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5 février 2019

Le Cambodge de Hun Sen : entre démocratie et autoritarisme


Philippe Lacasse
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

juillet
1998
Tenue d'élections législatives au Cambodge

juillet
1979
Ouverture d'une conférence internationale sur les réfugiés de la mer en Asie du Sud-Est

janvier
1979
Début de l'occupation vietnamienne au Cambodge

avril
1975
Entrée des Khmers rouges à Phnom Penh

mars
1970
Coup d'État au Cambodge destituant le prince Norodom Sihanouk

août
1967
Création de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est

septembre
1961
Ouverture d'une conférence des pays non-alignés à Belgrade

avril
1955
Ouverture d'une conférence internationale à Bandoeng

Lors des élections s'étant tenues le 29 juillet 2018, un scénario bien connu s'est répété : le Cambodge a vu le parti sortant reporté au pouvoir. En effet, le Parti du peuple cambodgien (PPC) et son chef, le premier ministre Hun Sen, ont obtenu une victoire écrasante dans une atmosphère politique tendue.

Des résultats contestés

« À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » : ces célèbres mots de Pierre Corneille ont été repris par Sam Rainsy, fondateur du Parti de sauvetage national du Cambodge (PSNC), principal parti d'opposition cambodgien en 2017. Forcé à l'exil lorsque son parti fut démantelé par la justice cambodgienne, Sam Rainsy fut obligé de mener une campagne de boycott électoral depuis sa résidence de Paris (1).

Au terme d'une campagne électorale plongée dans la controverse, le PPC a remporté l'ensemble des 125 sièges de l'Assemblée nationale cambodgienne (2). Fort d'un taux de participation de plus de 80 %, le PCC affirme que les efforts de boycott lancés par ses adversaires politiques ont échoué.

Cette victoire est pourtant teintée, puisque le principal parti d'opposition, le PSNC, fut démantelé par la justice cambodgienne en 2017 (3). Ce parti, seul réel opposant au PPC, a été dissous par une cour de justice favorable au pouvoir en place, sous le prétexte d'être une « menace à la sécurité intérieure du pays (4)». Le PSNC était soupçonné de préparer une révolution avec les États-Unis, pays longtemps accusé par Phnom Penh, la capitale du Cambodge, de supporter l'opposition au pouvoir de Hun Sen (5). Il est toutefois important de mentionner que lors des dernières élections législatives, ayant pris place en 2013, le PSNC a menacé l'hégémonie du PPC, raflant 44,5 % des suffrages ainsi que 55 des 125 sièges qui composent l'Assemblée nationale (6). Lors de ces élections, de nombreuses irrégularités ont été enregistrées (7).

Pour le gouvernement cambodgien, la stabilité intérieure est un enjeu très important. Durant les années 70, le Cambodge a connu un génocide atroce qui a sans doute laissé une marque sur la psyché collective. Un gouvernement stable, capable de faire croître l'économie nationale, est donc considéré par la population comme un atout.

Des réactions internationales mitigées

Les dernières élections ne sont pas passées inaperçues au sein de la communauté internationale, attirant l'ire de plusieurs pays occidentaux. Le Canada affirme que ces élections n'ont pas été « justes, libres et équitables (8) ». Quant à elle, l'Union européenne (UE) qualifie les résultats électoraux de « non crédibles (9) » et parle même de sanctions économiques envers le Cambodge, révisant le statut « tout sauf les armes » accordé à cet État du sud-est asiatique (10). Ce traité « accorde une exemption complète de taxes et un accès en franchise de droits et sans contingents au marché unique de l'UE pour tous les produits, sauf les armes et les munitions (11) ».

La communauté internationale n'est pas pour autant unie sur la question. En effet, le gouvernement chinois a adressé ses « sincères félicitations » au gouvernement de Hun Sen (12). La Chine, alliée de longue date du régime de Hun Sen, a d'ailleurs donné 100 millions de dollars américains pour financer les forces armées royales cambodgiennes comme contrepoids aux sanctions européennes annoncées (13). Bien que les accusations de tricherie électorale persistent, un groupe d'observateurs électoraux de Malaisie, de la Russie, du Laos, du Vietnam, de l'Inde ainsi que de la Thaïlande ont même affirmé que les élections législatives cambodgiennes furent « libres, justes et transparentes (14) ».

Il est donc possible de voir dans le Cambodge une situation similaire à celle du Venezuela. Un gouvernement considéré illégitime par l'Occident, mais supporté par les puissances telles la Chine et la Russie. Reste à voir si Hun Sen, au pouvoir depuis plus de 34 ans, aura les reins assez solides pour se maintenir au pouvoir au pouvoir.

Médiagraphie

(1) Agence France Presse, «Législatives au Cambodge : le parti de Hun Sen revendique une victoire écrasante», La Croix, 29 juillet 2018, URL [hyperlien] class='liendanstexte' href='/bilan/servlet/BMPays?codePays=KHM'>Cambodge-parti-Hun-Sen-revendique-victoire-ecrasante-2018-07-29-1300958413, (consulté le 3 février 2019)

(2) Anne Molina, «Cambodge : le parti d'Hun Sen revendique une victoire totale aux législatives», Le Figaro, 30 juillet 2018, URL [hyperlien] (consulté le 02 février 2019)

(3) Agence France Presse, «Cambodge : le gouvernement obtient la dissolution du parti d'opposition», La Croix, 16 novembre 2017, URL [hyperlien] class='liendanstexte' href='/bilan/servlet/BMPays?codePays=KHM'>Cambodge-gouvernement-obtient-dissolution-parti-opposition-2017-11-16-1300892451, (consulté le 4 février 2019)

(4) Ibid.

(5) Ibid.

(6) Encyclopaedia Universalis, « 23 juillet 2013 : Cambodge. Victoire du parti au pouvoir aux élections législatives », URL [hyperlien] (consulté le 8 février 2019)

(7) Ibid.

(8) Didier Oti, « Législatives au Cambodge : Ottawa et l'UE déçus, Pékin satisfait », RCI, 30 juillet 2018, URL [hyperlien] (consulté le 2 février 2019)

(9) Ibid.

(10) Agence France Presse, « Cambodge : Hun Sen accuse l'UE de prendre son pays en otage avec la menace de taxes douanières », Capital, 12 janvier 2019, URL [hyperlien] (consulté le 4 février 2019)

(11) Trade Helpdesk, « Tout sauf les armes (TSA) », Commissions européenne, 2012, URL [hyperlien] (consulté le 4 février 2019)

(12) Didier Oti, Op. cit.

(13) Reuter, « China pledges over $100 million military aid to Cambodia », Reuter, 19 juin 2018, URL [hyperlien] (consulté le 4 février 2019)

(14) Dara et Kong Meta, « Observers: Cambodia election was free and fair », Phnom Penh Post, 31 juillet 2018, URL [hyperlien] (consulté le 8 février 2019)

Autre référence

Bruno Philip, « Cambodge : le génocide Khmer rouge reconnu pour la première fois par le tribunal international », Le Monde, 16 novembre 2018, URL [hyperlien] (consulté le 31 janvier 2019)



Dernière modification: 2019-02-11 07:47:06

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