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5 mars 2015

L'ironie chez Barack Obama


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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En 1952, Reinhold Niebuhr, le philosophe et théologien préféré de Barack Obama, publiait L'ironie de l'histoire américaine, un ouvrage dans lequel il résumait de manière incisive sa pensée et sa vision de l'histoire de son pays. Entre autres, Niebuhr mettait en garde les futurs dirigeants du pays contre l'excès de confiance pouvant découler de la puissance américaine.

Selon Niebuhr, le principal danger guettant les dirigeants américains est de croire à la puissance infinie des États-Unis. Ces derniers peuvent en arriver à se prendre pour Dieu. Pêchant par excès de confiance, les dirigeants américains risquent d'engager les États-Unis dans des guerres dont ils ont mal évalué la nature, les causes et les implications. D'ailleurs, dès 1955, Niebuhr mettait en garde les États-Unis contre un futur engagement au Vietnam.

Pour Niebuhr, l'excès de confiance amène les dirigeants américains à produire souvent les effets contraires de ceux qu'ils anticipaient. Cette situation paradoxale lui apparaissait ironique. C'est pourquoi il conseillait à ceux-ci de cultiver l'humilité afin d'avoir la prudence nécessaire pour éviter d'engager les États-Unis dans des guerres sans fin pour lesquelles les intérêts vitaux américains ne seraient pas en jeu.

En d'autres mots, les États-Unis ne devaient pas se comporter comme s'ils étaient les gendarmes du monde. Comme ils ne peuvent pas régler tous les problèmes internationaux, ils doivent choisir judicieusement leurs conflits.

Toutefois, Niebuhr fut loin d'être un pacifiste. Il considérait qu'il était parfois nécessaire de recourir à la force pour combattre les injustices et s'opposer au mal. Durant les années 1930, il milita pour une implication accrue des États-Unis sur la scène mondiale, à une période où les Américains étaient largement influencés par le courant isolationniste. Il affirmait alors que ce que n'étaient pas les pacifistes qui pouvaient arrêter les armées d'Hitler.

Conscient que la guerre fait partie intégrante de la société humaine, Niebuhr trouva son inspiration dans la doctrine de la guerre juste développée par Saint-Augustin et Thomas d'Aquin. Selon Niebuhr, les principaux critères de cette doctrine, soit celui d'être en situation d'autodéfense, d'utiliser la force en dernier recours, de recourir à une force proportionnelle à la menace et finalement d'épargner les civils, fournissaient les balises pour justifier ou non une intervention américaine dans un conflit.

Ce faisant, Niebuhr fut à l'origine d'une école politique, celle du réalisme chrétien. George Kennan, le père de la guerre froide avec sa doctrine sur l'endiguement du communiste, en fut le principal représentant. Or, c'est à cette tradition que les politiques mises en place par Barack Obama se rattachent.

C'est dans cet esprit-là que Barack Obama s'est opposé, dès octobre 2002, à la future guerre en Irak qu'il jugeait injuste, immorale et non nécessaire. Par contre, il considérait celle d'Afghanistan comme juste et nécessaire, parce c'est Al-Qaïda qui avait attaqué les États-Unis en septembre 2001. Cette opposition à la guerre d'Irak le propulsa à l'avant-scène et lui permit de remporter les primaires, puis la campagne présidentielle de 2008.

Devenu président, Obama dut gérer le désengagement américain en Afghanistan et en Irak. Par-dessus tout, il ne désirait pas impliquer les États-Unis dans une nouvelle guerre avec un pays musulman. C'est pourquoi il choisit de diriger « par derrière » le conflit en Libye et refusa ensuite de s'engager dans la guerre civile syrienne.

Néanmoins, il poursuivit sans relâche la lutte contre Al-Qaïda au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Refusant d'engager des troupes américaines au sol, son administration eut plutôt recours aux forces spéciales et aux drones pour démanteler et irradier les bases de cette organisation terroriste.

Or, depuis l'été 2014, les États-Unis, et même le monde, sont confrontés à un nouveau danger. Profitant du chaos généré par la guerre civile syrienne et les politiques sectaires mises en place en Irak, l'État islamique a rapidement émergé comme une menace majeure à la paix mondiale. Des milliers de jeunes combattants djihadistes, dont un grand nombre sont originaires de pays occidentaux, se sont joints à cette organisation. Dans le processus, des actes de barbarie sont commis presque quotidiennement.

Face à cette nouvelle menace, Barack Obama a appelé la communauté internationale à se mobiliser et à se joindre aux États-Unis. C'est dans cet esprit qu'il a demandé au Congrès américain au début de février 2015 l'autorisation d'impliquer des troupes américaines contre l'État islamique.

Poursuivant une démarche humble et prudente, il demande au Congrès de voter une sorte de déclaration de guerre contre l'État islamique. Toutefois, il veut circonscrire l'intervention américaine et situer celle-ci dans le cadre d'une action multilatérale. Il n'est donc pas question d'une intervention massive comme au Vietnam ou en Irak.

En dépit de cela, sa demande ne fait pas consensus. Les démocrates sont réticents à soutenir une politique guerrière, alors que les républicains trouvent les mesures proposées par Obama comme trop peu, trop tard.

En fait, les républicains reprochent à Barack Obama d'être à l'origine de la montée de l'État islamique. Selon eux, la mollesse démontrée par l'administration Obama a permis à cette organisation terroriste de se développer pour devenir une sorte de monstre qu'il faut aujourd'hui irradier à tout prix.

Déjà en 2009, alors qu'il recevait le prix Nobel de la paix, Barack Obama reconnaissait la situation ironique dans laquelle il se trouvait, lui un dirigeant américain impliqué dans deux conflits majeurs. La situation d'aujourd'hui apparaît pour plusieurs toute aussi ironique. Alors qu'Obama a milité contre la guerre en Irak de 2003, il demande aujourd'hui l'autorisation d'engager les États-Unis dans une nouvelle guerre.

Toutefois, Obama respecte les principes énoncés par son illustre mentor. Il reconnaît la persistance du mal dans le monde qui est aujourd'hui incarné dans des organisations comme l'État islamique. Mais il rejette la rhétorique messianique de son prédécesseur, car il a toujours montré une méfiance à l'égard des personnes ou des dirigeants qui affirment agir au nom de Dieu.

Ceux qui critiquent la politique de Barack Obama face à l'État islamique n'ont pas compris la motivation profonde qui l'anime. Ces derniers auraient tout avantage à lire Niebuhr.



Dernière modification: 2015-03-16 11:11:45

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