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1 mars 2014

Élections sur fond de crise politique en Thaïlande


Pierre McCann
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

octobre
2016
Décès du roi de Thaïlande, Rama IX (Bhumibol Adulyadej)

février
2014
Tenue d'élections législatives en Thaïlande

juillet
2011
Inondations destructrices en Thaïlande

décembre
2004
Tsunami dévastateur en Asie du Sud

septembre
1992
Tenue d'élections législatives en Thaïlande

novembre
1989
Création de la Coopération économique pour l'Asie-Pacifique

juillet
1979
Ouverture d'une conférence internationale sur les réfugiés de la mer en Asie du Sud-Est

octobre
1976
Renversement du gouvernement de Seni Pramoj en Thaïlande

octobre
1974
Promulgation d'une nouvelle Constitution en Thaïlande

novembre
1971
Coup d'État en Thaïlande

mai
1969
Affrontements interethniques en Malaisie

février
1969
Tenue d'élections législatives en Thaïlande

août
1967
Création de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est

avril
1955
Ouverture d'une conférence internationale à Bandoeng

septembre
1954
Création de l'Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est

Le 2 février 2014 avaient lieu en Thaïlande des élections déclenchées par la première ministre Yingluck Shinawatra à la suite de la dissolution du Parlement, le 9 décembre 2013. Manifestations antigouvernementales, boycottage de l'opposition, demande d'annulation de l'élection devant la Cour constitutionnelle, blocage de bureaux de vote : ce scrutin s'est tenu sur fond de tensions (1).

Environ un électeur sur cinq s'est retrouvé dans l'impossibilité de voter (2). D'ailleurs, au moment d'écrire ces lignes, plusieurs élections partielles restent toujours à être organisées en Thaïlande. Les tensions causées par les manifestants lors des élections du 2 février ont empêché la tenue du scrutin dans 9 des 77 provinces du pays, en plus des 28 circonscriptions qui n'ont pu recevoir de candidatures (3).

L'influence du frère de la première ministre contestée

L'automne 2013 marquait le début de la grogne des manifestants dans le but de chasser du pouvoir la première ministre thaïlandaise. Au coeur des revendications des manifestants se trouvait le frère de la cheffe du gouvernement, Thaksin Shinawatra, milliardaire et ancien premier ministre victime d'un coup d'État militaire en 2006. Les manifestants considèrent toujours que la première ministre est en fait la « marionnette » de son frère (4).

Pour ne pas subir une peine d'emprisonnement qui pèse contre lui, Thaksin Shinawatra vit aujourd'hui au Cambodge. Depuis l'arrivée au pouvoir de sa sœur en 2011, l'opposition thaïlandaise « est persuadée que Thaksin dirige à nouveau le pays à travers sa soeur (5)». Selon l'opposition, la première ministre voulait notamment faire adopter une loi qui aurait permis à son frère de revenir au pays. « Devant la levée de boucliers, la proposition a été retirée, mais la contestation a fait tache d'huile (6).»

Un programme pour acheter le vote des paysans thaïlandais?

Les manifestants ont aussi dénoncé l'instauration d'un programme d'aide afin de courtiser le vote des riziculteurs, promis par le parti progressiste dirigé par Yingluck Shinawatra lors des élections de 2011. En vertu de ce programme, le riz des paysans a été acheté par l'État thaïlandais, et ce, à un prix de moitié supérieur au prix du marché (7). En 2011, le gouvernement Shinawatra a d'ailleurs été élu par une majorité écrasante (8).

« Ce programme, très critiqué par la Banque mondiale, a été considéré comme un achat de voix des paysans (9)». En plus d'avoir suscité l'ire des opposants au gouvernement, la mesure a engendré des dépenses de l'ordre de 10 milliards d'euros par l'État, et a causé des baisses d'exportation du grain de riz devenu trop onéreux par rapport à la concurrence. « Ainsi, le gouvernement n'a tout simplement pas pu payer tous les paysans, qui sont à leur tour descendus dans la rue pour réclamer leur dû. Endettés, plus d'une dizaine d'entre eux se sont suicidés (10)». La première ministre a d'ailleurs fait face à la justice thaïlandaise pour l'implantation de ce programme.

En mars 2014, dans une tentative de minimiser les impacts de la crise politique sur l'économie du pays, la Thaïlande a abaissé son taux directeur à son niveau le plus bas depuis 2011. « Les violences qui ont fait 23 morts ainsi que l'instauration de l'état d'urgence à Bangkok ont porté un coup au tourisme, secteur clé de l'économie du royaume, et fait craindre une baisse des investissements étrangers (11)».

À quand une sortie de crise?

La crise semble donc loin d'être terminée en Thaïlande, où les opposants et les groupes pro-gouvernementaux poursuivent leurs actions. À la tête d'un pays qui a connu « dix-huit coups d'État militaires depuis 1932 » et de nombreuses manifestations violentes, la première ministre Shinawatra « sait très bien que si la situation dégénère, l'armée va intervenir (12)». Un coup d'État serait loin de garantir un retour au calme, celui de 2006 ayant « plongé la Thaïlande dans un cycle de crises politiques et de violences mettant en lumière les divisions du pays (13)».




Références:

(1) ICI Radio-Canada, « Thaïlande : l'annulation des élections réclamée », ICI Radio-Canada.ca, [En ligne], 4 février 2014, http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/international... (Page consultée le 15 mars 2014).

(2) ICI Radio-Canada et Reuters, « Thaïlande : 2e chance pour les électeurs », ICI Radio-Canada.ca, 2 mars 2014, http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/international... (Page consultée le 15 mars 2014).

(3) ICI Radio-Canada, « Thaïlande : l'annulation des élections réclamée », op. cit.

(4) VECHAKIJ, Apilaporn, « Élections législatives partielles en Thaïlande », La Presse.ca, 2 mars 2014, http://www.lapresse.ca/international/asie-oceanie/... (Page consultée le 15 mars 2014).

(5) PAGET, Christophe, « La Thaïlande en proie à des crises à répétition », Radio France International, 11 mars 2014, http://www.rfi.fr/mfi/20140314-chemises-rouges-jau... (Page consultée le 15 mars 2014).

(6) Ibid.

(7) Ibid.

(8) Associated Press, « La violence se poursuit en Thaïlande, la première ministre appelle au calme », Le Devoir, 2 décembre 2013, http://www.ledevoir.com/international/actualites-i... (Page consultée le 15 mars 2014).

(9) AREFI, Armin, « Thaïlande : le riz thaï va-t-il faire tomber le pouvoir ? », Le Point.fr, 27 février 2014, http://www.lepoint.fr/monde/thailande-le-riz-thai-... (Page consultée le 15 mars 2014).

(10) Ibid.

(11) AFPQC2, « Thaïlande: baisse des taux d'intérêt en raison de la crise politique », Le Huffington Post, 12 mars 2014, http://quebec.huffingtonpost.ca/2014/03/12/thaland... (Page consultée le 25 mars 2014).

(12) PAGET, Christophe, op. cit.

(13) VECHAKIJ, Apilaporn, op. cit.

Dernière modification: 2014-03-24 08:57:44

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