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21 janvier 2020

L'« anti-candidat » et constitutionnaliste Kaïs Saïed accède à la présidence tunisienne


Benjamin Descôteaux-Dupré
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

juillet
2019
Décès du président tunisien Béji Caïd Essebsi

septembre
2012
Manifestations anti-américaines dans plusieurs pays arabes

janvier
2011
Démission du président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali

avril
2002
Attentat terroriste en Tunisie

février
2000
Manifestations et grèves en Tunisie

août
1992
Début de procès collectifs en Tunisie

novembre
1987
Destitution du président tunisien Habib Bourguiba

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

décembre
1983
Déclenchement des émeutes du pain en Tunisie

janvier
1978
Déclenchement d'une grève générale en Tunisie

janvier
1974
Dévoilement des accords de Djerba entre la Tunisie et la Libye

juin
1967
Émeutes à Tunis

mai
1963
Adoption d'une réforme agraire en Tunisie

mai
1963
Signature de la Charte constituant l'Organisation de l'unité africaine

septembre
1961
Ouverture d'une conférence des pays non-alignés à Belgrade

juillet
1961
Crise de Bizerte, en Tunisie

mars
1956
Proclamation de l'indépendance de la Tunisie

C'est au terme d'un deuxième tour électoral décisif disputé le 13 octobre 2019 que les Tunisiens élurent le constitutionnaliste Kaïs Saïed au poste de président de la République (1). Pourtant inconnue de plusieurs au commencement de la campagne électorale, la nouvelle tête de l'exécutif sut incarner, surtout aux yeux de la grande majorité de la jeunesse tunisienne (2), le changement de garde politique tant désiré depuis la révolution de 2011. Initialement prévu le 17 novembre, le scrutin fut l'objet d'un devancement en raison du décès du président sortant Béji Caïd Essebsi, en juillet 2019 (3).

Un deuxième tour sans équivoque

Les suffrages exprimés le 15 septembre 2019, lors du premier tour de l'élection présidentielle, n'ont pas permis de déterminer un gagnant. En effet, les deux premiers candidats, soit l'indépendant Kaïs Saïed et l'homme d'affaires controversé Nabil Karoui, qui fit campagne pour le parti « Au cœur de la Tunisie », obtinrent respectivement 18,4 % et 15,6 % des voix (4). Ces résultats permirent aux deux prétendants d'accéder au second tour. Son dépouillement fut beaucoup plus concluant, alors que Kaïs Saïed le remporta de façon quasi unanime en raflant plus de 70 % des voix, selon l'Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) (5).

Au-delà de l'attention médiatique portée sur la situation judiciaire délicate du candidat Nabil Karoui, qui fut emprisonné puis libéré durant la campagne après avoir été soupçonné d'évasion fiscale et de blanchiment d'argent, les deux aspirants offrirent « un choix politique bien distinct aux électeurs tunisiens (6) ».

Surnommé « Robocop » pour sa présentation austère et ses prises de paroles rigides, Kaïs Saïed fut catégorisé comme socialement conservateur en raison de ses positions en faveur de la peine de mort et de ses propos désobligeants envers la communauté homosexuelle. Pour être élu, le professeur de droit constitutionnel promit l'endiguement de la corruption, ainsi qu'une décentralisation plus grande, au détriment du système parlementaire tunisien actuel. (7)

Quant à Nabil Karoui, il se présenta à la fois comme un « moderniste » et comme le « candidat des pauvres », tout en promettant « une Tunisie qui s'accroche au wagon de la 4e révolution industrielle économique, une Tunisie moderniste libérale qui protège les droits des minorités (8) ». Tout compte fait, c'est le message anti-establishment porté par l'« anti-candidat » Kaïs Saïed qui aura été plus attrayant aux yeux de l'électorat tunisien, notamment chez les jeunes de 18 à 25 ans, alors qu'environ 90 % de cette tranche d'âge vota pour l'ex-professeur de droit (9).

« Un marathon électoral réussi »

Cette élection présidentielle ne représentait que le deuxième appel démocratique aux urnes depuis que la Tunisie fut le berceau du printemps arabe en 2011 (10). Ce facteur n'a cependant pas semblé affecter la validité du scrutin, qui fut géré de façon très organisée par l'ISIE, une instance publique indépendante « dont la mission principale consiste à assurer des élections et des référendums démocratiques libres, pluralistes, honnêtes et transparents (11) ».

D'ailleurs, la mission d'observation électorale de l'Union européenne (MOE) en Tunisie, dans une déclaration préliminaire émise dans l'attente d'un rapport complet, n'a pas tari d'éloges envers l'instance. On peut lire dans cette déclaration que « L'ISIE, pendant tout le processus électoral, a agi avec indépendance et impartialité [et a] relevé le défi inédit d'organiser le second tour de l'élection présidentielle à peine une semaine après le scrutin législatif (12). »

Bien que la validité du dernier scrutin présidentiel tunisien ne soit pas à remettre en question à la suite de ces observations préliminaires, la corruption, elle, demeure un problème dont la Tunisie peine à se départir. Selon Chawki Tabib, président de l'Instance nationale de lutte contre la corruption, le peu d'améliorations effectuées dans ce domaine depuis 2011 repose sur la jeunesse de la démocratie tunisienne actuelle, qui se fonde encore sur les bases d'un système corrompu (13). En conséquence, certaines personnes pratiquement intouchables ont pu, malgré la révolution tunisienne en 2011, « se recycler et intégrer de nouveau la scène politique (14) ». Alors que la corruption s'affiche comme une des priorités du nouveau président en poste, il reste à voir comment ce dernier pourra exercer son influence en cette matière auprès du législatif, aussi nouvellement élu.

Médiagraphie

(1) Amara, Tarek et Mohammed Argoubi, « Hailing ``new revolution``, political outsider Saied elected Tunisia's president », Reuters, 14 octobre 2019, URL [hyperlien] (consulté le 14/01/2020)

(2) Agence France-Presse, « En Tunisie, la large victoire de Kais Saied confirmée », Radio-Canada, 14 octobre 2019, URL [hyperlien] (consulté le 14 octobre 2019)

(3) The Economist, « Tunisia's presidential race becomes a contest of outsiders », 16 septembre 2019, URL [hyperlien] (consulté le 14/01/2020)

(4) McDowall, Angus et Tarek Amara, « Starkly different candidates vie for Tunisia's presidency », Reuters, 11 octobre 2019, URL [hyperlien] (consulté le 14/01/2020)

(5) Mission d'observation électorale de l'Union européenne, Le peuple tunisien s'est mobilisé pour la dernière étape d'un marathon électoral réussi, marquée par une campagne tardive et restreinte, 2019, URL [hyperlien] (consulté le 14/01/2020)

(6) Loc. Cit.

(7) Safi, Michael, « Tunisia election: 'Robocop' Kais Saied wins presidential runoff », The Guardian, 14 octobre 2019, URL [hyperlien] (consulté le 14/01/2020)

(8) Agence France-Presse, « Présidentielle en Tunisie: de prison, Karoui se pose en "moderniste libéral" », Le Point, 22 septembre 2019, URL [hyperlien] (consulté le 19/01/2020)

(9) Agence France-Presse, « En Tunisie, la large victoire de Kais Saied confirmée », Op. Cit.

(10) Tunisia's Elections Explained, Carnegie Endowment for International Peace, URL [hyperlien] (consulté le 14/01/2020)

(11) Création et mission, Instance Supérieure Indépendante pour les Élections, URL [hyperlien] (consulté le 18/01/2020)

(12) Mission d'observation électorale de l'Union européenne, Op. Cit.

(13) Lafrance, Camille, « Chawki Tabib : ``Le coût de la corruption en Tunisie est estimé à 54 % du PIB`` », Jeune Afrique, 25 septembre 2018, URL [hyperlien] (consulté le 20/01/2020)

(14) Loc. Cit.



Dernière modification: 2020-01-27 08:00:38

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