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28 septembre 1970

Décès du président égyptien Gamal Abdel Nasser

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Nasser

Le monde arabe est secoué par la mort du président de la République arabe unie (RAU) Gamal Abdel Nasser, une des personnalités politiques les plus connues sur la scène internationale depuis la Deuxième Guerre mondiale.

À la tête de l'Égypte depuis les années 50, Nasser est encore en fonction au moment où une attaque cardiaque le terrasse, le 28 septembre 1970. Quelques heures auparavant, il participait à une importante rencontre au Caire visant à trouver un règlement au conflit opposant les résistants palestiniens au gouvernement jordanien. L'annonce de sa mort suscite de fortes réactions. Malgré l'échec de la guerre des Six jours, en 1967, Nasser demeurait une figure de proue du panarabisme et la personnalité politique la plus influente du monde arabe. Parmi les millions de personnes qui se déplacent pour lui rendre un dernier hommage, on remarque la présence de dignitaires d'une soixantaine de pays, dont le premier ministre soviétique Alexeï Kossyguine, le roi Hussein de Jordanie et le premier ministre français Jacques Chaban-Delmas. Devenu président intérimaire, l'ex vice-président Anouar el Sadate sera confirmé à la présidence par un référendum tenu le 15 octobre 1970. Sadate restera en poste jusqu'à sa mort, en septembre 1981.

Dans les médias...


Béchir Ben Yahmed, «Après Nasser»

«...«Le grand homme, c'est la rencontre d'un événement et d'une volonté.» Cette définition s'applique à Nasser dont le mérite exceptionnel est de s'être fait lui-même. D'avoir, en quelques années, transformé un officier moyen et presque inculte en un grand homme d'État restera son meilleur accomplissement. Au vide béant qu'il laisse, on mesure la place qu'il occupait et le rôle qu'il jouait. Les circonstances dans lesquelles il a été foudroyé ajoutent à son auréole. La douleur des Égyptiens, l'émotion des Arabes, l'hommage du monde le consacrent : c'était, comme dirait Malraux (et comme le confirment les témoignages que nous publions plus loin), «un grand format». Personnellement, en tant que citoyen du Tiers Monde, je lui suis surtout reconnaissant d'être resté simple et austère : c'est une image dont nous avons grandement besoin que celle d'un chef d'État qui ne se déguise jamais en smoking ou en habit, préfère vivre dans sa maison que dans un palais et dont la famille n'envahit pas l'État. On ne sait pas assez qu'une bonne partie du respect et de l'amour qu'il a suscités vient de là.»

Jeune Afrique (France), 13 octobre 1970, pp. 24-25.

Jean-François Kahn, «L'héritage du rêve»

«...Nasser, ce n'était ni Hitler ni Lénine, encore moins Churchill ou Lincoln. Ce n'était peut-être qu'un colonel sans fortune, aigri par la trahison de son roi; qu'un fils de facteur, qu'un petit-fils de fellah mûri par l'humiliation, qu'un musulman respectueux des préceptes d'Allah, qu'un petit-bourgeois patriote qui découvrait son peuple avec appréhension, qu'un Arabe, enfin. Peut-être. Mais c'était Nasser. «Il était, a dit son successeur par intérim Anouar el-Sadat, plus grand que les mots.» Bien sûr, car, dans le vide arabe, il fut à l'origine des mots. Il fut le verbe. Non qu'il s'exprimât avec une particulière élégance ou qu'il manifestât un talent de tribun. Mais, à travers ses hésitations, ses maladresses, ses lourdeurs, il découvrit peu à peu qu'il exprimait un peuple comme personne ne l'avait fait avant lui. Au point que ce peuple avait l'impression, lui, jusqu'ici sans voix et analphabète, de s'exprimer à travers «Gamal», de rire quand il riait (...) Entre lui et son public, il y avait osmose. Peut-être, surtout, parce qu'il ressentait ce qu'il disait.»

L'Express (France), 5 au 11 octobre 1970, p. 20.

Jean Daniel, «Les Arabes sans Nasser»

«...Malgré toutes ses imprudences et ses écarts, Nasser était un tel facteur d'équilibre, il avait une habileté si exceptionnelle pour «suspendre», sans les résoudre, les problèmes les plus explosifs, il eut une telle manière de survivre (en 1956, pendant Suez, et en 1967, après la guerre de Six-Jours) à tout ce qui devait normalement le terrasser, il avait si bien compris, enfin, comment jouer avec les super-puissances en tirant d'elles le maximum, tout en ayant conscience qu'elles n'entendaient pas s'affronter, bref Nasser était devenu si irremplaçable pour faire oublier une complexité jugée insoluble que sa disparition a provoqué l'égarement. Et, tout comme les Arabes, voici le monde face aux réalités (...) Privés de leur diplomate le plus habile, les Arabes vont avoir à faire face aux entreprises des puissances qui entretiennent la paix chaude pour éviter le guerre froide. Les États-Unis et l'Union soviétique choisiront-ils d'imposer la paix en profitant du désarroi actuel du monde arabe, ou trouveront-ils plus opportun de flatter les démagogies pour occuper ou reconquérir les positions de force ? (...) L'époque post-nassérienne commence. Tous les problèmes qu'un grand homme accaparait sont, au grand effroi de chacun, distribués à tous.»

Le Nouvel Observateur (France), 5 octobre 1970, p. 16.

Georges Vigny, «L'heure du Kremlin a-t-elle sonné ?»

«...pour l'éventuel successeur, il s'agira de pouvoir se maintenir envers et contre les mécontents, malgré une économie très peu brillante, en prônant des slogans nécessairement contradictoires. Il est trop tôt pour avancer des pronostics à long terme, mais il est certain que l'Égypte se prépare à vivre une période dramatique et que la RAU ne pourra plus être ce qu'elle était seize ans durant. Abattre Nasser : tel avait été l'objectif d'Israël qui sentait bien que le renversement de l'idole favoriserait l'établissement de la paix à l'avantage de Tel-Aviv. L'idole est morte, mais ne s'est pas renversée. Autant dire que sa disparition même lui confère des dimensions nouvelles et qu'il faudra en tenir compte dans le choix de son successeur appelé à avaliser une paix que beaucoup assimilent à une reddition. Faute de pouvoir se donner un chef d'unanimité qui visera des objectifs forcément plus modestes, donc plus facilement réalisables, l'Égypte connaîtra le chaos. Aussi bien le Kremlin que Washington se doivent de ne pas se lancer dans un «forcing» dont ils seront les premiers à regretter les conséquences.»

Le Devoir (Québec, Canada), 30 septembre 1970, p. 4.

S.A., «Nasser's Legacy : Hope and Instability»

«...But not long before his death, with per capita income in Egypt still just over $180, he was finally forced to admit that his dreams of building a modern industrial nation had gone a-glimmering, that the most he could do for his overpopulated land was to keep it from sliding backward. Nasser had himself mostly to blame. He precipitated a succession of feuds and intrigues with virtually everyone of Egypt's Arab neighbors. He was humiliatingly trounced in two wars with Israel, and sent 70.000 Egyptian soldiers off on a bloody misadventure in Yemen. To rebuild his army, he allowed himself to become the bondsman of the Soviet Union, and he squandered Egypt's limited resources in pursuit of disastrously misguided goals. Yet for all his mistakes and shortcomings, Nasser managed one inestimable accomplishment. To the people of Egypt and the rest of the Arab world, he imparted a sense of personal worth and national pride that they had not known for 400 years. This alone must have been enough to balance his flaws and failures.»

Time (édition canadienne), 12 octobre 1970, p. 24.

Gouvernance et gouvernement [ 28 septembre 1970 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Égypte
FaibleAnouar el-SadateGamal Abdel Nasser

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1965 - 1975



août
1967
Ouverture d'un sommet des pays arabes à Khartoum

septembre
1970
Décès du président égyptien Gamal Abdel Nasser

octobre
1973
Déclenchement de la guerre du Kippour au Moyen-Orient


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