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26 novembre 2019

L'or noir : la ressource qui détermine le destin de l'économie iranienne?


Anthony Delarosbil
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

janvier
2020
Tirs de missiles sur un avion civil survolant l’Iran

janvier
2020
Assassinat du général iranien Qassem Soleimani

novembre
2019
Début d’une série de manifestations en Iran

novembre
2017
Tremblement de terre dévastateur en Iran

mai
2017
Réélection en Iran du président Hassan Rohani

avril
2015
Entente préliminaire sur l'utilisation de l'énergie nucléaire en Iran

janvier
2015
Chute importante du prix du baril de pétrole

novembre
2013
Entente internationale intérimaire sur le développement du programme nucléaire iranien

juin
2013
Élection de Hassan Rohani à la présidence de l'Iran

juin
2009
Tenue d'une élection présidentielle en Iran

décembre
2003
Tremblement de terre en Iran

mai
1997
Élection de Mohammed Khatami à la présidence de l'Iran

juin
1990
Tremblement de terre en Iran

juin
1989
Décès de l’ayatollah Rouhollah Khomeiny en Iran

août
1988
Entrée en vigueur d'un cessez-le-feu mettant fin à la guerre entre l'Iran et l'Irak

mars
1988
Utilisation d'armes chimiques en Irak contre les Kurdes

novembre
1987
Publication du rapport d'une Commission d'enquête sur l'affaire Iran-Contra

août
1981
Assassinat du président et du premier ministre de l’Iran

septembre
1980
Début de la guerre Iran-Irak

Le 10 novembre 2019, le gouvernement iranien annonçait à sa population, qui fait face à une récession, la découverte d'un immense gisement de pétrole. Bien que cette annonce devait être positive pour le pays, la décision d'augmenter énormément, et sans préavis, le prix de l'essence cinq jours plus tard déclencha de nombreuses manifestations dans les rues de la capitale. Entre sanctions économiques américaines et un mouvement environnementaliste mis de l'avant par bon nombre de ses clients, quel est l'avenir du pétrole iranien?

Un passé et un présent lié avec l'Occident

L'exploitation du pétrole en sol iranien débute en 1901, alors que William D'Arcy obtient la permission d'explorer le sol iranien afin d'y trouver des gisements de pétrole. À la suite de la découverte de cette ressource en 1908, l'Anglo-Persian oil compagny sera créée en 1909 et les Britanniques auront la majorité du contrôle de la production de pétrole jusqu'en 1953. C'est d'ailleurs ce monopole britannique et un mouvement anticolonialiste qui inciteront la population à demander une nationalisation de la ressource. Malgré la nationalisation du pétrole en 1951, l'Iran n'aura la pleine possession de la production qu'en 1973 [1].

L'Iran devient vraiment un acteur important dans le marché pétrolier avec l'arrivée au pouvoir du président Mohammad Khatami, en 1997. L'industrie du pétrole reçoit 40 milliards de dollars américains, en investissement local et étranger, entre 1997 et 2004 et développe ses infrastructures afin d'augmenter sa production. Aujourd'hui, le pays dépend encore économiquement de la ressource, mais n'est plus sous les restrictions britanniques.

Une variable significative de l'économie iranienne

Comme un bon nombre de pays du Moyen-Orient, l'Iran dépend du pétrole pour faire fonctionner son économie. Ayant la quatrième plus grande réserve mondiale, le pays se classe septième en ce qui a trait à la production avec 4,7 millions de barils par jour en 2018 [2]. En ce qui touche l'importance économique qu'a le pétrole pour le pays, cette ressource représente 28,01 % des exportations [3]. De plus, selon la Banque mondiale, le secteur des industries correspond à 35 % du produit intérieur brut [4].

Comme mentionné plus haut, le pétrole est la principale source de revenus de l'État iranien. Selon les dernières données de la Banque mondiale, les revenus générés représentaient 17 % du PIB iranien [5]. Toutefois, étant donné la nature de la ressource et la dépendance économique qu'a l'Iran par rapport à elle, la Banque mondiale prévoit une chute moyenne de l'économie iranienne. L'institution financière explique cette prédiction en avançant que les exportations de pétrole devraient réduire de moitié du chiffre de 2017, soit de 2,5 millions à 1,25 million de barils par jour. En lien avec cette chute d'exportations, la Banque mondiale anticipe un ralentissement de 1,4 % de la croissance économique du pays en raison aussi de la chute générale du secteur industriel [6].

Sanctions américaines et leurs répercussions

Bien que le ralentissement de l'exportation de pétrole soit prévisible, en partie en raison du virage vert, les plus récentes sanctions américaines n'ont assurément pas aidé la cause de l'Iran. Le 22 avril 2019, le président américain, Donald Trump, mettait fin à l'exemption qui permettait à huit pays, dont la Chine et l'Inde, d'acheter du pétrole iranien, voulant ainsi rendre l'exportation de cette ressource à zéro. La stratégie derrière ses sanctions est de bloquer les exportations iraniennes afin que leurs alliés, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes, puissent devenir les fournisseurs de pétrole à la Chine et l'Inde [7]. Donc, d'une façon les États-Unis avaient pour but de nuire à la Chine, en coupant l'accès à son principal fournisseur de pétrole, estime Céline Antonin, économiste sénior à l'Observatoire français des conjonctures économiques [8].

Par contre, ces sanctions américaines n'ont pas eu exactement les effets désirés, car la Chine et plusieurs pays ignorent les restrictions américaines et achètent du pétrole iranien. Selon Richard Nephew, ancien fonctionnaire étatsunien qui a joué un rôle important dans les sanctions envers l'Iran durant les mandats de Barack Obama, ce genre d'action de la Chine démontre que les États-Unis n'ont plus le pouvoir de forcer la main des autres pays et que ces derniers peuvent ne pas les suivre [9]. En bref, les sanctions américaines sont un autre épisode dans le bras de fer entre la Chine et les États-Unis.

La réaction iranienne fut caractérisée par de la violence. On rapporte que le mois suivant, l'Iran attaqua des installations pétrolières en Arabie saoudite. Ces attaques, combinées à une série d'annonces que le pays allait accélérer son programme nucléaire, auraient eu pour but de gagner l'attention des États-Unis et des pays européens afin que ceux-ci, plus précisément les États-Unis, changent leur fusil d'épaule quant aux sanctions imposées. Toutefois, ces démonstrations n'ont attiré que des réactions négatives des États-Unis, qui ont condamné les actions de l'Iran [10].

Différentes options pour le futur?

Avec les prédictions d'exportations à la chute, il est normal que l'Iran doive trouver des solutions afin de régler ses problèmes économiques à court et à long terme. À court terme, il est peu probable que les sanctions américaines soient levées. Donc, les exportations et, par conséquent, les profits liés au marché du pétrole risquent d'être similaires ou de chuter. De plus, l'Iran devrait investir dans ses infrastructures pétrolières afin de les moderniser, étant donné que certaines sont âgées de plus de 35 ans [11].

À long terme, plusieurs partisans de l'industrie pétrolière avancent que le pétrole restera important en raison de son faible coût et de son efficacité, mais plusieurs compagnies pétrolières, telles que Shell, ont commencé à investir dans les énergies renouvelables. De plus, à la suite de l'accord de Paris en 2015, plusieurs pays ont aussi promis de réduire leurs émissions de CO². [12] Selon un rapport de la compagnie britannique BP, la demande pour le pétrole devrait continuer à augmenter pour les deux prochaines décennies avant de commercer à diminuer vers 2030. Par contre, la société norvégienne de gestion des risques, DNV GL, prédit que la demande devrait commencer à descendre aussi tôt qu'au début de 2020.

L'Iran peut donc s'inspirer des compagnies pétrolières et compter sur le plastique et la pétrochimie afin de maintenir les profits liés au pétrole. Elle devrait aussi compter sur sa réserve de gaz naturel, ressource qui devrait remplacer le charbon dans le futur [13].

Bien que le pétrole iranien soit une force importante de l'économie iranienne, il est handicapé par des sanctions américaines qui causent une agitation chez la population que plusieurs analystes comparent à la révolution de 1978-79. En plus, l'économie iranienne partage, en partie, le même avenir incertain que le marché du pétrole. À court terme, le principal problème de l'Iran est cependant les restrictions américaines. Il reste à voir si les élections américaines de 2020 apporteront un changement positif pour l'économie du pays qui en a grandement besoin.

Médiagraphie

[1] Washington, DC: Federal Research Division, Library of Congress, Iran: a country study, 2008, [hyperlien] consulté le 23 novembre 2019

[2] Energy Information Administration, Iran, 23 novembre 2019, [hyperlien] consulté le 23 novembre 2019

[3] Perspective Monde, Iran, importations et exportations, 24 novembre 2019, [hyperlien] 24 novembre 2019

[4] Banque mondiale, Iran-présentation, 24 novembre 2019, [hyperlien] consulté le 24 novembre 2019

[5] loc. cit.

[6] loc. cit.

[7] Seibt, Sébastian, Les sanctions américaines contre le pétrole iranien ne visent pas que Téhéran, France24, 23 avril 2019, [hyperlien] consulté le 24 novembre 2019 [8] loc. Cit.

[9] Singhvi, Anjali, Edward Wong et Denise Lu, Defying U.S. Sanctions,China and Others Take Oil From 12 Iranian Tankers, The New York Times, 3 août 2019, [hyperlien] consulté le 24 novembre 2019

[10] Singh, Michael, A Better Iran Deal Is Within Reach, Foreign affairs, 15 novembre 2019, [hyperlien] consulté le 18 novembre 2019

[11] Chow, Edward, Cyrus Ashayeri et Andrew J. Stanley, The Future of Iran's Oil and Gas Industry, Social Science Research Network, 23 octobre 2018, [hyperlien] consulté le 24 novembre 2019

[12] Krauss, Clifford, Foretelling the Future of Oil, The New York Times, 9 octobre 2018, [hyperlien] consulté le 25 novembre 2019

[13] loc. cit.



Dernière modification: 2019-12-01 10:16:57

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