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12 mars 2019

Les élections thaïlandaises sous un contrôle militaire


Xavier Morin
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

octobre
2016
Décès du roi de Thaïlande, Rama IX (Bhumibol Adulyadej)

février
2014
Tenue d'élections législatives en Thaïlande

juillet
2011
Inondations destructrices en Thaïlande

décembre
2004
Tsunami dévastateur en Asie du Sud

septembre
1992
Tenue d'élections législatives en Thaïlande

novembre
1989
Création de la Coopération économique pour l'Asie-Pacifique

juillet
1979
Ouverture d'une conférence internationale sur les réfugiés de la mer en Asie du Sud-Est

octobre
1976
Renversement du gouvernement de Seni Pramoj en Thaïlande

octobre
1974
Promulgation d'une nouvelle Constitution en Thaïlande

novembre
1971
Coup d'État en Thaïlande

mai
1969
Affrontements interethniques en Malaisie

février
1969
Tenue d'élections législatives en Thaïlande

août
1967
Création de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est

avril
1955
Ouverture d'une conférence internationale à Bandoeng

septembre
1954
Création de l'Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est

Cinq ans après la tenue du dernier coup d'État, des élections législatives auront finalement lieu le 24 mars 2019 en Thaïlande. Cependant, le scrutin fut repoussé à plusieurs reprises et la réforme électorale découlant de la nouvelle Constitution maintient l'emprise de l'armée sur la vie politique thaïlandaise (1).

Une réforme imposée par la junte

L'équilibre des pouvoirs thaïlandais est déstabilisé par cette Constitution, adoptée en 2016, puisqu'elle change le mode d'élection des membres de la Chambre des représentants et du Sénat. D'une part, durant les élections de 2011, chaque électeur votait deux fois : un vote pour le candidat de sa circonscription et l'autre pour l'un des partis. Lors des prochaines élections, qui se dérouleront dans un système proportionnel mixte, les électeurs ne voteront qu'une seule fois, mais ce vote sera comptabilisé à la fois pour le candidat et pour son parti. Ainsi, le vote risque d'être fragmenté et il sera difficile d'obtenir une majorité absolue à l'Assemblée (2).

D'autre part, le Sénat s'est vu attribuer des pouvoirs supplémentaires. En effet, les membres élus de la chambre ne seront plus les seuls à choisir le prochain premier ministre, puisque les 250 sénateurs nommés par l'armée se joignent maintenant au vote. De fait, 194 sénateurs seront sélectionnés par le Conseil national pour la paix et l'ordre (CNPO). Les autres sièges sont réservés aux chefs des forces armées, au commandant suprême, au secrétaire permanent à la défense et au chef de la police nationale. Le premier ministre devra donc être approuvé par le Sénat qui est nommé par l'armée (3).

Selon l'Institut français des relations internationales, l'unique motivation de la junte est de garder la mainmise sur le pouvoir. Cette Constitution démontre que les bureaucrates, sous le contrôle des forces armées, ne sont pas prêts à renier leurs statuts et privilèges pour laisser leur place aux élus du peuple et à la démocratie (4).

Pour Prinya Thaewanarumitkul, professeur à l'université de Thammasat, cette réforme a pour conséquence de créer un système hybride partiellement démocratique. Il croit que ce système échoue à résoudre les profondes asymétries de la société thaïlandaise (5). De plus, Tyrell Hakerborn, professeure à l'Australian National University, affirme que la Constitution assure la place permanente de l'armée dans le gouvernement et normalise l'intervention de celle-ci (6).

Un résultat incertain

Subséquemment, plusieurs politiciens ont stipulé leur allégeance au parti proarmée, Phalange Pracharat, qui est dirigé par Prayut Chan-o-Cha, le commandant en chef de l'armée thaïlandaise. Seul ce parti dispose des moyens financiers permettant de fournir un soutien généreux aux candidats. Il s'engage à offrir un large éventail d'avantages sociaux pour les plus démunis, des prestations supplémentaires pour les ainés et des bonus pour les fonctionnaires récemment à la retraite (7).

Concernant l'opposition, le Parti démocrate a choisi l'ancien premier ministre Abhisit Vejjajiva comme candidat pour les élections. Les démocrates promettent une assurance aux revenus agricoles qui n'interviendrait pas dans les mécanismes du marché. Aussi, ils souhaitent allouer 800 baths par mois pour les sans-emplois et subventionner les personnes dont le revenu est inférieur à 100 000 baths par an. De la sorte, les démocrates cherchent à stimuler l'économie communautaire par une plus grande intervention étatique (8).

Quant à lui, le parti Phuea Thaï, piloté par Sudarat Keyuraphan, se concentre à critiquer la nouvelle Constitution. Précisément, il exige la création d'espaces publics pour que les gens expriment leurs opinions sur celle-ci. De surcroit, Keyruaphan veut accroitre la collaboration entre le secteur public et privé afin de mieux répartir la richesse thaïlandaise et offrir davantage d'occasions économiques aux citoyens (9).

Puis, Thanathor Juangroogruangkit, chef du parti Future Forward, soutient que son parti représente un retour à la démocratie et à un système politique plus transparent. Concrètement, il demande que la Constitution, le système juridique et les institutions politiques soient révisés afin de mieux y inclure les valeurs démocratiques et les droits de l'Homme (10).

Enfin, moins de deux mois avant les élections, le résultat semble toujours incertain. Les sondages placent Phalange Pracharat en tête avec 26,2 % des voix, suivi de près par Pheua Thaï avec 22,4 %. Les démocrates et Future Forward sont aussi nez à nez avec respectivement 11,56 % et 9,6 % des intentions de vote (11).




Références:

(1) Bruno Philip, «En Thaïlande, des élections sous étroit contrôle de la junte», Le Monde, 24 janvier 2019, https://www.lemonde.fr/international/article/2019/... (consulté le 7 mars 2019)

(2) Dave Kendall, «Explainer : New rules for the house of Representatives», Bangkok Post, 6 janvier 2019, https://www.bangkokpost.com/news/politics/1605898/... (consulté le 7 mars 2019)

(3) Dave Kendall, «Expaliner : The appointed Senate», Bangkok Post, 28 janvier 2019, https://www.bangkokpost.com/news/politics/1617850/... (consulté le 7 mars 2019)

(4) Charuwan Lowira-Lulin, «Où va la Thaïlande? Méandres électoraux et vicissitudes démocratiques», Institut français des relations internationales, 4 février 2019, https://www.ifri.org/fr/publications/editoriaux-de... (consulté le 7 mars 2019)

(5) Jonathan Head, «Thailand's constitution : New era, new uncerntainties», BBC, 7 avril 2017, https://www.bbc.com/news/world-asia-39499485, (consulté le 7 mars 2019)

(6) Loc. cit

(7) James Ockey, «Thailand's elections in 2019 will test Prayuth's political strategy», East Asia Forum, 29 janvier 2019, https://www.eastasiaforum.org/2019/01/29/thailands... (consulté le 7 mars 2019)

(8) Democratic Party, «Plateforme électorale 2019», Janvier 2019, https://democrat.or.th/, (consulté le 7 mars 2019)

(9) Phuea Thai Party, «Elections 2019», Janvier 2019, https://election2019.ptp.or.th/, (consulté le 7 mars 2019)

(10) Future Forward Party, «Our Vision 2019», Janvier 2019, https://futureforwardparty.org/en/, (consulté le 7 mars 2019)

(11) Randy Thanthong-Knight, «Key Thai Political Parties Select Prime Minister Candidates», Bloomberg, 31 janvier 2019, https://www.bloomberg.com/news/articles/2019-02-01... (consulté le 7 mars 2019)

Dernière modification: 2019-03-18 08:46:18

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