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29 octobre 2019

Libertés et droits humains menottés au Turkménistan


Anthony Delarosbil
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

décembre
1991
Création de la Communauté des États indépendants

octobre
1991
Proclamation d'indépendance du Turkménistan

Situé au nord de l'Iran et de l'Afghanistan, le Turkménistan est un des grands plus producteurs de pétrole au monde [1], mais il est aussi connu comme l'un des pays les plus répressifs au monde [2]. Selon Human Rights Watch, ce pays a des mesures draconiennes en matière de liberté religieuse et pose une menace aux défenseurs des droits humains, alors que l'État utilise l'emprisonnement comme méthode de représailles politiques. D'ailleurs, une de ces prisons a une grande notoriété.

Prison d'Ovadandepe : connue pour les mauvaises raisons

Auparavant connue comme la plus dure de l'Union soviétique, la prison d'Ovadandepe sert maintenant à détenir les prisonniers politiques et religieux de l'État turkmène. Aujourd'hui, ce pénitencier est réputé pour ses techniques de torture et ses conditions horribles. L'agence des Nations unies pour les réfugiés rapporte aussi qu'il n'est pas rare que les prisonniers meurent en raison de malnutrition ou de torture [3].

En raison des lois strictes par rapport à la liberté de religion imposées par le gouvernement turkmène, plusieurs pratiquants de l'islam, du protestantisme et du judaïsme ont été emprisonnés pour leur foi religieuse. Ceux emprisonnés pour raisons religieuses sont souvent sujets de conditions brutales et inhumaines, de torture et de négligence médicale [4]. On rapporte aussi des ‘'disparitions'' de certains prisonniers. Les cas où ces prisonniers disparus sont retrouvés, se manifestent souvent par une simple confirmation de décès. Le même traitement est réservé aux prisonniers politiques. En plus de ce qu'on pourrait considérer comme des enlèvements, beaucoup d'emprisonnements sont effectués à partir de fausses accusations.

La prison est principalement utilisée comme infrastructure pour effectuer de la torture afin d'obtenir des informations. Un rapport de «Prove they are alive», une campagne ayant comme but de protéger les prisonniers au Turkménistan, rapporte que les détenus n'ont aucun contact avec l'extérieur, étant donné que les cellules sont plongées dans le noir complet [5]. De plus, le manque de nourriture et d'eau, l'infestation de moustiques et les températures extrêmes du désert font en sorte que les conditions de vie imposées aux prisonniers sont une forme de torture en soi. La campagne confirme aussi que la prison viole plusieurs droits humains.

Politique et religion : deux motifs d'arrestations populaires

L'utilisation de la prison est tout aussi hors du commun en ce qui a trait aux statistiques. Le pays a un ratio de 552 prisonniers par 100 000 habitants. Si l'on compare ce ratio avec d'autres pays de la région, l'Afghanistan a 88 prisonniers par 100 000 habitants et l'Iran en a 294 par 100 000 habitants [6].

Comme mentionné plus haut, un bon nombre d'arrestations sont de nature politique ou religieuse. En 2018, l'Overseas Security Advisory Council des États-Unis enregistrait 19 arrestations reliées à la corruption, dont un bon nombre incluant des dirigeants du gouvernement et de grandes compagnies [7]. Pour les arrestations politiques, un exemple lié à la corruption est celle du chef de section du ministère de l'Agriculture qui a été arrêté pour avoir accepté des pots-de-vins de pays étrangers lors de l'achat d'engrais [8].

En ce qui concerne les arrestations sous motifs religieux, on en rapporte plusieurs de masse d'individus liés à des religions non approuvées par l'État turkmène. Par exemple, un groupe de 20 hommes ont été arrêtés après avoir participé à un groupe d'étude sur l'Islam. La raison officielle : avoir tenté de renverser le régime en place.

Des indicateurs qui révèlent peu de changement

Bien que les dernières statistiques sur les prisons du Turkménistan soient élevées, il n'en fut pas toujours ainsi. L'augmentation du nombre de prisonniers a vraiment commencé en 2006. Elle coïncide avec l'élection du président Gurbanguly Berdimuhamedow, qui succède à Saparmyrat Nyýazow. Entre 2006 et 2010, on remarque que le ratio de prisonniers par 100 000 habitants fait plus que doubler, passant de 228 à 522. Il continuera d'augmenter en 2013 pour atteindre 583 prisonniers par 100 000 habitants [9].

En ce qui a trait aux droits et libertés au Turkménistan, ceux-ci ne sont pas très présents. Prenons l'indice de la liberté de presse, un indice où 0 égale une liberté totale et 100 égale répression totale de la presse. Celui-ci «reflète le degré de liberté dont bénéficient les journalistes et les médias de chaque pays, et les moyens mis en œuvre par les États pour respecter et faire respecter cette liberté ». Cet indicateur n'a jamais été en dessous de 80 sur 100 depuis les années 2000 [10]. La pratique religieuse est strictement encadrée par de nombreuses lois et les lieux de pratique sont difficiles à trouver étant donné que le gouvernement et les grandes entreprises interfèrent souvent dans l'achat de ceux-ci [11].

De plus, Amnistie internationale rapporte qu'il n'est pas rare que les médias, observateurs ou activistes extérieurs soient sujets au harcèlement et aux menaces de la part de la police. L'information est sujette à une étroite surveillance et aux restrictions de la part de l'État [12].

Bien que le gouvernement turkmène ait publiquement démontré une volonté de respecter les droits humains et d'effectuer une libéralisation politique, Refworld avance qu'il ne fait rien de concret pour améliorer la situation. Les réformes sont superficielles et ont comme but premier de faire bien paraître le pays à l'international [13]. Bien que plusieurs sociétés civiles aient condamné l'État turkmène, on semble assister à un autre épisode d'inaction internationale.

Médiagraphie

[1] Stratfor, A New Customer for Turkmen Natural Gas, 13 février 2017, [hyperlien] consulté le 25 octobre 2019

[2] Human Rights Watch, World Report 2014: Turkmenistan, 2014, [hyperlien] consulté le 25 octobre 2019

[3] Refworld, TURKMENISTAN, 2018, [hyperlien] consulté le 26 octobre 2019

[4] Loc. cit.

[5] Prove they are alive, The Ovadan Depe Prison: Medieval Torture in Modern Turkmenistan, septembre 2014, [hyperlien] consulté le 26 octobre 2019

[6] World Prison Brief, Turkmenistan, 26 octobre 2019, [hyperlien] consulté le 26 octobre 2019

[7] OSAC, Turkmenistan 2019 Crime & Safety Report, 3 juin 2019, [hyperlien] consulté le 27 octobre 2019

[8] Loc. cit.

[9] World Prison Brief, Op. cit.

[10] Reporters sans frontières, Turkménistan, 27 octobre 2019, [hyperlien] consulté le 27 octobre 2019

[11] L'observatoire de la liberté religieuse, Turkménistan, 27 octobre 2019, [hyperlien] consulté le 27 octobre 2019

[12] Amnistie internationale, Des militantes sont menacées, tout comme la liberté d'expression, 22 novembre 2017, [hyperlien] consulté le 27 octobre 2019

[13] Refworld, Op. cit.



Dernière modification: 2019-11-05 19:20:29

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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