28 novembre 2020 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Valeurs     Jeux   

30 novembre 2010

Élections au Brésil : l'échec d'un homme d'exception


Maxime Péloquin
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

mai
2020
Démission du ministre de la Santé au Brésil

octobre
2018
Élection de Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil

avril
2018
Arrestation de l’ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva

août
2016
Destitution de la présidente brésilienne Dilma Rousseff

août
2016
Ouverture des Jeux olympiques de Rio de Janeiro

octobre
2014
Réélection de Dilma Rousseff à la présidence du Brésil

juin
2013
Manifestations d'envergure au Brésil

octobre
2010
Élection de Dilma Rousseff à la présidence du Brésil

juillet
2007
Présentation de la journée Live Earth

octobre
2006
Réélection de Luiz Inacio Lula da Silva à la présidence du Brésil

mai
2006
Rébellion simultanée dans les prisons de Sao Paulo, au Brésil

octobre
2002
Élection de Luiz Inacio Lula da Silva à la présidence du Brésil

janvier
2001
Ouverture du premier Forum social mondial à Porto Alegre

octobre
1998
Réélection de Fernando Henrique Cardoso à la présidence du Brésil

octobre
1994
Élection de Fernando Henrique Cardoso à la présidence du Brésil

avril
1993
Tenue d’un référendum sur le régime et le système politique au Brésil

décembre
1992
Démission du président brésilien Fernando Collor

octobre
1992
Émeute dans la prison Carandriu de Sao Paulo, au Brésil

juin
1992
Ouverture du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro

Le 31 octobre 2010, au terme d'une campagne électorale serrée, une première femme a raflé la présidence du Brésil. Protégée et dauphine de l'ex-président Lula da Silva, Mme Dilma Rousseff a su confondre les sceptiques. Toutefois, derrière le success-story d'un ouvrier qui fut président (Lula da Silva), puis de sa protégée qui devient la première présidente du Brésil, un grand homme politique a connu une amère défaite. En effet, José Serra, un économiste de formation et un politicien à la carrière brillante, a vu s'envoler son plus précieux objectif de carrière.

Une lutte où tout était possible

L'élection brésilienne se jouait principalement entre trois candidats : Mme Rousseff du Parti des travailleurs, M. Serra du Parti de la social-démocratie brésilienne et Marina Silva du Parti vert. Le scrutin présidentiel brésilien comporte deux tours, à moins qu'un candidat obtienne la majorité au premier tour. Or, lors de ce premier scrutin, le 3 octobre, Mme Rousseff a obtenu une confortable avance sur José Serra, soit 47% des voix contre 33%(1). Cependant, Mme Silva du Parti vert a été chercher une part très respectable des votes, soit 19%.

L'espoir de José Serra résidait précisément dans la bonne performance des verts. Puisque le second tour n'impliquait que deux partis, le résultat de Mme Silva - près d'un vote sur cinq - redevenait objet de convoitise. Marina Silva, pourtant transfuge du Parti des travailleurs, a préféré rester neutre et n'appuyer aucun candidat pour le second tour. Là où le bât blessait pour Mme Rousseff était que deux électeurs sur trois qui avaient appuyé les verts songeaient à voter pour José Serra et les sociaux-démocrates(2).

Cependant, celle qui était totalement inconnue du public lors du dépôt de sa candidature, en mai 2010, a su mener une bonne fin de campagne jusqu'au 2e tour, où elle a obtenu 56% des suffrages(3).

Un homme de grande qualité

L'échec de José Serra à mettre la main sur le plus haut poste politique du Brésil n'était certainement pas relié à une quelconque faiblesse dans son curriculum vitae. M. Serra, « O Zé » pour les intimes, fut député fédéral (1986-1994), ministre du Plan et de la Santé, maire de la ville de Sao Paulo et gouverneur de l'État de Sao Paulo. De plus, il fut cofondateur en 1988 de son actuel parti, le Parti de la social-démocratie brésilienne. José Serra a également contribué, la même année, à l'élaboration de la Constitution actuelle du Brésil. Les deux tiers des quelque 200 amendements qu'il avait proposés ont d'ailleurs été adoptés(4).

La défaite de M. Serra serait plutôt attribuable à un problème d'image ainsi que de stratégie tout au long de la campagne. On le qualifiait depuis longtemps d'incapable de prendre la critique ainsi que de mépriser tout ce qui lui fait ombrage(5). Si José Serra fut toujours décrit comme un excellent gestionnaire, il a aussi été dépeint comme très centralisateur, ce qui est mal perçu au Brésil. Qui plus est, celui-ci passait même pour quelqu'un d'excessivement autoritaire et hautain(6).

Durant la campagne, Serra avait concentré ses énergies sur une stratégie électorale qui fut un coup d'épée dans l'eau. En effet, il avait tenté de convaincre le peuple brésilien du manque d'expérience de sa principale rivale, Mme Rousseff. Peine perdue, car l'image de cette dernière était celle d'une gestionnaire intègre et efficace(7). Le manque d'audace de cette tactique, doublée par la capacité de Mme Rousseff à capitaliser sur l'image de Lula, a coûté la victoire à José Serra.

En somme, l'homme qui avait un chemin de carrière idéal en vue de la présidence du Brésil n'a pas su tirer son épingle du jeu. José Serra possédait pourtant toutes les cartes nécessaires pour rafler cette victoire. Il n'a simplement pas su renchérir sur ses forces tout en minimisant ses faiblesses.




Références:

(1) Jean-Pierre LANGELLIER, « Outsider, José Serra s'était préparé toute sa vie à devenir président du Brésil », Le Monde, samedi 23 octobre 2010, p.5

(2) Loc. cit.

(3) Steve CARPENTIER, « L'héritière de Lula devient la première présidente du Brésil », La Croix, mardi 2 novembre 2010, p.7

(4) Jean-Pierre LANGELLIER, op. cit.

(5) Chantal RAYES, « José Serra est favori pour succéder à Lula », Le Temps, mercredi 14 avril 2010.

(6) Jean-Pierre LANGELLIER, op. cit.

(7) Steve CARPENTIER, op. cit.

Dernière modification: 2010-12-06 08:19:25

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.

Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019