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24 février 2015

Crise politique en Australie : le début de la fin pour Tony Abbott?


Amina Muminovic
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Moins de deux ans après son arrivée au pouvoir, le premier ministre australien, Tony Abbott, se retrouve déjà sur la corde raide. Le personnage très controversé, dont les agissements font sourciller autant l'électorat que les membres de son parti, doit faire face au soulèvement qui se dresse contre lui.

En effet, le 9 février 2015, les membres du Parti libéral se sont prononcés sur la motion de défiance qui avait été déposée contre le premier ministre. Malgré le rejet de celle-ci, à 61 voix contre 39, la gouverne de Tony Abbott ne s'en trouve pas moins ébranlée(1).

L'ère travailliste : chaise musicale à la chefferie et ratés économiques

Depuis la fin du gouvernement de coalition de John Howard, en 2007, les rênes du pouvoir étaient tenues par le Parti travailliste(2). Les divisions internes, dont l'alternance de Kevin Rudd et Julia Gillard à la chefferie du parti entre 2007 et 2013 ainsi que l'usure de certaines politiques du gouvernement, font de l'ombre à un bilan somme toute acceptable et vont profiter à ses adversaires (3).

Sur le plan des politiques, malgré le fait que l'Australie a été grandement épargnée lors de la crise de 2008, celle-ci connait un ralentissement économique en 2013. La fin du « boom minier alimenté par la demande chinoise et le fléchissement des matières premières(4) » force la révision à la baisse les prévisions de croissance.

Ne pouvant plus compter sur le secteur minier, l'Australie est aux prises avec des difficultés économiques. La hausse du taux de chômage combinée à la baisse des recettes fiscales n'aident pas à enrayer le déficit. C'est dans ce paysage politique que Tony Abbott va entamer ses fonctions de premier ministre en 2013 au sein de la coalition conservatrice, après avoir occupé le poste de chef de l'opposition depuis 2009(6).

L'homme que les Australiens aiment détester

Le premier ministre Tony Abbott n'est pas reconnu pour avoir la langue dans sa poche. De son propre aveu, il dit ne pas être entré en politique pour être populaire. Selon toute vraisemblance, il devra toutefois faire des efforts considérables pour redorer son image, à l'heure où sa popularité est en chute libre avec 24% d'opinions favorables(7).

Les critiques envers le chef de gouvernement le suivent depuis le début de sa carrière politique, il est notamment qualifié de « combattant politique agressif, avec lequel il est difficile de traiter (8)». Un ancien ambassadeur américain l'a même décrit comme un homme « très à droite qui polarise avec une forte propension à se montrer insensible et à provoquer la controverse (9)».

Ses actions politiques et ses déclarations vont effectivement en ce sens. La presse australienne autant que les médias internationaux ne manquent pas une occasion de faire ressortir les maladresses du premier ministre, malgré les efforts de sa femme et ses filles pour tenter de soigner sa réputation(10). Récemment, ses politiques d'austérité et sa décision de remettre le titre de chevalier au prince Philip ont semé la grogne chez les Australiens et embarrassé les membres de son gouvernement.

Ses propos machistes envers les femmes, notamment sa position contre l'avortement qu'il juge comme « une solution facile », son opposition au mariage homosexuel, ses promesses électorales non tenues et son entêtement à ne pas reconnaître les changements climatiques lui sont systématiquement reprochés(11). Il s'est aussi compromis dans le dossier des Aborigènes en stipulant que les inégalités raciales peuvent diminuer si ceux-ci acceptent les emplois qui leur sont proposés même si ce ne sont pas les meilleurs boulots(12).

Comment se fait-il alors qu'il soit au pouvoir ? Certains observateurs politiques sont d'avis que ce n'est pas Tony Abbott qui a remporté les élections, mais bien le Parti travailliste qui les a perdues(13). Ainsi, les électeurs désirant un vent de changement se sont rabattus sur la seconde option: les libéraux de Abbott.

Quant au rejet de la motion de défiance, certains avancent que les membres du Parti libéral on voulu éviter les erreurs des travaillistes, qui, à force de changer de chef, ont provoqué des crises internes(14). Il restera à voir si Abbott évitera de voguer en eaux troubles d'ici les élections prévues pour 2016.




Références:

(1) AGENCE FRANCE PRESSE, « Australie : visé par une motion de défiance, le Premier Ministre reste en place », Radio-télévision belge française, [En ligne], 9 février 2015, http://www.rtbf.be/info/monde/detail_australie-vis... consultée le 21 février 2015).

(2) RAY, Michael, « Prime minister of Australia », Encyclopaedia Britanica, 2 février 2015, [En ligne], http://www.britannica.com/EBchecked/topic/1662585/... (Page consultée le 21 février 2015).

(3) LOPES, Emilie, « L'Australie élit un dirigeant conservateur », Le Figaro, 7 septembre 2013, [En ligne], http://www.lefigaro.fr/international/2013/09/06/01... (Page consultée le 21 février 2015).

(4) Loc. cit.

(5) COURRIER INTERNATIONAL, « Les vraie difficultés commencent pour Tony Abbott », [En ligne],16 septembre 2013, http://www.courrierinternational.com/article/2013/... (Page consultée le 21 février 2015).

(6) RAY, Michael, Op. cit.

(7) COURRIER INTERNATIONAL, « Tony Abbott sauve sa peau de justesse », [En ligne], 9 février 2015, http://sydney.blog.lemonde.fr/2013/09/07/tony-abbo... (Page consultée le 21 février 2015).

LE MONDE, AFP et REUTERS, « Malmené, le premier ministre australien refuse de démissionner », Le Monde, [En ligne], 2 février 2015, http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2015/... (Page consultée le 21 février 2015).

(8) CHABAS, Charlotte, « Tony Abbott, le moine fou à la tête de l'Australie », Le Monde, [En ligne], 7 septembre 2013, http://sydney.blog.lemonde.fr/2013/09/07/tony-abbo... (Page consultée le 21 février 2015).

(9) Loc. cit.

(10) Loc. cit.

(11) O'BRIEN, Connor, « A look back at most controversial Tony Abbott moments, after Prime Minister apologies for winking », News Australia, [En ligne], 23 mai 2014, http://www.news.com.au/national/a-look-back-at-mos... (Page consultée le 21 février 2015).

(12) GREUSARD, Renée, « Sexiste et beauf : voici Tony Abbott, nouveau premier ministre australien », Le Nouvel Observateur, [En ligne], 8 septembre 2013, http://rue89.nouvelobs.com/2013/09/08/sexiste-beau... (Page consultée le 21 février 2015).

(13) COURRIER INTERNATIONAL, « Les vraie difficultés commencent pour Tony Abbott », Op. cit.

(14) BURKE, Liz, « Abbott on the brink : Disaster poll and shock Queensland result fuel leadership rumblings », The Daily Telegraph, [En ligne], http://www.dailytelegraph.com.au/news/national/abb... (Page consultée le 21 février 2015).

Dernière modification: 2015-03-02 07:59:36

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