28 novembre 2020 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Valeurs     Jeux   

24 décembre 2010

La plus grande menace à la prédominance américaine


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

novembre
2020
Élection de Joe Biden à la présidence des États-Unis

septembre
2020
Dépassement du million de personnes décédées des suites de la covid-19

mai
2020
Premier vol spatial habité pour l’entreprise américaine SpaceX

mai
2020
Mort violente de George Floyd et émeutes aux États-Unis

mars
2020
Dévoilement d’un plan de stimulation économique de 2 trillions de dollars aux États-Unis

février
2020
Accord de paix conditionnel en Afghanistan entre les États-Unis et les talibans

janvier
2020
Annonce d’un plan de paix des États-Unis dans le différend israélo-palestinien

janvier
2020
Accord commercial préliminaire entre les États-Unis et la Chine

janvier
2020
Assassinat du général iranien Qassem Soleimani

décembre
2019
Vote de la Chambre des représentants pour la destitution du président des États-Unis

novembre
2018
Élections de mi-mandat aux États-Unis

juillet
2018
Rencontre à Helsinki entre le président des États-Unis, Donald Trump, et le président russe Vladimir Poutine

juin
2018
Tenue d’un sommet entre le président américain Donald Trump et le leader nord-coréen Kim Jong-un

mars
2018
Intensification d’une guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine

décembre
2017
Annonce du président américain Donald Trump sur Jérusalem

septembre
2017
Ouragans sur les Caraïbes

août
2017
Déferlement des ouragans Harvey et Irma sur le sud des États-Unis

janvier
2017
Adoption d’un décret exécutif sur l’immigration aux États-Unis

janvier
2017
Assermentation de Donald Trump à la présidence des États-Unis

La plus grande menace à la suprématie américaine dans le monde ne provient pas de la montée de la Chine ou de toute autre puissance émergente. Elle ne découle pas non plus du terrorisme ou de conflits comme les guerres en Afghanistan ou en Irak. Non, la plus grande menace à l'hégémonie américaine est domestique et découle du fort endettement des États-Unis. Du moins, c'est la conclusion à laquelle est arrivée une commission spéciale sur la dette mise sur pied par le président Obama.

Présidée par Erskine Bowles, ancien secrétaire général de la Maison-Blanche sous le président Clinton, et Alan Simpson, ancien sénateur républicain du Wyoming, la commission spéciale a remis un rapport bipartisan à la fois lucide et très pessimiste. Le rapport décrit le problème de l'endettement comme un cancer fiscal qui ronge les États-Unis et menace de détruire le pays. Par conséquent, il est urgent que les États-Unis mettent fin à leur récente habitude de faire financer leur déficit budgétaire par la Chine ou tout autre pays.

Si le gouvernement fédéral américain était en voie d'éliminer sa dette nationale à la fin des années 1990, la situation changea dramatiquement avec les allégements fiscaux accordés par l'administration Bush en 2001. La situation ne fit qu'empirer à la suite de la crise économique de 2008. À la fin de 2000, la dette fédérale totale atteignait 5,6 billions et se situait à moins de 60 % du Produit intérieur brut (PIB) américain. Mais en 2010 cette dette est montée à 13,6 billions et représente 94 % du PIB américain.

Compte tenu de la tendance lourde, la dette américaine est devenue un problème majeur. Le ratio de la dette par rapport au PIB est le plus élevé depuis 1945 alors qu'il se situait à 122 %. Le ratio dette/PIB devrait augmenter de manière significative dans les prochaines décennies, selon les projections officielles du gouvernement, car la dette fédérale devrait doubler d'ici 2020, tripler d'ici 2030 et quadrupler d'ici 2040. Cela signifie pratiquement, si rien n'est fait, que la dette fédérale pourrait dépasser les 50 billions de dollars en 2040.

Les conseillers économiques au sein de l'administration Obama ont placé au premier rang l'objectif de réduction du déficit. Mais pour ne pas perturber la fragile reprise économique, cette réduction ne devrait pas débuter avant 2012. Toutefois, l'administration Obama est placée dans une situation paradoxale. Elle voit aussi la nécessité de protéger les Américains les plus vulnérables tout en investissant dans l'éducation, les infrastructures et la recherche et le développement.

Si les déficits budgétaires fédéraux vont diminuer de façon marquée au cours des prochaines années, les perspectives à long terme sont très négatives. Les coûts liés au vieillissement de la population vont devenir après 2020 la principale cause de la spirale ascendante de la dette américaine. Le départ à la retraite des baby-boomers laisse présager une demande significative et soutenue envers les programmes de sécurité sociale, Medicare et Medicaid.

La situation financière des États-Unis est devenue si grave qu'un ajustement fiscal de 12 % par apport au PIB serait nécessaire pour stabiliser la dette fédérale au ratio d'aujourd'hui. Or, cet ajustement est déjà plus élevé que celui de 9,2 % qui fut exigé l'été dernier à la Grèce.

Des solutions?

Durant les années 1950 et 1960, le gouvernement américain fut capable de juguler le problème de la dette grâce à une forte croissance économique annuelle de 4,3 %. Mais aujourd'hui, compte tenu du vieillissement de la population, la répétition d'une telle croissance est peu probable. Tout au plus les États-Unis peuvent espérer une croissance annuelle moyenne de 2 %. La résorption de la dette ne peut donc pas découler de la croissance économique.

Conscients de cette réalité, les deux présidents de la commission spéciale ont proposé un mélange de croissance des recettes de 25 % liée à une réduction des allèchements fiscaux et une réduction des dépenses pouvant atteindre 57 % dans certains programmes. Par ailleurs, l'accès à d'autres programmes serait reporté à 75 ans. Cette proposition fut reçue froidement tant par les dirigeants démocrates que républicains.

Pourtant, une cinquantaine de milliardaires américains, conscients de la gravité de la situation, ont signé récemment une pétition demandant d'être taxés davantage. D'ailleurs, le taux d'imposition maximum chez les Américains gagnant un million et plus de dollars, qui était fixé à 75 % durant les années 1930, a été réduit à 35 % en 2001.

Mais le paradoxe de la situation découle du sentiment public en général. Alors que les taux d'imposition n'ont jamais été aussi bas depuis 1945, les Américains ordinaires ont l'impression erronée de n'avoir jamais été aussi taxés. Dans ce contexte, il est donc difficile de promouvoir une politique de réduction des services jointe à une augmentation de taxes.

Toutefois, il y a aussi un prix à payer pour ne rien faire. S'ils désirent maintenir leur prédominance mondiale, les États-Unis doivent impérativement contrôler leur dette publique et réduire leurs emprunts à l'extérieur. Ce qui rend la présente dette plus critique, contrairement à celle de 1945, est le fait qu'elle repose largement sur des emprunts étrangers. Par conséquent, les paiements du service de la dette, au lieu d'alimenter l'économie américaine, affaiblissent cette dernière.

Déjà la semaine dernière, la Russie et le Chine soulevaient l'hypothèse d'utiliser l'euro au lieu du dollar comme monnaie mondiale. Une telle décision signifierait non seulement la fin de l'hégémonie américaine, mais aurait aussi des répercussions économiques importantes. Les taux d'intérêt sur la dette américaine pourraient alors augmenter de 2 %, faisant exploser davantage cette dernière et réduisant d'autant les ressources disponibles pour investir dans le capital productif aux États-Unis.

Les États-Unis sont donc à la croisée des chemins. Les prochaines années nous diront si les autorités américaines auront ou non la lucidité et la volonté d'affronter directement ce problème.



Dernière modification: 2013-03-25 09:56:32

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.

Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019