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28 mars 2015

Cinquante ans après la marche de Selma


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Les revendications des noirs américains pour un libre exercice du droit de vote débutèrent durant les 1920. Toutefois, ces revendications prirent de l'ampleur avec le développement du mouvement des droits civiques durant les années 1950. Ces revendications atteignirent leur paroxysme le 18 février 1965 dans la ville de Marion, en Alabama.

Cette journée-là, quelque 500 membres de l'Église Méthodiste Unie de Zion à Marion organisèrent une marche pacifique vers la prison de la ville où était détenu James Orange, un organiseur du mouvement des droits civiques. Les manifestants furent fortement brutalisés et arrêtés par une importante force policière. C'est dans ce contexte que Jimmie Lee Jackson, un organisateur noir fut tué par la police. Un appel pour une nouvelle manifestation fut alors lancé pour le 7 mars à Selma.

Le 7 mars 1965 fut un dimanche sanglant à Selma en Alabama. Le mouvement des droits civiques avait organisé ce jour-là une marche pacifique en soutien au projet de loi fédérale sur le droit de vote. Plus de 600 personnes, marchant deux par deux, étaient parties de Montgomery, effectuant ainsi à pied les quelques 80 kms qui séparent la capitale d'Alabama de Selma.

Comme les marcheurs s'engageaient sur le pont Edmund Pettus, la police de la ville et de l'État, assistée de soldats de la garde nationale, attaqua à cheval les manifestants, les matraqua avec des Billy Clubs et les aspergea de gaz lacrymogène. La télévision américaine couvrit en direct les scènes brutales de ce dimanche sanglant. Les événements de cette journée-là renforcèrent le mouvement des droits civiques et hâtèrent le passage de la loi sur le droit de vote de 1965.

Faisant suite à l'attaque brutale des forces policières contre les manifestants du 7 mars, le Docteur Martin Luther King télégraphia à tous les pasteurs de toutes les religions aux États-Unis. Ils les invitaient à venir à Selma le 9 mars pour marcher à Montgomery. Plus de 2000 personnes de toutes les races et religions répondirent à son appel. La marche fut interdite par un juge fédéral. Mais King décida de passer outre.

Comme les manifestants approchaient de nouveau du pont Edmund Pettus, ils étaient attendus par les forces de l'ordre. Une confrontation semblait inévitable. Les marcheurs choisirent alors de se mettre à genoux et de prier. Puis, ils se dirigèrent vers une église, évitant un affrontement avec la garde nationale. Entre-temps, ils obtinrent le droit de manifester d'une cour fédérale. La nouvelle manifestation se déroula pacifiquement le 21 mars.

Si les tactiques terroristes furent utilisées avec succès pendant des années par les ségrégationnistes du sud, elles échouèrent à Selma en 1965. Les manifestants de Selma ont ainsi réussi à transformer l'opposition ségrégationniste en un avantage politique pour mobiliser le reste du pays en faveur du droit des noirs de voter. Le congrès adopta à l'été 1965 une loi fédérale qui éliminait les restrictions imposées par le sud sur le droit de vote.

L'État de la Caroline du Sud contesta immédiatement devant la Cour suprême la loi de 1965. Mais la haute cour américaine rejeta le principe que cette loi violait le droit des États. Néanmoins, les blancs du sud conservèrent l'idée que la nouvelle loi électorale persécutait injustement leur région.

L'adoption de la loi de 1965 sur le droit de vote de 1965 suscita un fort sentiment de ressentiment chez certains sudistes blancs. Menés par le gouverneur George Wallace, les politiciens blancs du sud exploitèrent cette colère populaire. Les républicains, sous le leadership de Richard Nixon, profitèrent de la situation pour attirer le vote blanc. Le sud cessait d'être solidement démocrate.

Depuis le congrès a réaffirmé à quatre reprises les principes de la loi de 1965 sur le droit de vote. La dernière fois survint en 2006. Néanmoins, la loi de 1965 est aujourd'hui en danger. L'attaque provint de la Cour suprême elle-même.

En 2013, la Cour suprême des États-Unis a démantelé la disposition centrale dans cette loi qui permettait au gouvernement de superviser l'exercice du droit de vote dans les États du sud. Pour justifier sa décision, le juge en chef John Roberts n'hésita pas à reprendre les arguments avancés durant les années 1960 par les ségrégationnistes blancs. Cette décision réaffirmait la priorité des droits des États sur ceux des individus.

Durant les années 1950 et 1960, le mouvement des droits civiques a bénéficié du soutien actif des cours fédérales. Aujourd'hui, ces mêmes cours placent les défenseurs du droit de vote sur la défensive. Depuis une dizaine d'années, les États sous contrôle républicain ont une forte tendance à imposer d'importantes restrictions aux droits électoraux de minorités.

Après Selma, la question du droit de vote semblait une question réglée une fois pour toutes. Mais 50 ans après, nous devons constater que la lutte est loin d'être finie. Les Américains doivent encore se battre pour faire respecter leurs droits démocratiques.



Dernière modification: 2015-04-27 13:14:29

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