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30 janvier 2016

Donald Trump ou un cauchemar républicain appréhendé


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Ceux qui croyaient que l'effet Trump disparaitrait comme un feu de paille ont raison d'être déçus et inquiets. Sept mois après avoir annoncé sa candidature, Donald Trump domine toujours largement les sondages républicains. Ses chances sont très bonnes de remporter le 2 février le caucus d'Iowa. Le cauchemar de l'establishment républicain se concrétise de jour en jour. La possibilité qu'il remporte l'investiture républicaine est de plus en plus réelle.

Pourtant, Trump a brisé toutes les règles régissant la vie politique américaine, insultant presque tout le monde et allant même jusqu'à se moquer d'une journaliste handicapée. Aussi, il demeure une énigme pour beaucoup d'observateurs. Sa popularité ne se dément pas.

Par sa rhétorique inflammatoire à l'égard des immigrants et des groupes ethniques, Trump a alarmé les hauts dirigeants républicains. En offensant directement les Latino-Américains, les Américains-Asiatiques et les Américains musulmans, il a détruit pour ainsi dire les efforts laborieux des républicains ces dernières années pour élargir la base de leur parti.

Pire encore. Ses déclarations incendiaires confirment les pires stéréotypes que les libéraux américains ont des conservateurs qu'ils décrivent comme des individus racistes, homophobes, insensibles à la pauvreté, mesquins, cupides, égoïstes et intolérants.

D'ailleurs, Trump propose une idéologie rudimentaire et populiste de droite qui s'apparente à bien des niveaux au fascisme. Par sa bravade et son machisme ouvert, il propose une masculinité agressive. Par ses références à la menace immigrante, il cultive la xénophobie. Par ses déclarations obscures sur l'humiliation nationale face à la compétition étrangère, il accentue le ressentiment nationaliste. Par son exploitation habile de l'insécurité économique des classes populaires, il augmente les frustrations et les angoisses des plus démunis. Ce faisant, il promeut une forme moderne du fascisme similaire à celle de l'extrême droite européenne.

Beaucoup de conservateurs américains refusent de considérer Trump comme un vrai conservateur. Il le considère plutôt comme un démagogue opportuniste. Après tout, ses amitiés politiques passées étaient avec les démocrates. Il a donné 100 000 dollars à la Fondation Clinton. Plus encore, il a soutenu encore récemment les candidatures de Hilary Clinton, Chuck Schumer, Andrew Cuomo, et Rahm Emanuel, tous des démocrates. Comment alors l'establishment conservateur pourrait-il se rallier derrière lui? En conséquence, les conservateurs sont à la fois irrités, furieux et inquiets.

D'ailleurs, 22 conservateurs américains renommés ont publié la semaine dernière une lettre dans la National Review, l'organe par excellence de la droite américaine, dénonçant Trump comme une menace pour le mouvement conservateur. Ces derniers s'opposent à ce dernier parce qu'il est en train, par son populisme insouciant et sa démagogie brute, de piétiner le travail de toute une génération de conservateurs.

L'intervention de ces intellectuels reflète la frustration du mouvement conservateur américain devant la réticence de l'establishment républicain à prendre une position ouverte contre Trump. Paul Ryan, le président de la chambre, ou la gouverneure Nikki Healey, ont bien exprimé leur opposition à Trump. Mais, il n'y a eu aucune approche agressive des dirigeants républicains pour contrer son ascension. Tout au plus, Healey a décrit Trump à mot couvert comme un hypocrite.

La situation ne pourrait pas être plus mauvaise. Les stratèges républicains savent que les élections américaines se gagnent au centre. Pour l'emporter, un candidat doit lors des présidentielles obtenir le soutien des électeurs modérés et des indépendants. Or, Trump s'est démarqué jusqu'à par ses prises de positions extrémistes.

Pire encore. Celui qui se classe deuxième dans les sondages, loin en avance des autres candidats plus modérés, est Ted Cruz. Ce dernier s'est démarqué comme sénateur du Texas par ses prises de positions extrêmes. Il est la coqueluche du Tea Party. Son intransigeance créa une impasse budgétaire qui paralysa l'administration américaine pendant trois semaines en octobre 2013.

La situation est telle que le sénateur Lindsey Graham déclara la semaine dernière que le parti républicain est confronté à un dilemme, soit de se laisser abattre ou d'être empoisonné. Selon Graham, Trump est le moins préparé des candidats pour assumer la présidence, alors que l'attitude de Cruz au sénat démontre qu'un président Cruz serait incapable d'unir le pays.

Plusieurs anciens sénateurs et gouverneurs républicains, tels que Terry Branstad et Orrin Hatch ont joint leur voix à Lindsey Graham. Ces derniers ont déclaré que le parti républicain allait subir d'importantes pertes au Congrès en novembre 2016 avec la candidature de Cruz en raison de ses prises de position passées et de son incapacité à rallier les modérés et les indépendants. Cette prise de position fut soutenue par Bob Dole, ancien sénateur et candidat républicain à la présidence en 1996.

Certains dirigeants républicains parmi les plus éminents se questionnent sur les conséquences de la lutte acharnée que Cruz et Trump se livrent. Ils se demandent lequel des deux est le candidat le plus mauvais? Lequel des deux va faire le plus de dégâts au parti républicain? Pour l'establishment, l'une ou l'autre candidature risque fort de donner la Maison-Blanche à Hilary Clinton sur un plateau d'argent et peut-être même de leur faire perdre le contrôle du Congrès. Toutefois, certains stratèges républicains rêvent encore d'une convention négociée qui permettrait de désigner un autre candidat plus modéré.



Dernière modification: 2016-03-14 08:25:15

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