5 août 2020 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Valeurs     Jeux   

5 février 2019

Un vent de renouveau en Géorgie après cinq années à faire du surplace


Axel Bonato
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

août
2008
Cessez-le-feu dans le conflit entre la Géorgie et l'Ossétie du Sud

novembre
2003
Démission du président de la Géorgie, Edouard Chevardnadze

Le 28 octobre 2018 avait lieu le premier tour de l'élection présidentielle en Géorgie. Dans ce pays d'Europe de l'Est se déroulait cette élection marquée par un vent de renouveau sur la scène politique. C'est-à-dire que les électeurs géorgiens devaient composer avec plusieurs facteurs non négligeables dans l'élection d'un ou d'une nouvelle président(e).

Tout d'abord, c'est la fin du quinquennat du président sortant Guiorgui Margvelachvili, qui ne se représente pas pour un deuxième mandat. Son parti politique, Rêve Géorgien, propose alors comme candidate une ex-diplomate française(1). Malgré plusieurs doutes sur sa compétence, Salomé Zourabichvili réussit à remporter l'élection et deviendra la première femme élue à la présidence de la Géorgie (2).

Pour la septième fois depuis l'indépendance du pays en 1991, les Géorgiens étaient convoqués aux urnes. Toutefois, c'était peut-être la première fois qu'ils devaient prendre en considération autant de nouveaux facteurs d'influence.

Bouleverser une identité politique par le pragmatisme

À la suite des abus de pouvoirs de l'ancien président Mikheil Saakachvili entre 2004 et 2013, le Parlement a décidé qu'il en avait assez. Il a donc adopté en 2010 une série d'amendements ayant comme objectif de réduire progressivement les pouvoirs présidentiels (3). Aujourd'hui, le président géorgien a surtout un rôle symbolique et le premier ministre possède l'intégralité des pouvoirs exécutifs. Dix ans plus tard, cette restructuration des pouvoirs exécutifs influe directement sur l'élection.

Effectivement, l'élection de la nouvelle présidente, Salomé Zourabichvili, a probablement été facilitée par les nouveaux rôles qui venaient avec son poste. C'est-à-dire que Mme Zourabichvili a probablement « dû s'appuyer sur la puissante machine de guerre électorale du Rêve géorgien (4) », pour compenser la faible adhésion populaire à son endroit. Celle-ci ne pouvant disposer que de « faibles pouvoirs » advenant son élection, elle a pu profiter de la popularité des autres membres de son parti pour obtenir des votes (5).

Toujours en voulant « transformer le système politique actuel en une véritable démocratie parlementaire (6) », les amendements adoptés en 2010 et renforcés en 2017 ont projeté les ambitions du Parlement à un tout autre niveau. À la suite de l'élection présidentielle de 2018, fini le scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Dorénavant, le mandat présidentiel sera allongé d'une année pour ainsi coïncider avec les élections législatives. Le président ne sera alors plus élu directement par le peuple, mais plutôt par les membres d'un collège d'électeurs, un peu comme aux États-Unis (7).

En d'autres mots, c'était la dernière fois que les Géorgiens pouvaient élire directement leur chef d'État. Composer avec un pouvoir électoral différent et une candidate originalement française aura donc permis aux Géorgiens d'entrevoir un futur fort différent des habitudes du passé.

Le « syndrome Margvelachvili »

La Géorgie n'étant pas un pays habitué aux crises internationales, aux confrontations interétatiques ou à marchander des traités intercontinentaux, l'exercice de résumer un mandat présidentiel peut rapidement devenir complexe. Quelques semaines à peine après l'élection de son successeur, les analystes parviennent tout de même à employer le terme de « syndrome [Guiorgui] Margvelachvili » pour résumer une grande partie des 5 années au pouvoir de ce dernier (8).

Autant dans les médias locaux qu'à l'étranger, le quinquennat du président est dépeint comme un échec. Le journal Georgia Today est cinglant quant à la mauvaise compréhension des devoirs et des obligations qui ont été délégués au président. Le président Margvelachvili, à la suite des amendements de 2010, n'aurait pas accepté de voir les pouvoirs présidentiels transférés au premier ministre. D'autres journaux appuient cette position : en s'entêtant à demeurer l'acteur clé du système, il aura certainement contribué au clivage identitaire au sein de la population (9).

En plus de son incapacité à reconnaître le changement de nature de l'exécutif, Margvelachvili aurait légué à son pays un travail incomplet et une nation qui cherche encore à se bâtir. Toujours selon Georgia Today, ses efforts auraient dû être orientés vers le rapprochement diplomatique, notamment avec la Russie, et le progrès national. Son seul véritable accomplissement serait d'avoir réussi à faire entendre la cause géorgienne qui souhaite joindre l'Union européenne et l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (10). Cependant, certains médias pensent qu'il aurait pu et dû en faire plus durant toutes ces années (11).




Références:

(1) Vidal-Giraud, Léo, Salomé Zourabichvili, une présidente « pragmatique » et « européenne » pour la Géorgie, Libération, publié le 29 novembre 2018, https://www.liberation.fr/planete/2018/11/29/salo... consulté le 3 février 2019

(2) Rédaction de LCI, Une Française élue à la tête de la Géorgie, LCI, publié le 28 novembre 2018, https://www.lci.fr/international/election-presiden... consulté le 3 février 2019

(3) Conseil de l'Europe, Révision de la Constitution de la Géorgie, Commission européenne pour la démocratie par le droit, publié le 1er septembre 2017, https://www.coe.int/fr/web/portal/news-2017/- /as... consulté le 3 février 2019

Constitution de la Géorgie, Constitution du 24 août 1995, Digithèque MJP, version à jour au 25 mars 2013, http://mjp.univ-perp.fr/constit/ge1995.htm, consulté le 3 février 2019.

(4) Vitkine, Benoît, L'ancienne diplomate française Salomé Zourabichvili élue présidente de Géorgie, Le Monde, publié le 28 novembre 2018, https://www.lemonde.fr/international/article/2018... consulté le 3 février 2019

(5) Ibid.

(6) Conseil de l'Europe, op. cit.

(7) Ibid.

(8) Sikharulidze, Archil, Goodbye, Mr. President, Georgia Today, publié le 4 octobre 2018, http://georgiatoday.ge/news/12561/Goodbye%2C-Mr.-President, consulté le 3 février 2019

(9) Fuller, Liz, Georgian President Remains A Divisive Figure, Radio Free Europe, publié le 23 février 2016, https://www.rferl.org/a/caucasus-report-georgian-p... consulté le 3 février 2019

Sikharulidzze, Archil, op. cit.

(10) Fuller, Liz, op. cit.

Vidal-Giraud, Léo, op. cit.

(11) Fuller, Liz, op. cit.

Dernière modification: 2019-02-11 07:48:15

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.

Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019