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3 novembre 2015

La Banque d'investissement asiatique pour les infrastructures : un défi pour la Chine


Digne Irakoze
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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La Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures (BAII) est une banque multilatérale de développement basée à Pékin. C'est du président chinois Xi Jinping qu'est venue l'idée de créer cette institution financière ayant pour rôle de promouvoir l'investissement dans le domaine du transport et dans différents projets d'infrastructures en Asie.

La fondation de la Banque repose sur les politiques et fondements des autres banques multilatérales de développement déjà existantes (1). Son slogan est « maigre, propre et vert » : maigre, car la banque est composée d'une petite équipe de gestion formée de personnels qualifiés ; propre, car la banque repose sur une éthique de non tolérance pour la corruption ; et vert, car cette banque est une institution fondée sur le respect de l'environnement (2).

À partir de son entrée en fonction, en 2016, la BAII mettra en place des politiques fortes en ce qui concerne la gouvernance, la responsabilité, la finance, les achats et les cadres environnementaux et sociaux (3).

La politique de la BAII

La BAII veut baser ses efforts sur le développement des infrastructures et d'autres secteurs de production en Asie tels que l'énergie, le transport et la télécommunication, afin d'augmenter les échanges intra-asiatiques (4). Le développement du secteur agricole, la protection de l'environnement ainsi que l'approvisionnement en eau sont aussi des projets que la BAII veut accomplir (5). Cette institution permettra d'accélérer le projet de la « route de la soie » qui vise à l'expansion de la Chine vers l'Ouest et le Sud de l'Asie (6).

Le capital de la BAII représentera 100 milliards de dollars. Les principaux investisseurs sont la Chine, avec 30 % des parts, l'Inde avec 8,4 %, la Russie avec 6,5 %, l'Allemagne avec 4,5 %, la France avec 3,4 % et le Brésil avec 3,2 % des parts (7). Environ 75 % de ce capital aura pour but de financer les projets d'infrastructures en Asie, alors que les 25 % restants seront attribués aux projets dans le reste du monde. « Notre initiative est conçue pour répondre aux besoins de développement en Asie (...), mais aussi pour approfondir les coopérations régionales (8)», a affirmé le président chinois, Xi Jinping, lors d'un discours.

La BAII est composée de 57 États fondateurs. La majorité d'entre eux sont des pays d'Asie. Mais on y retrouve aussi l'Égypte, l'Arabie Saoudite, le Koweït, le Qatar, l'Australie et le Brésil (9). Les pays européens sont aussi très présents malgré la pression des États-Unis qui leur demandaient de ne pas y adhérer. On retrouve parmi eux le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne comme grandes puissances européennes (10).

Du fait de la politique de tolérance zéro de la BAII face à la corruption, certains pays comme la Corée du Nord et Taiwan n'ont pas été acceptés comme membres fondateurs.

Par opposition, le Japon et les États-Unis n'ont pas voulu faire partie de cette institution, inquiets que la BAII soit dotée d'une mauvaise politique de gouvernance et d'une bureaucratie rigide de la part de la Chine (11).

L'ombre de la Chine

Sur une appréciation générale, la BAII est un succès pour l'Asie et la Chine (12). Les entreprises privées multinationales et le Fonds monétaire international (FMI) y voient plusieurs points positifs : ils admettent que les fonds octroyés au développement des infrastructures en Asie étaient insuffisants et que la BAII viendra résoudre ce problème (13).

Néanmoins, certaines craintes sont ressenties vis-à-vis du fait que ce soit la Chine qui sera en grande partie le leader de cette institution. Des journaux comme The Diplomat et le New York Times évoquent la peur d'une mauvaise gouvernance et d'un manque de rigidité dans la surveillance des fonds de la part de la Chine (14).

La seconde critique est particulièrement adressée à la Chine qui aura pour la première fois un poids important dans une firme multinationale. Plusieurs analystes ont conclu que la BAII sera un outil pour la Chine qui permettra d'accomplir son projet de la « route de la soie » et ainsi établir son hégémonie dans la région (15).

Le Japon et les États-Unis sont les deux États dont la crainte est de plus en plus grandissante face à l'acceptation de la BAII dans le monde. Celle-ci pourrait concurrencer la FMI, la Banque de développement asiatique (BAD) et la Banque mondiale, donnant une certaine notoriété à la Chine sur la scène internationale (16).

La crainte grandissante des États-Unis

Selon plusieurs journalistes, la BAII est perçue comme une menace par les États-Unis. Premièrement, la BAII serait en partie le résultat du refus des États-Unis à reformer les institutions de Bretton Woods. La non ratification de la réforme proposée en 2010, qui aurait permis aux nouveaux pays émergents (dont la Chine) d'obtenir un pouvoir proportionnel à leur puissance économique au sein des grandes multinationales, a fortement fait baisser la confiance de certains États face à cet accord et, par conséquent, face aux États-Unis (17). De plus, ce refus a permis au FMI et à la BAD d'obtenir plus de ressources qui seront principalement contrôlées par les États-Unis et le Japon (18).

La seconde menace, c'est ce que l'ex-secrétaire américain au Trésor, Lawrence Summers, a surnommé la « guerre des devises (19)». Les États-Unis craignent la perte de la valeur du dollar américain. Selon lui : « Le dollar ne pourra pas conserver son statut de monnaie mondiale s'il continue à être utilisé de manière agressive pour protéger les intérêts égoïstes des Etats-Unis (20).» La création de la BAII donne beaucoup de pouvoir à la Chine et, par conséquent, au yuan qui servira de plus en plus comme monnaie d'échange.

Depuis le début de l'année 2015, la Chine a su montrer qu'elle était prête à entrer sur la scène internationale en tant que puissance financière. Les États-Unis, malgré leur méfiance, semblent comprendre que la meilleur solution sera d'accepter de collaborer avec la BAII (21).

La BAII étant encore inactive, nous ne pouvons accepter ou réfuter les craintes et hypothèses faites à son égard. Attendons voir ce que 2016 donnera.




Références:

(1) The Asian Infrasructure Investissement Bank (AIIB), http://www.aiib.org (site consulté le 30 octobre 2015)

(2) loc. cit.

(3) ZAGREBNOV Eugène, « La Banque asiatique d'investissement, instrument de coopération multilatérale », Sputniknews, 6 juillet 2015, http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150706/1... (site consulté le 30 octobre 2015)

(4) Pr. METOU Brusil, « La Banque asiatique d'investissement et d'infrastructure : nouvel ordre économique mondial », Sentinelle-droit-international.fr, 25 avril 2015, http://www.sentinelle-droit-international.fr/?q=co... (site consulté le 30 octobre 2015)

(5) The Asian Infrasructure Investissement Bank (AIIB), op. cit.

(6) PEDROLETTI Brice, PARIS Gilles, THIBAULT Harold et BERNARD Philippe, « La Banque asiatique d'investissement en infrastructures (BAII ou comment la Chine dessine la nouvelle finance mondiale », Presse Gauche, 14 avril 2015, http://www.pressegauche.org/spip.php?article21641 (site consulté le 30 octobre 2015)

(7) ZAGREBNOV Eugène, op. cit.

(8) GIRAULT Julien, « Fondation de la Banque asiatique d'investissement, instrument du « rêve chinois » », Agence France-Presse, 29 juin 2015, http://affaires.lapresse.ca/economie/international... (site consulté le 30 octobre 2015)

(9) HASSAN Daleen, « Gros plan sur la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures (AIIB) », Euronews, le 21 avril 2015, http://fr.euronews.com/2015/04/21/gros-plan-sur-la... (site consulté le 30 octobre 2015)

(10) loc.cit

(11) GIRAULT Julien, op.cit

(12) MEYER Claude, « Le succès éclatant, mais ambigu, de la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures », Le Monde, 1 juillet 2015, http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/07/01/le-... (site consulté le 30 octobre 2015)

(13) AGENCE FRANCE-PRESSE, « Le FMI salue la création de la banque asiatique d'investissement », Le Devoir, 21 mars 2015, http://www.ledevoir.com/economie/actualites-econom... (site consulté le 30 octobre 2015)

(14) PANDA Ankit, « Have the US and China come to an understanding on the AIIB ? », The Diplomat, september 28, 2015, http://thediplomat.com/2015/09/have-the-us-and-chi... (site consulté le 30 octobre 2015)

(15) MEYER Claude, op. cit.

(16) ZHU Zhiqun, « China's AIIB and OBOR : Ambitions and Challenges, The Diplomat, october 09, 2015, http://thediplomat.com/2015/10/chinas-aiib-and-obo... (site consulté le 30 octobre 2015)

(17) DESAIM. Raj and VREELAND RAYMOND James, « How to stop worrying and love the Asian Infrastrucutre Investment Bank », The Washington Post, april 6, 2015, https://www.washingtonpost.com/blogs/monkey-cage/w... (site consulté le 30 octobre 2015)

Jr. PAULSON M. Henry, « Why China's economic reforms are critical to the United States », The Washington Post, september 18, 2015, https://www.washingtonpost.com/opinions/why-chinas... (site consulté le 30 octobre 2015)

(18) Pr. METOU Brusil, op. cit.

(19) SPUTNIK, « Journal allemand : La Chine s'impose face aux USA », International, 9 avril 2015, http://fr.sputniknews.com/international/20150409/1... (site consulté le 30 octobre 2015)

(20) loc. cit.

(21) PANDA Ankit, op. cit.

Dernière modification: 2015-11-09 07:44:58

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