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5 novembre 2019

Le dilemme japonais des femmes de réconfort


Jérôme Tremblay-Saint-Yves
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Bien que la Seconde Guerre mondiale se soit conclue en 1945, ses répercussions sont encore bien réelles aujourd'hui. Si les Nations unies sont un pilier des relations internationales modernes, d'autres éléments moins positifs sont toujours présents. C'est le cas de la question des femmes de réconfort utilisées par le Japon durant la guerre. Ce système forçait plusieurs femmes à « réconforter » les soldats japonais entre les combats et hors du champ de bataille (1). La Corée du Sud, victime de ce système durant la guerre, poursuit la nation japonaise sur cette question depuis longtemps, et ce, au détriment des relations entre les deux pays.

L'inconfort des femmes de réconfort

Pour l'empire japonais, la Seconde Guerre mondiale s'est principalement jouée en Chine et en territoire colonial occidental, comme les Philippines et la Malaisie. C'est pourquoi bien des femmes de réconfort provenaient de territoires nouvellement conquis. Pourtant, la grande majorité de ces femmes furent d'origines coréennes et chinoises (2). Si la Chine représentait le principal champ de bataille du côté asiatique, la Corée se retrouvait sous l'égide du Japon en tant que colonie depuis 1910 (3). Il était ainsi beaucoup plus simple pour les autorités japonaises de choisir des femmes coréennes pour le système, considérant qu'elles n'étaient pas de nationalité japonaise, mais qu'elles leur étaient tout de même contraintes.

Le système des femmes de réconfort a été établi afin « d'apaiser et de réconforter » les soldats japonais. Ces mesures ont été élaborées afin de freiner la quantité immense de violences sexuelles causées par l'armée japonaise en Chine et de prévenir de potentielles maladies. Les femmes choisies par l'armée japonaise étaient ainsi forcées en esclavage sexuel afin d'empêcher des violences trop importantes contre la population chinoise durant la guerre (4).

Une cicatrice profonde pour la Corée du Sud

Depuis ces incidents, ce système est une source de tension entre le Japon et les pays qui ont été ses victimes. Les femmes de réconfort ne pratiquent évidemment plus ce « métier », mais la façon dont le Japon a entretenu cette question laisse plutôt à désirer pour certains. Bien que le gouvernement japonais souhaite utiliser l'expression « femmes de réconfort », les groupes activistes, surtout d'origines coréennes, préfèrent utiliser l'expression « esclaves sexuels » (5). Le Japon se montre d'ailleurs plutôt réticent à reconnaître ces femmes comme esclaves sexuels, considérant qu'un certain nombre de ces dernières étaient des Japonaises ayant décidé d'exercer ce « métier » de façon volontaire (6).

Un des éléments les plus litigieux pour les relations coréo-japonaises est celui des statues de la paix. Ces petites statues prennent la forme de jeunes filles coréennes à l'image de celles ayant été forcées dans le système des femmes de réconfort. Elles ont été placées en 2011 par le gouvernement sud-coréen devant les ambassades et consulats japonais en Corée du Sud. Cela se fit à la suite d'une proposition d'un groupe activiste qui organise des manifestations à chaque mercredi depuis 1992 devant les bureaux diplomatiques japonais à Séoul, la capitale sud-coréenne (7). Bien que le gouvernement japonais ait demandé que les statues soient enlevées pour des raisons diplomatiques, le gouvernement sud-coréen a refusé de changer sa position. Ce dernier demandait une reconnaissance du gouvernement japonais sur la question, chose faite auparavant en 1992 (8).

Un fonds monétaire pour les victimes nommé Asian Women's Fund a aussi été développé par le Japon, mais en vain (9). Bien des critiques ont vu ce fonds comme une tentative pour acheter le silence des victimes, forçant ainsi les groupes activistes à rejeter les paiements (10).

La situation des femmes de réconfort pose ainsi un problème évident dans les relations coréo-japonaises. La position japonaise est difficile à défendre et s'avère frustrante pour le gouvernement et la population. D'un autre côté, cette situation est une victoire morale et culturelle pour la Corée du Sud, alors qu'elle tente de se tailler une place parmi les géants qui l'entourent en Asie de l'Est. Dans tous les cas, cette situation n'est certainement pas favorable, considérant la position de ces deux pays face à la puissance de la Chine et à l'imprévisibilité de la Corée du Nord.




Références:

(1) BLAKEMORE, Erin, « The Brutal History of Japan's ‘Comfort Women' », History, 21 juillet 2019, https://www.history.com/news/comfort-women-japan-m... consulté le 3 novembre 2019.

(2) LEWIS, Jone Johnson, « History of the Comfort Women of World War II », Thought Co., 26 janvier 2019, https://www.thoughtco.com/world-war-ii-comfort-wom... consulté le 3 novembre 2019.

(3) Columbia University, « Korea as a Colony of Japan, 1910-1945 », 2019, http://afe.easia.columbia.edu/main_pop/kpct/kp_kor... consulté le 3 novembre 2019.

(4) WARD, Thomas et William LAY, « The Origins and Implementation of the Comfort Women System », E-International Relations, 14 décembre 2018, https://www.e-ir.info/2018/12/14/the-origins-and-i... consulté le 3 novembre 2019.

(5) Loc. cit.

(6) Loc. Cit.

(7) The Korean Council for Justice and Remembrance for the Issues of Military Sexual Slavery by Japan, « History of the Movement », 2018, http://womenandwar.net/kr/history-of-the-movement/... consulté le 3 novembre 2019.

(8) SANGER, David, « Japan Admits Army Forced Koreans to Work in Brothels », New York Times, 14 janvier 1992, https://www.nytimes.com/1992/01/14/world/japan-adm... consulté le 3 novembre 2019.

(9) Asian Women's Fund, « Establishment of the AW Fund, and the basic nature of its projects », http://awf.or.jp/e2/foundation.html, consulté le 3 novembre 2019.

(10) WADA, Haruki, « The Comfort Women, the Asian Women's Fund and the Digital Museum », The Asia-Pacific Journal, Volume 6, Numéro 2, 1er février 2008, https://apjjf.org/-Wada-Haruki/2653/article.html, consulté le 3 novembre 2019.

Dernière modification: 2019-11-09 13:25:43

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