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25 juin 2011

La réélection d'Obama soulève des inquiétudes chez les démocrates


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Au début d'avril, Barack Obama a lancé sa campagne pour obtenir un deuxième mandat présidentiel. Avec un taux d'approbation de 50 %, une économie qui a entamé sa reprise et un taux de chômage qui baissait graduellement, le président Obama se sentait en bonne position pour assurer sa réélection en 2012.

Peu après, le 1er mai, Obama annonçait qu'un commando américain avait tué Oussama ben Laden, le leader terroriste Al-Qaïda responsable des attentats du 11 septembre 2001. Le taux de popularité du président grimpa alors de 50 % à 60 %. Sa campagne partait sur une excellente base et il semblait imbattable. Plusieurs candidats potentiels républicains annoncèrent même qu'ils ne se lançaient pas.

Pourtant, depuis quelques semaines, une inquiétude grandissante a envahi les cercles de la Maison-Blanche. Le soutien populaire s'est évaporé. Certains sondages montrent que la cote d'Obama est retombée en terrain négatif. Qu'est-ce qui a donc pu survenir?

Barack Obama se retrouve un peu dans la même situation que George H.W. Bush père, il y a 20 ans. Ce dernier était fier d'avoir, à la suite de sa victoire sur Saddam Hussein, un taux d'approbation dépassant 90 %. En dépit de cela, il perdit l'élection de 1992 aux mains de Bill Clinton qui, profitant du ralentissement économique, fit campagne sur la promesse de donner la priorité à l'économie.

Comme en 1992, les Américains sont présentement très pessimistes. Seulement 39 % d'entre eux considèrent que l'économie se porte bien. Or, pour assurer la réélection d'un président, il faut beaucoup plus. D'ailleurs, la défaite cinglante des démocrates aux élections de mi-mandat reflète l'humeur pessimiste des électeurs sur l'économie qui ont tendance à pénaliser le parti au pouvoir.

Depuis 1976, les présidents qui ont remporté un deuxième mandat avaient un taux moyen d'approbation de 67 % dans le mois précédant les élections et ils bénéficiaient, sauf Ronald Reagan, d'un taux de chômage en bas de 6 %. Bien plus, depuis la grande dépression de 1930, il y a seulement eu Ronald Reagan en 1984 et Franklin D. Roosevelt en 1936 qui ont été réélus alors que le taux de chômage dépassait les 7 %. Or, le taux de chômage présentement aux États-Unis oscille près de 9 %.

Tout réside donc dans les perspectives d'amélioration de l'économie. Or depuis deux ans, si l'économie américaine est en mode récupération, la reprise est tiède. Dans un scénario optimiste, la FED situe ce taux de chômage à l'automne 2012 entre 7,7 et 8,2 %.

Entre-temps, la conjoncture internationale s'est aussi subitement détériorée. La plongée de la production en Chine, la crise de l'euro et la chute des exportations au Japon à la suite du tsunami a refroidi la reprise mondiale. En conséquence, on assiste à l'effritement de l'optimisme du début de l'année.

L'économie américaine donne ainsi de sérieux signes de ralentissement. Si les indices pointaient vers une croissance de 4 % au premier trimestre, on se dirige vers un maigre 2 % au deuxième trimestre. Or, il faut un taux de croissance d'au moins 3 % par trimestre pour faire baisser le chômage.

Depuis janvier, l'économie américaine ajoutait 200 000 emplois par année. Or en mai, ce ne fut qu'un maigre 54 000. Ce nombre est insuffisant pour faire baisser le taux de chômage qui a rebondi en juin à 9,1 %.

Les stratèges démocrates notent qu'au cours des 14 derniers mois, le secteur privé a créé plus de 2 millions d'emplois. Mais il reste 13,5 millions de chômeurs et la tiède reprise s'est faite au prix de déficits records et d'un gonflement de la dette à plus de 14 trillions de dollars.

En dépit des efforts impressionnants accomplis par Obama pour sortir le pays de la pire récession en 80 ans, deux Américains sur trois considèrent l'économie comme le problème majeur et en font porter la responsabilité à Barack Obama.

Depuis un mois, les différents candidats républicains, conscients que l'économie représente le talon d'Achille d'Obama, ont centré leurs attaques sur cette question. Ces derniers affirment qu'Obama ne peut plus blâmer George W. Bush pour la piètre performance de l'économie américaine. Les chiffres décevants de l'emploi démontrent, selon eux, l'échec de la politique économique du président.

Le pessimisme économique représente peut-être la pire menace à la réélection d'Obama. James Carville, le stratège de l'élection de Bill Clinton en 1992, reconnaît que le président Obama va avoir beaucoup de difficulté à se faire réélire, si la situation de l'emploi ne s'améliore pas rapidement.

Bien plus. Howard Dean, président du parti démocrate en 2008, affirmait la semaine dernière que, dans les circonstances, même Sarah Palin, qui s'est de nouveau ridiculisée avec ses remarques sur Paul Revere, pourrait battre Obama. Cette remarque de Dean peut apparaître comme l'insulte la plus ignominieuse pour l'administration Obama, mais elle est symptomatique des inquiétudes grandissantes chez les démocrates.

Avec une économie chancelante et des perspectives pessimistes pour l'avenir, la réélection de Barack Obama représente un véritable défi historique. L'administration Obama a 16 mois pour changer la donne. Mais il faudra plus que les simples talents de communicateur d'Obama. Les faiblesses de son adversaire républicain ne seront pas suffisantes non plus pour assurer la victoire. Obama devra aussi démontrer qu'il est plus apte que son éventuel adversaire à relancer l'emploi.



Dernière modification: 2013-03-21 14:15:13

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