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25 mai 2013

Les enjeux de l'oléoduc Keystone XL


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Depuis 2010, la compagnie pétrolière TransCanada développe le projet de construction de l'oléoduc Keystone XL reliant les sables bitumineux de l'Athabasca, en Alberta, aux raffineries de Houston, au Texas. La partie de l'oléoduc reliant l'Oklahoma au Texas est déjà en construction, ayant reçu l'approbation de l'administration Obama en mars 2012. Toute la controverse porte sur la partie nord qui doit parcourir plus de 3000 kilomètres.

Comme le projet de l'oléoduc Keystone traverse la frontière internationale, les lois américaines exigent que pour délivrer un permis, l'administration soumette le projet à des études environnementales. Un premier tracé a été soumis à une évaluation du Département d'État américain et a été rejeté en janvier 2012 par l'administration Obama après que le gouverneur du Nebraska s'y est opposé parce que l'oléoduc aurait traversé l'aquifère de l'Ogallala, qui touche huit états. La compagnie TransCanada a dû soumettre un nouveau tracé qui cette fois a reçu l'aval du gouverneur du Nebraska en janvier 2013.

En mars, le Département d'État américain a remis un rapport complet sur ce dossier. Entre autres, le rapport conclut qu'avec ou sans oléoduc, les sables bitumineux canadiens vont se développer au même rythme. En ce sens, la construction de l'oléoduc n'aura pas de conséquences sur les changements climatiques. L'étape suivante consiste en une consultation publique de 60 jours. L'administration Obama devra ensuite prendre la décision finale sur ce dossier.

Le projet de l'oléoduc est à l'origine d'un vif débat aux États-Unis. Ses partisans argumentent que l'oléoduc transportera 830 000 barils de pétrole par jour, réduisant d'autant les importations de régions moins stables que le Canada. De plus, il permettrait de réduire le coût de l'essence à la pompe. Par ailleurs, sa construction générait 100 000 emplois temporaires et 5000 permanents. Finalement, si les États-Unis refusent de donner l'autorisation de construire l'oléoduc, le Canada va exporter son pétrole en Chine.

Du côté des partisans de l'oléoduc, se retrouvent la large majorité des sénateurs et représentants républicains. Mais les compagnies pétrolières, 17 sénateurs démocrates provenant d'états pétroliers, et les représentants canadiens soutiennent aussi le projet. Et, plus surprenant, les syndicats américains, qui sont traditionnellement plus à gauche, sont en faveur du projet créateur d'emplois.

L'incident de Mayflower

Par contre, le projet de l'oléoduc est vivement contesté par les groupes environnementalistes et les membres libéraux du parti démocrate. Les opposants affirment que le projet est trop risqué, qu'il pourrait contaminer la nappe phréatique, que le pétrole produit à partir des sables bitumineux génère environ 30 % de plus de gaz à effet de serre que le pétrole conventionnel, et que le mode d'extraction de ce pétrole gaspille une large quantité d'eau et cause une déforestation accélérée au Canada.

Or, les événements ont donné en partie raison aux critiques environnementalistes le 29 mars dernier, alors qu'un oléoduc d'ExxonMobil transportant du pétrole brut canadien s'est rompu à Mayflower en Arkansas. À la suite de cet accident écologique, plus de 12 000 barils de pétrole se sont échappés, recouvrant les rues et les pelouses d'une forte odeur de goudron. L'accident força l'évacuation de 22 maisons. Pour les environnementalistes, la catastrophe de l'Arkansas représente un avertissement qui laisse présager des problèmes similaires avec l'oléoduc Keystone.

Le Département d'État a examiné une solution de remplacement. Le pétrole pourrait être transporté par chemin de fer. Or, cela prendrait chaque jour 15 trains supplémentaires avec chacun 100 wagons-citernes pour transporter la même quantité de pétrole que l'oléoduc projeté. En plus de générer des problèmes de trafic quasi insurmontables, le transport par train du pétrole générerait plus d'émissions de CO2 que l'oléoduc.

Dans la situation présente, une chose est sûre : les États-Unis ont besoin du pétrole canadien. Ils ne peuvent pas le laisser aller à la Chine. En effet, les États-Unis consomment 20 % de la production mondiale de pétrole et doivent importer 40 % de leur pétrole. Or, leurs réserves de pétrole ne représentent que 2 % des réserves mondiales connues.

Une autre solution

Cependant, les environnementalistes croient que le vrai problème est ailleurs. L'administration Obama devrait concentrer, selon eux, ses efforts à faire adopter par le Congrès une loi énergétique rendant les automobiles encore moins énergivores et moins polluantes. Ils estiment qu'il est possible ainsi d'économiser trois millions de barils de pétrole par jour, soit quatre fois le nombre que l'oléoduc Keystone transporterait. En plus, cette approche, basée sur une énergie propre, permettrait de créer des centaines de milliers d'emplois.

Le président Obama devra rendre une décision d'ici l'été. Des milliers d'emplois entourant la construction de l'oléoduc sont en jeux. Le projet représente un investissement de sept milliards de dollars et ne demande aucune subvention publique. Et Obama doit tenir compte des conséquences que sa décision va avoir sur les relations canado-américaines.

Le premier ministre Stephen Harper a fait de fortes représentations pour une approbation du projet. Des hauts fonctionnaires canadiens ont déclaré qu'une décision négative serait reçue comme gifle diplomatique à Ottawa. Le Canada se tournerait alors vers d'autres marchés pour exporter son pétrole. La Chine est déjà disposée à importer et raffiner le pétrole canadien provenant des sables bitumineux. Or, le risque environnemental posé par un pétrolier traversant le Pacifique est beaucoup plus élevé que celui d'un oléoduc nord-américain. Est-ce que les États-Unis ont le moyen de s'aliéner leur principal partenaire commercial? Voilà une question qu'Obama doit se poser.

Les tensions politiques entourant l'oléoduc Keystone sont profondes. Chaque partie presse l'administration Obama d'aller dans sa direction. Le défi pour Barack Obama est de concilier à la fois les pressions de ses partisans et l'insistance des républicains, des représentants canadiens et des syndicats. L'approbation de la partie sud de l'oléoduc est perçue comme une indication que l'administration Obama va donner son aval au projet de l'oléoduc Keystone. Encore une fois, Obama apprend qu'il n'y a pas de décision facile.



Dernière modification: 2014-03-17 11:39:44

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