29 mars 2025

22 mars 2010

Countryflag

Ford automobile : ébranlé par la crise économique, mais encore debout

Depuis 2008, le monde est entré dans une crise économique qui a eu des impacts négatifs sur plusieurs aspects de la vie des gens, des compagnies et des finances des pays. La crise économique de 2008 a commencé aux États-Unis pour deux raisons principales: « Une économie d'endettement de plus en plus financiarisée, rentière et spéculative (1)» et un endettement massif au niveau de l'immobilier, plus communément appelé la crise du Subprime. En fait, de nombreuses personnes ont obtenu des prêts financiers sans être capables de les rembourser.

Aussi, le prix des matières premières, notamment celui du pétrole, a augmenté, rendant le coût de la vie plus cher. Cela a eu pour résultat un haut taux de chômage et une récession économique. Un des domaines les plus touchés aux États-Unis, fut l'industrie automobile. Sur le marché mondial, les États-Unis enregistraient normalement un chiffre de « 17 millions de véhicules vendus par an », alors qu'en 2009 ce chiffre s'effondre à 10 millions(2). En effet, la vente d'automobiles enregistra une chute de 40 % en deux ans à partir de 2008. La production de véhicules fut aussi en diminution, passant de 11 millions pour l'année 2007 à 9 millions pour 2009 et on estime la diminution à 6.5 millions pour 2010 (3). Mais il n'y a pas que les États-Unis qui ont vu leur industrie automobile mise à mal. Ce fut le cas du Japon aussi. En novembre 2009, Toyota vit ses ventes de véhicules neufs diminuer de 34%, tandis que Ford diminuait de 30%, GM de 41% et Chrysler de 47% (4).

Donc, en 2008, dans le cadre de la présentation du plan de relance et de l'aide financière que le Congrès américain offrait à Ford, GM et Chrysler, les géants de l'industrie automobile américaine annoncèrent des coupures d'emplois. D'ici 2012, GM prévoit supprimer 31 000 emplois, tandis que Chrysler annonce 12 000 emplois à couper sur deux ans (5).

Ford s'en tire mieux

Si Ford automobile s'en tire mieux, c'est qu'elle avait commencé à réviser son financement et sa structure avant la crise économique de 2008. En effet, en 2006 Ford a eu un nouveau Président, Alan Mullly, qui avait prévu une crise de liquidité. Bien que le geste ait été contesté, le Président avait hypothéqué tous les actifs de Ford pour les retransformer en prêts de 23.6 milliards de dollars (6), ce qui lui a permis d'avoir d'avantage de liquidité. Aussi, il avait restructuré les filiales de l'entreprise en vendant les marques « Aston Martin, Jaguar et Land Rover, toutes jugées non-stratégiques (7)». De plus, Ford avait déjà licencié des employés « en plus de renégocier les conditions salariales de ses syndiqués à la baisse (8)».

Ford a également compris avant ses concurrents que l'avenir de l'automobile se situait dans les véhicules moins énergivores, comme la Fiesta. Alors qu'avant la crise le baril de pétrole se situait à 50$, pendant la crise, en juillet 2008, il s'élevait à environ 150$(9). Le fait d'avoir un nouveau Président qui a vite compris la situation de Ford et a pris des précautions supplémentaires en vue d'une diminution des ventes et de la production fut bénéfique. Rappelons que le Président de Ford est l'ex « pdg de la division Boeing Commercial Airplanes Group(10) ».

Ford a aussi adopté une nouvelle stratégie appelée One Ford, qui consiste à uniformiser la production de ses véhicules. Par exemple, la Ford Focus était construite en différentes versions selon le pays qui la produisait. Avec One Ford, la production est maintenant faite selon la même ingénierie.

Finalement, le fait que Ford a dit pouvoir s'en tirer sans l'aide financière octroyée à l'industrie automobile en 2008, soit 17.4 milliards de dollars pour GM et Chrysler, serait à son avantage en terme d'image. Selon deux spécialistes de l'industrie automobile, Christian Navarre et Yan Cimon, le fait que l'entreprise dit pouvoir s'organiser financièrement sans l'aide du Congrès Américain impose la marque de Ford comme un leader parmi les autres concurrents.

De bonnes et de mauvaises conséquences

Au printemps 2009, Ford enregistrait des profits de 2.3 milliards de dollars, tandis que les analystes avaient prédit une perte de 1.5 milliard de dollars. On annonce de bonnes perspectives pour la fin 2010, toutefois Ford est encore aux prises avec une dette de 28 milliards de dollars (11).

Par ailleurs, entre 2009 et 2010, le Président de Ford a coupé son salaire de 30%, ce qui représente 1.4 million de dollars (12). En 2009, sa rémunération était de 17.9 millions de dollars, alors que la compagnie était toujours dans une situation de précarité financière (13).

D'un autre côté, la valeur des options d'achat d'actions et des actions a augmenté de 9%, ce qui représente 16 millions de dollars (14). En perspective, Ford est le seul des Big Three à ne pas avoir frôlé la faillite aux États-Unis (15).

Rappelons aussi que les déboires de la compagnie Toyota, à la suite à des défauts mécaniques au niveau des freins, a fait en sorte que la compagnie a arrêté sa production de 8 modèles en Amérique du Nord, dont les marques Camry et Corolla(16). Ford entend bien tirer profit de cette situation en offrant des rabais aux propriétaires des véhicules de certaines marques de Toyota, afin de les attirer vers Ford. Cependant, Ford est confronté aux mêmes problèmes car il « s'approvisionne chez le même fournisseur pour la production de ses véhicules commerciaux en Chine (17)».

En conclusion, la crise économique se résorbe peu à peu, malgré qu'il y ait encore beaucoup de gens qui perdent leur emploi et des gens qui n'ont pas d'emploi. D'après l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), « [l]a crise économique mondiale entre actuellement dans une nouvelle phase alors que des signes d'un retour à une croissance positive apparaissent dans plusieurs pays (18)». C'est toutefois dans le contexte de la crise que Ford a su tirer avantage des changements qui avaient déjà été apportés en prévision des jours plus sombres, ce qui lui a permis de consolider sa place parmi les plus grands constructeurs automobiles aux États-Unis.




Références:

(1) CARROUER, LAURENT., « La crise économique et financière états-unienne : enjeux géographiques et géopolitiques », Revue Hérodote, Édition la découverte, numéro 132, 2009, 228 p.

(2) Heulerhermes.com, L'avenir de l'industrie automobile mondiale passera par des rapprochements et des alliances, [En ligne], 2009, http://www.eulerhermes.com/fr/presse/presse_200906... (Page consultée le 22 mars 2010)

(3) Ibid.

(4) Radio Canada.ca, Le marché américain de l'automobile s'effondre, [En ligne], décembre 2008, http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Economie-Affa... (Page consultée le 15 mars 2010)

(5) Radio Canada.ca, Le marché américain de … Op.cit.

(6) Maxime Bergeron, La recette Ford pour traverser la crise, La Presse Affaire.com, [En ligne], juin 2009, http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/au... (Page consultée le 15 mars 2010)

(7) Ibid.

(8) Ibid.

(9) François Normand, Pourquoi Ford s'en tire mieux que GM et Chrysler, [En ligne], 2009, http://www.lesaffaires.com/secteurs-d-activite/tra... (Page consultée le 22 mars 2010)

(10) Ibid.

(11) Denis Arcand, Surprise chez Ford: 2,3 milliards de profits au printemps!, Monvolant.cyberpresse.ca, [En ligne], juillet 2009, http://monvolant.cyberpresse.ca/dossiers/lindustri... (Page consultée le 15 mars 2010)

(12) The New York Times, Ford motor company, [En ligne], janvier 2010, http://topics.nytimes.com/top/news/business/compan... (Page consultée le 15 mars 2010)

(13) La PresseAffaire.com, Le patron de Ford a reçu 17,9 millions Us en 2009, [En ligne], 2010, http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/au... (Page consultée le 22 mars 2010)

(14) Ibid.

(15) Hayat Gazzane, Ford réalise son premier bénéfice annuel depuis 2005, [En ligne], 2010, http://www.lefigaro.fr/societes/2010/01/28/04015-2... (Page consultée le 22 mars 2010)

(16) Sophie Cousineau, Troqueriez-vous votre Toyota contre une Ford ?. [En ligne], janvier 2010, http://blogues.cyberpresse.ca/lapresseaffaires/cou... (Page consultée le 22 mars 2010)

(17) Ibid.

(18) Organisation de coopération et de développement économique, Agir face à la crise économique et financière, [En ligne], janvier 2010, http://www.oecd.org/document/24/0,3343,fr_2649_201... (Page consultée le 15 mars 2010)

Dernière modification: 2010-03-29 08:17:28

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.

Autres analyses

Pour la liste complète de nos bulletins sur l'actualité, consultez la rubrique analyse. Ces bulletins sont rédigés par des étudiants et étudiantes du programme d'Études politiques appliquées de l'Université de Sherbrooke. La recherche et la rédaction sont supervisées par notre rédacteur en chef Serge Gaudreau.

Sophie Robillard
analyste en formation
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines
Université de Sherbrooke

Au fil du temps