10 août 2020 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Valeurs     Jeux   

20 septembre 2016

Attentat au Pakistan : la lutte au terrorisme n'est toujours pas gagnée


Alex Paquette Guay
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

décembre
2014
Attentat dans une école du Pakistan

mai
2011
Assassinat d'Oussama Ben Laden au Pakistan

juillet
2010
Inondations d'envergure au Pakistan

novembre
2008
Attentats terroristes à Bombay, en Inde

décembre
2007
Assassinat de Benazir Bhutto au Pakistan

octobre
2005
Tremblement de terre au Cachemire

octobre
1999
Renversement du président pakistanais Mohamad Nawaz Sharif

mai
1998
Explosion d'une première bombe atomique par le Pakistan

août
1988
Décès du président pakistanais Zia-ul-Haq

juillet
1977
Renversement du gouvernement de Zulfikar Ali Bhutto au Pakistan

décembre
1971
Proclamation de l'indépendance du Bangladesh

novembre
1970
Cyclone tropical au Pakistan oriental (Bangladesh)

mars
1969
Démission du président pakistanais Ayub Khan

août
1965
Déclenchement d'un conflit sur le Cachemire entre l'Inde et le Pakistan

avril
1955
Ouverture d'une conférence internationale à Bandoeng

février
1955
Signature du pacte de Bagdad

septembre
1954
Création de l'Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est

juillet
1951
Lancement du plan de Colombo

janvier
1948
Entrée en vigueur de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce

L'attentat-suicide survenu le 27 mars 2016 à Lahore, dans l'est du Pakistan, est le plus meurtrier depuis l'attaque terroriste perpétrée contre l'école de Peshawar, qui avait causé la mort de 132 enfants en décembre 2014 (1). Survenue dans un parc municipal bondé alors que la communauté chrétienne y célébrait Pâques, l'explosion fut revendiquée par le groupe terroriste pakistanais Jamaat-ul-Ahrar. Jadis épargnée, la capitale de la province du Pendjab semble à l'heure actuelle un nouveau terreau de violence pour les talibans.

Lahore : une cible nouvelle

Tandis que les autorités locales ont annoncé un deuil de trois jours dans la ville, le quotidien pakistanais Dawn écrivait que la population de Lahore n'a pas réagi avec peur, mais plutôt avec compassion pendant la situation de crise (2). Plusieurs dons de sang ont permis de sauver des vies. Des dons d'eau et de nourriture ont également été remis à l'hôpital de la ville. En outre, les entreprises de taxi Careem et Uber ont annoncé sur les réseaux sociaux qu'elles offriraient gratuitement leurs services afin de venir en aide aux victimes. L'attentat, qui a fait 72 morts et plus de 300 blessés, a touché majoritairement des musulmans, malgré le fait que la minorité chrétienne était visée.

Le premier ministre Nawaz Sharif a d'ailleurs annulé sa visite au Royaume-Uni, prévue le lendemain des événements. Ce dernier a également reçu un message clair de la part du groupe djihadiste qui a revendiqué l'attaque : « nous sommes entrés dans Lahore (3) ». En effet, avant cela, cette ville était peu touchée par des attaques terroristes d'une telle ampleur.

Ayant comme principaux objectifs le renversement du gouvernement actuel, la reprise du contrôle de l'arme nucléaire ainsi que la poursuite du djihad au niveau mondial (4), le Jamaat-ul-Ahrar, faction née en 2014 du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TPP), est décrit comme étant extrêmement violent : « parmi les mouvements djihadistes, c'est celui qui est le plus extrémiste, le plus fanatique et qui a la capacité de rassembler autour de lui les autres factions (5) ». Selon France 24, « la tâche pour le pouvoir pakistanais est d'autant plus ardue que le Jamaat ul-Ahrar constitue une organisation mouvante (6) ». Étant donné la complexité et l'étanchéité du mouvement, le combat des autorités contre le terrorisme se fait de plus en plus urgent.

Un plan jugé inefficace

Dans un contexte politique tendu au Pendjab et devant un système démocratique qui peine à s'imposer vis-à-vis l'armée (7), la lutte contre le terrorisme par le pouvoir pakistanais est estimée infructueuse. Un Plan national d'action (NAP) a été élaboré à la fin de l'année 2014, peu de temps après le massacre de Peshawar. Plusieurs solutions y sont proposées, notamment la création d'une force spéciale antiterroriste, le démantèlement des moyens de communication terroristes et la mise en place d'actions concrètes afin de contrer la propagation dudit mouvement dans les médias.

Par contre, son efficacité suscite certains doutes. Malgré la baisse des attaques et les multiples pendaisons de terroristes, l'International Crisis Group considère que le principal problème du NAP est qu'il ne s'attarde pas aux causes profondes du terrorisme et de l'extrémisme (8). Dans un pays où 60 % de la population active a moins de 25 ans (10), le gouvernement pakistanais devrait-il plutôt changer sa tactique d'endiguement du terrorisme vers une « déradicalisation » de la société ?

Toutefois, Nawaz Sharif stipule que ce n'est pas un problème spécifique au Pakistan : c'est une menace mondiale à laquelle on doit mettre fin « de toute urgence », compte tenu de la montée en puissance de l'État islamique (9). L'idéologie et les pratiques véhiculées par cette organisation défient en effet la notion de frontière et la communauté internationale semble devoir se mobiliser pour y faire face.




Références:

(1) KAPHLE, Anup. « Pakistan announces a national plan to fight terrorism, says terrorists' days are numbered », Washington Post, [En ligne], 24 décembre 2014, https://www.crisisgroup.org/crisiswatch/august-2016#pakistan (Page consultée le 12 septembre 2016).

(2) ZAHID, Luavut. « After the bloodshed : How Lahore responded to tragedy », Dawn, [En ligne], 12 mai 2016, http://www.dawn.com/news/1248659/after-the-bloodsh... (Page consultée le 19 septembre 2016).

(3) RFI, « Attentat à Lahore au Pakistan: la minorité chrétienne visée par Jamaat-ul-Ahrar », [En ligne], 28 mars 2016, http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20160328-pakistan... (Page consultée le 12 septembre 2016).

(4) RICHÉ, Pascal. « Pakistan : ce que l'on sait de Jamaat-ul-Ahrar, qui revendique l'abominable attentat de Lahore », L'OBS, [En ligne], 28 mars 2016, http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20160328.OBS7... (Page consultée le 12 septembre 2016).

(5) FRANCE 24, « Attaque de Peshawar : les Taliban désespérés par les avancées des militaires », [En ligne], 17 décembre 2014, http://www.france24.com/fr/20141216-pakistan-attaq... (Page consultée le 15 septembre 2016).

(6) NAEEM, Faroq. « Attentat de Lahore : Les musulmans restent les premières victimes du terrorisme au Pakistan », France 24, [En ligne], 28 mars 2016, http://www.france24.com/fr/20160328-pakistan-atten... (Page consultée le 11 septembre 2016).

(7) RACINE, Jean-Luc. « Le paradigme pakistanais », La Découverte, no 139, avril 2010, p. 7.

(8) HUBERT-RODIER, Jacques. « Le combat ambigu du Pakistan contre le terrorisme », Les Echos, [En ligne], 12 mars 2016, http://www.lesechos.fr/12/04/2016/LesEchos/22169-0... (Page consultée le 16 septembre 2016).

(9) THE DAILY TIMES, « La guerre contre le terrorisme se gagnera d'abord en Afghanistan », Courrier international, [En ligne], 20 novembre 2015, http://www.courrierinternational.com/article/vu-du... (Page consultée le 12 septembre 2016).

(10) HUBERT-RODIER, Jacques, op. cit.

Dernière modification: 2016-09-26 07:48:33

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.

Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019