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2 novembre 2010

Le Front islamique menace de boycotter les élections jordaniennes


Simon C. Roy
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

février
1999
Décès du roi Hussein de Jordanie

novembre
1988
Proclamation de la création d'un État palestinien

septembre
1970
Signature de l'accord du Caire sur le conflit en Jordanie

août
1967
Ouverture d'un sommet des pays arabes à Khartoum

juin
1967
Début de la guerre des Six jours au Moyen-Orient

janvier
1964
Voyage du pape Paul VI au Moyen-Orient

avril
1955
Ouverture d'une conférence internationale à Bandoeng

juillet
1951
Assassinat du roi Abdallah de Jordanie

avril
1950
Annexion de la Cisjordanie et proclamation du Royaume hachémite de Jordanie

mai
1946
Proclamation d'indépendance de la Transjordanie

Le roi Abdullah II avait demandé que les prochaines élections à la Chambre basse du Parlement soient un « modèle de transparence et de justice » (1). Mais au sein de la population jordanienne, le scepticisme est palpable. Les prochaines élections du 9 novembre 2010 en Jordanie surviennent près d'un an après que le roi ait lui-même dissout le Parlement précédent, jugeant ce dernier incapable de remplir ses fonctions législatives (2). Le gouvernement élu dans la controverse en 2007 n'aura donc siégé que durant les deux premières années de son mandat de quatre ans.

Depuis novembre 2009, un gouvernement de transition dirigé par Samir Rifai, nommé par le roi, occupe provisoirement le pouvoir. Il aura la lourde tâche de convaincre la population jordanienne de la pertinence et de l'honnêteté de ces élections.

Le Front islamique d'action, un important parti de l'opposition islamiste, a déjà annoncé qu'il allait boycotter les élections, jugeant que le gouvernement n'avait pas offert de garanties suffisantes que des dérapages semblables à ceux de 2007 seraient évités (3).

La nouvelle loi électorale temporaire, adoptée par le gouvernement actuel pour combler les lacunes de la précédente, laisse de toute évidence une bonne partie de la population sceptique quant au changement réel qu'elle apporte. Le premier ministre Rifai a cependant annoncé que son gouvernement accepterait pour la première fois que des organisations internationales surveillent les élections du 9 novembre (4). Au total, 763 candidats, dont 134 femmes, sont en lice pour combler les 120 sièges de la Chambre basse du Parlement jordanien (5).

Une démocratie d'apparat

La Jordanie est une monarchie héréditaire. Le roi y possède beaucoup de pouvoir. Il nomme le premier ministre et peut dissoudre l'Assemblée nationale à sa discrétion (6). La Chambre des députés, qui est élue par la population, peut approuver, rejeter ou amender des lois proposées par le cabinet, mais peut difficilement initier des projets de loi. Ceux-ci doivent être approuvés par les membres du Sénat, nommés par le roi.

Le système de vote, qui favorise davantage l'adhésion tribale que l'idéologie politique de l'électeur, ne représente pas bien la densité de la population. Il accorde un poids trop important à certaines régions rurales au détriment des villes où vivent la plupart des Jordaniens originaires de Palestine. Bien que la Jordanie soit souvent considérée comme un État plus tolérant par rapport à la moyenne des pays arabes, la liberté d'expression y est néanmoins contrôlée. Ceux qui critiquent la famille royale font régulièrement face à des arrestations.

Un parti qui dérange

Le Front islamique d'action, principal parti d'opposition en Jordanie, est un mouvement qui se rattache à celui des Frères musulmans, présents dans plusieurs pays musulmans. Si ce parti appelle au boycott des élections en Jordanie, c'est qu'il juge que le système électoral est injuste. Les membres du Front islamique réclament un système proportionnel, qui représenterait plus efficacement la volonté de la population (7).

En 1993, une loi instaurée par le roi Hussein a transformé la carte électorale de la Jordanie, avantageant les zones rurales où vivent des tribus traditionnellement fidèles au régime monarchique (8). L'objectif dissimulé de cette politique était d'écarter du pouvoir les islamistes et les Jordaniens d'origine palestinienne, qui représentent maintenant plus de la moitié de la population. Depuis ce temps, le Front islamique perd à chaque élection des sièges à la Chambre des députés. Sans l'instauration de la représentation proportionnelle, il est probable qu'il continue de boycotter les élections. Cette situation n'est pas unique à la Jordanie car les dirigeants égyptiens ont en 2006 retardé les élections municipales de deux ans pour empêcher une trop forte représentativité des Frères musulmans.




Références:

(1) SLACKMAN, Michael et Mona EL-NAGGAR. « Jordan's King undercuts pro-democracy image by reshuffling his government », New York Times, [En ligne], 23 décembre 2009, accès via Newspaper Source Plus (page consultée le 2 novembre 2010)

(2) DPA. « Jordan arrests 40 islamists as election campaign starts », [En ligne], 10 octobre 2010, accès via Newspaper Source Plus (page consultée le 2 novembre 2010)

(3) DPA. « Jordan opposition : no to government offer; plans to boycott polls », [En ligne], 19 septembre 2010, accès via Newspaper Source Plus (page consultée le 2 novembre 2010)

(4) DPA. « Jordan to allow world bodies to monitor elections », [En ligne], 19 octobre 2010, accès via Newspaper Source Plus (page consultée le 2 novembre 2010)

(5) MALKAWI, Khetam. « Candidate numbers fall to 763 in final tally », [En ligne], 2 novembre 2010, http://www.jordantimes.com/?news=31482 (page consultée le 2 novembre 2010)

(6) FREEDOM IN THE WORLD, 2010. « Jordan », Freedom house, [En ligne], 2010, http://www.freedomhouse.org/template.cfm?page=363&... (page consultée le 2 novembre 2010)

(7) DPA. « Jordan opposition : no to ... », op.cit.

(8) SLACKMAN, Michael et Mona EL-NAGGAR. op.cit.

Dernière modification: 2010-11-08 17:12:05

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