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9 septembre 2006

Ouverture d'un procès historique au Cambodge


Nadine Khoury
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

juillet
1998
Tenue d'élections législatives au Cambodge

juillet
1979
Ouverture d'une conférence internationale sur les réfugiés de la mer en Asie du Sud-Est

janvier
1979
Début de l'occupation vietnamienne au Cambodge

avril
1975
Entrée des Khmers rouges à Phnom Penh

mars
1970
Coup d'État au Cambodge destituant le prince Norodom Sihanouk

août
1967
Création de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est

septembre
1961
Ouverture d'une conférence des pays non-alignés à Belgrade

avril
1955
Ouverture d'une conférence internationale à Bandoeng

Vingt-sept ans après la chute du régime dictatorial de Pol Pot, le Cambodge a mis en place un tribunal, parrainé par l'Organisation des Nations unies (ONU), ayant pour mandat de juger les anciens dirigeants des Khmers rouges. On attribue à ces derniers la responsabilité de la mort de plus de deux millions de personnes entre 1975 et 1979, alors qu'ils formaient le gouvernement cambodgien (1).

Le processus légal visant à juger les anciens cadres du régime devrait durer trois ans. Lors de la cérémonie du 3 juillet 2006 au palais royal de Phnom Penh, 17 juges cambodgiens et 10 juges étrangers ont officiellement donné le coup d'envoi au procès en prêtant le serment de « juger les crimes commis sous le règne de Kampuchéa démocratique avec dignité, honnêteté, transparence, indépendance et dans le respect de la Constitution et de l'ensemble des lois » (2).

Les Khmers rouges et la « Kampuchéa démocratique»

Les Khmers rouges sont les membres de l'organisation communiste qui était au pouvoir au Cambodge de 1975 à 1979. Leur régime fut l'un des plus meurtriers du XXe siècle (3). Suite à leur accession au pouvoir, ils instaurèrent la « Kampuchéa démocratique », dictature qui visait la rééducation de la population et la suppression du concept de propriété privée. La population fut ainsi distribuée dans des coopératives pour y travailler sous sévère surveillance. Elle fut également affamée afin d'atteindre les objectifs d'exportation de riz fixés par Pol Pot, chef effectif du pays. Le travail, la famine, les maladies et les purges menées par les Khmers rouges auront pour résultat ce qu'on appellera plus tard un « auto-génocide » au sein du peuple cambodgien (4). Le régime khmer rouge se terminera en 1979.

Le procès des Khmers rouges : l'espoir d'une justice pour les Cambodgiens

Pendant près de trois décennies, le peuple cambodgien et la communauté internationale ont fait pression sur le gouvernement de Phnom Penh pour qu'un procès soit intenté contre les dirigeants des Khmers rouges. Le long délais précédant l'enclenchement du processus juridique s'explique notamment par le désaccord entre le gouvernement cambodgien et l'ONU sur les modalités et le financement du procès (5). Si le Cambodge a autorisé en 1999 l'idée d'une action judiciaire, l'ONU et le gouvernement cambodgien ne sont parvenus qu'en 2003 à un accord prévoyant l'instauration d'un tribunal mixte composé de juges cambodgiens et étrangers. D'autre part, ce n'est que cette année que la communauté internationale a réglé la question épineuse du financement en donnant son consentement pour allouer 44 millions d'euros à ce tribunal (6).

Toutefois, des inquiétudes persistent quant à l'efficacité et la transparence de la procédure judiciaire. D'une part, on craint que des responsables des atrocités commises de 1975 à 1979 échappent à la justice. En effet, sur les quelque douze dirigeants de la garde rapprochée de Pol Pot, seulement deux sont détenus pour leurs actes : Ta Mok, surnommé «le Boucher» pour les massacres qu'il a commandés, et Kang Kek, ancien responsable de la prison où près de 15 000 personnes ont été torturées et exécutées. Les autres anciens dirigeants khmers sont toujours en liberté au Cambodge (7).

De longues négociations entre l'ONU et le gouvernement cambodgien ont effectivement mené à un acte d'accusation ne permettant de juger que les « hauts dirigeants de la Kampuchéa démocratique » et les « responsables des plus sérieux crimes commis » (8). Certains attribuent le refus du gouvernement cambodgien d'élargir le procès à l'ensemble des responsables à l'influence qu'y exercent toujours les Khmers rouges (9).

D'autre part, on craint que l'indépendance des juges cambodgiens ne soit compromise en raison de leur connivence avec les membres du gouvernement (10). La commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Louise Arbour, a d'ailleurs qualifié le système cambodgien de « corrompu et ouvert aux pressions politiques » (11).

L'ouverture du procès est certes une victoire pour le peuple cambodgien, toujours hanté par la mémoire du génocide. Néanmoins, on peut se permettre de douter qu'un verdict ne soit prononcé pour l'ensemble des responsables avant que ceux-ci, d'âge avancé, ne meurent de leur belle mort.




Références: bibliographiques

1. COMPAIN, Florence. «Un tribunal pour le génocide khmer rouge», Le Figaro, no. 19258, 4 juillet 2006, p. 2.

2. BARI, Dominique. «Vers un procès des Khmers rouges», Humanité, 4 juillet 2006, p. 9.

3. «Khmers rouges», Wikipédia, 2005, < http://en.wikipedia.org/wiki/Khmer_Rouges > (Page consultée le 31 août 2006).

4. DELVERT, Jean, «Cambodge», Encyclopaedia Universalis, 2005 < http://www.universalis-edu.com./corpus2.php?napp=&... (page consultée le 31 août 2006).

5. «Vingt-sept ans après, la justice se met enfin en marche», Courrier international, no. 819, 13 juillet 2006, p. 19.

6. JANSANA, Marie. «Le tribunal du génocide khmer se met en place», La Croix, 4 juillet 2006, p. 18.

7. BARI, Dominique, op. cit., p. 9.

8. COMPAIN, Florence, op. cit., p. 2.

9. Ibid.

10. Ibid.

11. Ibid.

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.

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