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8 novembre 2016

Une démission à saveur de mise à pied pour l'ancien premier ministre turc Ahmet Davutoglu


Charles Philippe Thibault
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

octobre
2019
Intervention militaire turque dans le nord de la Syrie

juin
2018
Réélection de Recep Tayyip Erdogan à la présidence de la Turquie

avril
2017
Tenue d’un référendum constitutionnel en Turquie

juillet
2016
Échec d'une tentative de coup d'État en Turquie

novembre
2015
Réélection en Turquie d'un gouvernement majoritaire du Parti de la justice et du développement

juin
2015
Tenue d'élections législatives en Turquie

août
2014
Élection de Recep Tayyip Erdogan à la présidence de la Turquie

mai
2013
Mouvement de contestation populaire en Turquie

juin
2011
Réélection en Turquie du Parti justice et développement de Recep Tayyip Erdogan

juillet
2007
Élection en Turquie du Parti justice et développement de Recep Tayyip Erdogan

novembre
2002
Élection en Turquie d'un gouvernement majoritaire du Parti pour la justice et le développement

août
1999
Tremblement de terre en Turquie

avril
1999
Élection en Turquie d'un gouvernement de coalition dirigé par le Parti de la Gauche démocratique

juin
1996
Accession de Necmettin Erbakan au poste de premier ministre de la Turquie

décembre
1995
Réélection en Turquie d'un gouvernement minoritaire du Parti de la juste voie

octobre
1991
Élection en Turquie d'un gouvernement de coalition dirigé par le Parti de la juste voie

novembre
1987
Réélection en Turquie d'un gouvernement majoritaire du Parti de la mère patrie

novembre
1983
Tenue d'élections législatives en Turquie

septembre
1980
Renversement du gouvernement de Süleyman Demirel en Turquie

Le premier ministre turc Ahmet Davutoglu démissionne le 22 mai 2016 en raison des nombreux différends avec son ancien collègue, le président Recep Tayyip Erdogan. Après un peu plus d'une vingtaine de mois à son poste, parsemés d'embûches et d'incohérences, il prend la décision de le quitter pour éviter les discordes politiques au sein même du pouvoir (1).

Un politicien expérimenté

La carrière politique de Davutoglu débute en 2002 avec le Parti de la justice et du développement (AKP), alors qu'il est nommé conseiller diplomatique du premier ministre Erdogan (2). Dès leur rencontre, les deux hommes s'entendent à merveille et développent une complicité politique importante.

Les réalisations de Davutoglu ont été principalement remarquées au niveau de la politique étrangère, lui qui en faisait son principal cheval de bataille (3). Ses grandes aptitudes en affaires étrangères lui permettent d'obtenir ce ministère en 2009. Pendant son mandat de ministre, il teint les politiques de ses intentions et de ses convictions, qui font changement avec ce que l'on voit habituellement en Turquie.

Au poste de premier ministre, Davutoglu tente sans relâche de «faire de la Turquie une zone stable et prospère (4)» dans sa région du monde. Cela pourrait être possible par l'élaboration de politiques diplomatiques variées avec le Moyen-Orient, l'Europe et la Russie.

La nouvelle approche préconisée par Davutoglu, qui fait rayonner le pays à l'étranger, incita fortement le président Erdogan à le nommer premier ministre en 2014. Ce dernier croyait que l'ancien ministre allait partager les mêmes idées que lui quant à l'avenir de la politique intérieure. Ce choix s'avérait être une nomination partisane pour favoriser la mise en place d'un système politique fort. Erdogan désirait présidentialiser le pouvoir politique, ce qui donnerait énormément de pouvoir au président, et beaucoup moins au premier ministre.

Étant en défaveur de cette idée de réforme et n'appuyant pas les actions du président, Davutoglu ne voit pas d'autres options que de quitter son poste de premier ministre (5). Il désire tout de même demeurer au sein du parti pour représenter la population et faire état de ses opinions.

Le 5 mai 2016, il annonce à son parti son désir de ne pas se représenter en tant que chef du parti aux prochaines élections. Selon la Constitution, lorsque l'on annonce ne pas vouloir être le chef lors du prochain rendez-vous politique, on doit se retirer de son poste, ce qu'il fera le 22 mai suivant (6).

Une forte amitié au pouvoir

Afin de pourvoir le poste de premier ministre, les élus du AKP doivent trouver des candidats qui se présenteront pour devenir chef du parti. Il n'y a qu'un seul nom qui sort du lot, celui de Binali Yildirim. Il entrera en poste le 24 mai (7).

Cet homme est bien connu du président actuel en raison de son implication dans la mise sur pied du AKP en 2001. Il est nommé ministre des Transports et des Communications en 2002, poste qu'il occupa pendant une dizaine d'années, avant de le quitter pour devenir le conseiller principal d'Erdogan en tant que premier ministre et président (8).

Les experts se méfient grandement de cette nomination au poste de premier ministre (9). En effet, Erdogan et Yildirim travaillent ensemble depuis plus d'une quinzaine d'années. Ils ont collaboré sur l'élaboration de plusieurs projets du président et pourraient très bien mettre à profit leur pouvoir respectif pour implanter un système présidentiel fort. Historiquement, Yildirim était en faveur de ce type de système, contrairement à Davutoglu, ce qui avait été l'une des principales raisons de son départ.

Le passé politique de Yildirim semble inquiéter la population et les experts. Le nouveau premier ministre a été impliqué à plusieurs reprises dans des scandales liés à la construction et à l'environnement, notamment pour le pont du Bosphore. Son nom, de même que celui du président et de sa famille, ont été mentionnés à plusieurs reprises dans des situations de corruption en 2013 (10).

Selon les analystes, on voit derrière cette relation entre le nouveau premier ministre et le président une certaine connivence qui pourrait être néfaste pour le pays dans les années à venir.




Références:

(1) ASSOCIATED PRESS, Le premier ministre turc Ahmet Davutoglu annonce sa démission, Radio-Canada, 5 mai 2016, http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/international... (consultée le 06/11/2016)

(2) HAKIKAT, Nare, Davutoglu, le dauphin alibi d'Erdogan, Le Figaro, 22 août 2014, http://www.lefigaro.fr/international/2014/08/22/01... (consultée le 06/11/2016)

(3) REUTERS, Davutoglu : «La démission n'est pas mon choix mais une nécessité», 5 juin 2016, https://fr.sputniknews.com/international/201605061... (consultée le 06/11/2016)

(4) SALLES, Alain, Le président Erdogan nomme son «frère Davutoglu» premier ministre, Le Monde 22 août 2014, http://www.lemonde.fr/international/article/2014/0... (consultée le 06/11/2016)

(5) AL JAZEERA AND AGENCIES, Turkey's PM Ahmet Davutoglu to quit over «Erdogan rift», Al Jazeera, 5 mai 2016, http://www.aljazeera.com/news/2016/05/turkey-davut... (consultée le 06/11/2016)

(6) REUTERS, Turkey PM Ahmet Davutoglu to quit amid reports of Erdogan rift, BBC, 5 mai 2016, http://www.bbc.com/news/world-europe-36213401 (consultée le 06/11/2016)

(7) France 24, Turquie : Binali Yildirim, candidat unique pour le poste de premier ministre, 19 mai 2016, http://www.france24.com/fr/20160519-turquie-binali... (consultée le 06/11/2016)

(8) AKSAM NEWS, New Prime Minister Binali Yildirim, who is he?, 26 juillet 2016, http://www.aksam.com.tr/yasam/binali-yildirim-kimd... (consultée le 06/11/2016)

(9) REUTERS, Le nouveau Premier ministre turc prône un régime présidentiel, L'OBS, 22 mai 2016, http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20160522.REU3... (consultée le 06/11/2016)

(10) WEISE, Zia, Turkey's governing AKP party unveils Binali Yildirim as prime minister, The Telegraph, 19 mai 2016, http://www.telegraph.co.uk/news/2016/05/19/turkeys... (consultée le 06/11/2016)

Dernière modification: 2016-11-14 07:42:15

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