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18 octobre 2014

Le leadership de Barack Obama remis en question


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Coup sur coup en 2014, Robert Gates, Hilary Clinton et Leon Panetta, deux anciens secrétaires à la défense et une secrétaire d'État, ont publié leurs mémoires dans lesquels ils se montrèrent critiques à l'endroit du président Obama. La publication de ces trois livres a suscité aux États-Unis une importante controverse alors que ces trois anciens membres de l'administration Obama questionnent la façon dont Barack Obama gère la politique étrangère américaine. Dans la foulée de la crise syro-irakienne causée par l'État islamique, leurs critiques ont une portée d'autant plus grande

La critique d'un président en poste par un ancien membre de son administration a été considérée pendant des décennies comme une pratique déloyale et hautement répréhensible. La norme demandait d'attendre un certain intervalle avant d'écrire sa version de l'histoire. Par exemple, Dean Acheson, un ancien secrétaire d'État, a attendu près de 20 ans avant de publier ses splendides mémoires sur son implication dans l'administration de Truman. Il alla de même avec Robert McNamara qui, après avoir été un héros dans la crise de Cuba, fut fustigé pour son rôle dans la guerre du Vietnam. Il garda le silence pendant 25 ans.

Mais depuis la crise du Watergate au début des années 1970, la pratique a graduellement changé. Dorénavant, il est devenu pratique courante pour un haut fonctionnaire quittant une administration de s'asseoir avec Bob Woodward pour critiquer le président pour lequel il a travaillé. George W. Bush a vécu cette situation avec Paul O'Neil, secrétaire au trésor, et Scott McClelland, un secrétaire de presse de la Maison-Blanche.

Les critiques émises par les anciens collaborateurs du président Obama, comme ce fut le cas pour ses prédécesseurs, découlent du fait que les secrétaires qui dirigent les ministères se sentent marginalisés par l'excessive centralisation des décisions à la Maison-Blanche. Un grand nombre de hauts fonctionnaires qui ont travaillé au secrétariat d'État ou à celui de la défense croient que les conseillers politiques du président, oeuvrant au sein du Conseil de la sécurité nationale (CSN), détiennent une influence indue.

De fait, le nombre de conseillers au sein du CSN est passé de 30 en 1970 à 150 sous George W. Bush pour finalement atteindre environ 300 sous Barack Obama. Avec le gonflement des effectifs du CSN, les dirigeants des départements ont le sentiment que l'entourage du président ne leur laisse plus de latitude dans l'exercice de leurs fonctions et que les conseillers présidentiels interviennent trop souvent dans leurs dossiers pour des considérations politiques.

À tour de rôle, Gates, Clinton et Panetta reprochent au président Obama d'être trop insulaire, de centraliser la prise de décision et de maintenir le contrôle sur les contacts des membres de son administration avec les membres du Congrès et les journalistes. Mais une lecture plus attentive des mémoires de Gates et de Panetta, et aussi en partie cette d'Hilary Clinton, démontre que ce qui est surtout reproché à Obama porte sur deux dossiers : le retrait des troupes américaines d'Irak et la décision tardive d'armer les rebelles syriens.

Ce qui ressort tout au long des mémoires de Gates est un sentiment que ce dernier n'avait pas la totale confiance du président. Il ressentait dans ses relations avec Barack Obama et les principaux conseilleurs du président l'existence d'une méfiance et d'un climat de suspicion. En conséquence, les relations entre le Pentagone et la Maison-Blanche étaient pour le moins viciées.

Il faut rappeler que Barack Obama a exprimé dès 2002 son opposition à la guerre en Irak. Pour lui, les États-Unis auraient dû concentrer leurs efforts en Afghanistan comme réponse aux attentats du 11-Septembre. Or, devenu président, Obama doit gérer des guerres héritées de son prédécesseur. Aussi, il demeure méfiant face aux options offertes par les autorités militaires. En ce sens, Gates et Obama procèdent à partir de deux visions différentes du monde.

Les mémoires de Panetta sont particulières mordantes. Mais le principal grief de Panetta à l'égard d'Obama réside dans le fait qu'Obama a refusé de maintenir contre la volonté de Bagdad une force de 10 000 hommes en Irak après 2011. Cette force aurait pu, selon Panetta, continuer d'entrainer les soldats irakiens et prévenir une résurgence d'Al-Qaïda dans le pays.

Toutefois, Panetta oublie que le gouvernement irakien refusait alors d'accorder l'immunité aux soldats américains et que Bagdad exigeait que Washington s'en tienne aux accords de 2008 sur le retrait des troupes américaines. De plus, Barack Obama était lié par sa promesse de mettre fin à une guerre impopulaire.

Panetta reproche à Obama de se comporter trop comme un professeur de droit et de ne pas être personnellement assez engagé. Bien qu'il constate qu'Obama se démarque par son intelligence et une compréhension approfondie des problèmes, Panetta détecte chez le président un manque de passion, un désir fortement ancré de demeurer au-dessus de la mêlée. Selon Panetta, cette attitude mine le leadership d'Obama et l'empêche de donner une direction claire aux membres de son administration.

En somme, ce que l'on reproche à Obama est sa prudente et son refus de s'engager les yeux fermés dans des aventures militaires. Le message d'Obama peut paraître contradictoire. Si le président hésite avant d'agir, il ne veut pas impliquer indument la crédibilité américaine. Il est conscient aussi de l'épuisement des Américaines qui ont combattu dans deux guerres impopulaires.

Si les responsables des départements veulent un engagement plus poussé, les adjoints politiques du président Obama lui conseillent la prudence. Or, les critiques des anciens membres de son administration reflètent en partie leurs frustrations face à cette situation.



Dernière modification: 2015-03-16 10:20:21

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