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1 octobre 2019

Présidentielle argentine : la crise économique en arrière-plan d'un affrontement Fernandez-Macri


Charles-Olivier Parent
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

octobre
2019
Élection d’Alberto Fernandez à la présidence de l’Argentine

août
2018
Rejet de la décriminalisation de l’avortement par un vote du Sénat argentin

novembre
2015
Élection de Mauricio Macri à la présidence de l'Argentine

octobre
2011
Réélection de Cristina Kirchner à la présidence de l'Argentine

octobre
2007
Élection de Cristina Kirchner à la présidence de l'Argentine

avril
2003
Élection de Nestor Kirchner à la présidence de l'Argentine

décembre
2001
Démission du président argentin Fernando de la Rua

juin
2001
Arrestation de l'ex-président argentin Carlos Menem

octobre
1999
Élection de Fernando de la Rua à la présidence de l'Argentine

mai
1995
Réélection de Carlos Menem à la présidence de l'Argentine

août
1994
Révision de la Constitution argentine

mars
1992
Attentat contre l'ambassade d'Israël en Argentine

mars
1991
Signature du traité menant à la création du Mercosur

mai
1989
Élection de Carlos Menem à la présidence de l'Argentine

octobre
1983
Premières élections libres après la dictature militaire en Argentine

avril
1982
Invasion des îles Malouines/Falkland par l'Argentine

août
1980
Signature du traité de Montevideo entre les pays de l'Alalc

avril
1977
Première marche des mères de la Plaza de Mayo en Argentine

mars
1976
Renversement de la présidente Isabel Peron en Argentine

En 2019, les électeurs argentins devront voter pour le prochain président de leur pays. Trois dates sont à retenir dans le cadre de cette élection. D'abord, le 11 août ont lieu les primaires lors desquelles le vote est obligatoire. Elles permettront de sonder l'opinion publique à l'échelle nationale sur les intentions de vote et d'obtenir un bon indicateur en vue de l'élection, faute de compétition au sein des deux principaux partis. Ensuite, le 27 octobre se déroule le premier tour de la présidentielle.

Pour être élu, le candidat le plus populaire doit obtenir soit 45 % des votes, soit 40 % avec 10 % de plus que son plus proche adversaire. Dans le cas contraire, les deux candidats ayant reçu le plus de votes s'affronteront un mois plus tard lors d'un deuxième tour à majorité simple qui adviendrait le 24 novembre. La présidentielle argentine de 2019 sera vraisemblablement disputée entre deux candidats largement en tête dans les intentions de vote, l'un d'eux étant Alberto Fernandez (1).

De retour au bercail

La nomination de Fernandez à titre de candidat à la présidence s'est faite par un coup de théâtre. Le 18 mai 2019, alors que les sondages la placent en bonne position pour reprendre son poste malgré les accusations formelles de corruption portées contre elle, l'ex-présidente (2007-2015) de gauche Cristina Fernandez de Kirchner annonce qu'elle ne se présente pas comme candidate à la présidence afin d'affronter son successeur Mauricio Macri. Elle brigue plutôt le poste de vice-présidente et demande à l'un de ses lieutenants, Fernandez, de se présenter à sa place à la tête du ticket qu'ils formeraient ensemble. Ce qu'il accepte de faire (2).

Âgé de 60 ans, Fernandez est un ancien avocat et professeur de droit. Il est considéré comme un candidat plus modéré et consensuel que sa colistière. Cela permettrait d'élargir la base électorale du Frente de Todos (« Front pour tous ») en rassemblant les péronistes de gauche et les non kirchnéristes, soit la faction plus centriste du mouvement fondé par l'ex-président Juan Domingo Peron dans les années 1950. Fernandez fut plus proche du mari de Cristina Kirchner que de cette dernière. Il se considérait effectivement comme un fervent adepte de l'ex-président (2003-2007) Néstor Kirchner, décédé en 2010. D'ailleurs, Fernandez est chef du cabinet des ministres pendant tout le mandat de Néstor Kirchner (2003-2007), mais démissionne durant la première année au pouvoir de Cristina Kirchner (2007-2008) (3). À titre de chef du gouvernement argentin, il a notamment « joué un rôle clé dans les négociations en 2005, pour effacer la dette de près de 10 milliards de dollars de l'Argentine (4) ».

La solution à la crise de la dette

Son expertise en matière de lutte à l'endettement se reflète dans ses paroles qui trouvent écho dans le contexte de crise de la dette que vit l'Argentine. Fernandez affirme que le pays ne peut se permettre de rembourser immédiatement la dette dans les conditions actuelles. Cependant, il est possible de prolonger les échéances de ses obligations en adoptant une stratégie similaire à celle qui fut salutaire auparavant pour l'Uruguay, alors aux prises avec le même problème, soit un reprofilage négocié (5).

Par exemple, en réponse à la crise économique de son pays, l'actuel président Macri a obtenu de la part du Fonds monétaire international (FMI) un prêt de 56 milliards de dollars en contrepartie d'une série de réformes. Or, Fernandez « a nettement critiqué les décisions économiques de Macri. Il souhaite renégocier l'accord avec le FMI et veut mettre fin aux politiques d'austérité du gouvernement actuel (6) », notamment la réforme du marché du travail (7).

Ainsi, sans imposer une décote aux investisseurs, mais en baissant les taux d'intérêt et en contrôlant transitoirement les changes, l'Argentine pourrait gagner du temps pour d'abord faire croître son économie et ensuite rembourser ses créanciers. Afin d'y arriver, Fernandez propose également de stimuler les exportations et la consommation en Argentine (8). Au-delà de la dette, le politicien de centre gauche « prône l'éducation publique, le soutien aux PME et le rétablissement de la stabilité financière de l'Argentine (9) ».

Proche de Kirchner… et de la victoire

Fernandez et Cristina Kirchner se connaissent depuis plus de deux décennies (10). Néanmoins, leur relation n'a pas toujours été au beau fixe. En témoigne la rapide démission de Fernandez à titre de chef de gouvernement une fois Cristina Kirchner élue à la présidence. Après avoir servi pendant cinq ans à ce poste pour le mari de cette dernière, l'actuel candidat à la présidence démissionne avec fracas en raison de conflits croissants l'opposant au couple présidentiel ainsi qu'à leurs plus fidèles ministres. Fernandez plaide alors publiquement pour un renouveau au sein du gouvernement kirchnériste (11).

Dans les années qui suivent, il se fait également très critique envers Cristina Kirchner en matière de gouvernance et d'économie, en plus de tisser des liens avec des factions péronistes réfractaires à celle-ci (12). Après 10 ans d'exil hors du mouvement kirchnériste à cause de divergences d'opinions, Fernandez revient aux côtés de Cristina Kirchner à titre de principal négociateur politique. Il veut séduire l'aile plus modérée des péronistes, pour finalement se présenter à ses côtés à la présidentielle (13).

Le ticket Fernandez-Kirchner est en position de battre Macri (14). Effectivement, la toujours très populaire Cristina Kirchner dominait les sondages à la présidentielle avant de briguer la vice-présidence et Fernandez a prouvé être encore plus rassembleur qu'elle (15). À cela s'ajoute le fait que la cote de popularité de Macri est en chute libre depuis son élection, particulièrement depuis le début de la crise socioéconomique en Argentine (16). Les astres semblent ainsi alignés pour que Fernandez puisse ravir la présidence à Macri afin de renverser ses politiques économiques (17).

Reste maintenant à savoir si les nombreux procès pour corruption contre Cristina Kirchner brouilleront la conjoncture politique favorable à Fernandez ou (18), du moins, forceront la tenue d'un deuxième tour en vue de déterminer un vainqueur à la présidentielle.




Références:

(1) Gillespie, Patrick, Jorgelina do Rosario et Ryan Best, « Everything You Need to Know About Argentina's Election », Bloomberg, 7 août 2019, URL https://www.bloomberg.com/graphics/2019-argentina-... consulté le 26/09/2019

(2) Agence France-Presse, « Présidentielle en Argentine : Kirchner se met en retrait, à trois jours de son procès », Radio-Canada, 18 mai 2019, URL https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1170631/presi... consulté le 26/09/2019

(3) Gillespie, Patrick, Jorgelina do Rosario et Ryan Best, op. cit.

Grandadam, Sabine, « Alberto Fernández, candidat malgré lui à la présidentielle en Argentine », Courrier international, 12 août 2019, URL https://www.courrierinternational.com/article/pers... consulté le 26/09/2019

(4) Grandadam, Sabine, op. cit.

(5) Gillespie, Patrick et Jorgelina Do Rosario, « Argentina's Fernandez Hints at Uruguay-Style Debt Solution », Bloomberg, 26 septembre 2019, URL https://www.bloomberg.com/news/articles/2019-09-26... consulté le 26/09/2019

(6) Villiers-Moriamé, Aude, « L'Argentine se prépare aux primaires avant les élections générales », Radio France internationale, 9 août 2019, URL http://www.rfi.fr/ameriques/20190809-argentine-pri... consulté le 26/09/2019

(7) Grandadam, Sabine, op. cit.

(8) Gillespie, Patrick et Jorgelina Do Rosario, op. cit.

(9) Grandadam, Sabine, op. cit.

(10) Raszewski, Eliana et Nicolás Misculin, « Argentine political fixer emerges from shadows to mount surprise presidential bid », The Guardian, 19 mai 2019, URL https://www.theguardian.pe.ca/news/world/argentine... consulté le 26/09/2019

(11) Le Devoir, « L'espoir d'un changement de cap – Argentine : Kirchner nomme un nouveau premier ministre », 25 juillet 2008, URL https://www.ledevoir.com/monde/ameriques/199103/l-... consulté le 26/09/2019

(12) Agence France-Presse, « Argentine – Les limites du modèle kirchnérien », Le Devoir, 25 octobre 2011, URL https://www.ledevoir.com/economie/334390/argentine... consulté le 26/09/2019 ; Raszewski, Eliana et Nicolás Misculin, op. cit.

(13) Grandadam, Sabine, op. cit. ; Raszewski, Eliana et Nicolás Misculin, op. cit.

(14) Gillespie, Patrick, Jorgelina do Rosario et Ryan Best, op. cit.

(15) Raszewski, Eliana et Nicolás Misculin, op. cit.

(16) Villiers-Moriamé, Aude, op. cit.

(17) Gillespie, Patrick, Jorgelina do Rosario et Ryan Best, op. cit.

(18) Agence France-Presse, « Argentine : l'ex-présidente Kirchner jugée une première fois pour corruption », Radio-Canada, 21 mai 2019, URL https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1171019/argen... consulté le 26/09/2019

- N.D.L.R. : Prière de noter qu'afin d'alléger la lecture de ce texte, le genre masculin y est généralement employé, et ce, sans aucune discrimination.

Dernière modification: 2019-10-07 12:44:50

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