À moins que le Parti socialiste ne parvienne à rassembler ses forces, la cohabitation pourrait bien déboucher, après les législatives du printemps prochain, sur une « grande coalition ». Une grand-messe socialo-populiste scellerait la réconciliation entre les deux grands partis autrichiens. Mais elle consoliderait aussi, selon l'expression d'un ancien ministre du chancelier Kreisky, « la démocratie oligarchique dans laquelle nous vivons ». Pas plus qu'un président dénué d'autorité morale, et dans lequel un certain nombre d'Autrichiens ne veulent pas se reconnaître, les partis ainsi alliés ne sauraient regarder le passé en face et faire enfin accepter au pays son histoire récente. »

L'Express (France), 20 juin 1986, p. 8-9.

Luc Rosenzweig, « Nostalgies impériales »

«...Face à ce désir de revanche d'une partie de la population qui voudrait balayer les héritiers de M. Bruno Kreisky, M. Kurt Waldheim apparaît comme le modérateur. L'ampleur de sa victoire, le fait que bon nombre d'électeurs écologistes du premier tour lui aient apporté leurs suffrages, tout cela facilite sa tâche. La voie est ouverte pour lui à l'intérieur de son pays pour la réalisation de la dernière étape de sa carrière. La formule qui lui agréerait le plus serait celle d'une grande coalition entre les socialistes et les populistes dont il serait l'arbitre, tranchant souverainement les querelles qui ne manqueraient par d'émailler alors la vie politique au jour le jour, utilisant tous les pouvoirs que lui donne la Constitution. Bref, il souhaiterait être un chef d'État se rapprochant autant qu'il est possible en République de cette image impériale dont bon nombre d'Autrichiens ont la nostalgie. Il n'y manque qu'une seule chose : la reconnaissance internationale. (...) Dans ce domaine, il peut néanmoins avoir une raison de se réjouir : la porte de l'Est lui est grande ouverte. »

Le Monde (France), 10 juin 1986, p. 4.

Albert Juneau, « L'Autriche empêtrée »

«...Le choix de Kurt Waldheim aura des conséquences politiques décisives en Autriche où les socialistes tenteront de se démarquer d'un Président dont ils n'ont pas clairement contesté le passé au cours des semaines de la campagne électorale. Gravement affaiblis, ils auront toutefois beaucoup de peine à rallier une opinion publique qui continuera à se faire un devoir national d'appuyer le président. Dans ce contexte, on peut se demander si, en poursuivant inlassablement sa campagne contre Kurt Waldheim, le Congrès juif mondial ne fera pas finalement le jeu de ceux qu'ils dénoncent et combattent. En Autriche et Allemagne, pour ne nommer que ces pays, persiste un mouvement antisémite vivace qui dépasse le cercle interdit des fascistes nostalgiques. Malgré la honte et la pitié qu'ont fait naître l'holocauste et toutes les horreurs commises, il y a quatre décennies, il reste chez plusieurs un sentiment antagoniste à l'égard des juifs que des événements comme « l'affaire Waldheim » contribuent à intensifier. Dans certaines circonstances, un recul calculé vaut mieux qu'une attaque aventureuse. »

Le Devoir (Québec, Canada), 10 juin 1986, p. 6.

Éditorial

«...If, as Mr. Waldheim now insists, his duties were merely interpreting and shuffling papers, why did he keep this chapter so well hidden all these years ? Why, instead of explaining his cover-up, does he simply heap blame on the Jewish organization that exposed him ? His son Gerhard says it's because his father has « an emotional and psychological block » against remembering the past. So too, it seems, do the majority of Austrians. They prefer to recall their country as one of Adolf Hitler's « first victims ». They « forget » that nearly half a million Austrians turned out to cheer their native son's triumphant return to Vienna after the Anschluss and that a higher proportion of Austrians joined the Nazi party than did Germans. Skeptics suggest that Mr. Waldheim's memory may have been blocked by his desire to become U.N. secretary general which probably would have been thwarted if his war-time activities were known. After all, even if Lt. Waldheim never participated in atrocities (and the evidence is not conclusive), it's hard to believe his claims that he didn't know they were going on. The Austrians now have the president they deserve...»

Philadelphia Inquirer (États-Unis), 10 juin 1986.

Gouvernance et gouvernement [ 8 juin 1986 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Autriche
ÉlevéRudolf KirchschlägerAlfred (Fred) Sinowatz

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Chronologie 1981 - 1991



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avril
1983
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1986
[Résultats] Élection présidentielle

juin
1986
Élection de Kurt Waldheim à la présidence de l'Autriche

novembre
1986
[Résultats] Élections législatives

octobre
1990
[Résultats] Élections législatives


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