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29 septembre 2020

Élections au Kirghizstan : la résilience d'une démocratie nouvelle


Jordan Blouin
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

octobre
2020
Annulation des résultats des élections législatives au Kirghizstan

juin
2010
Tenue d'un référendum au Kirghizstan

décembre
1991
Création de la Communauté des États indépendants

Le Kirghizstan, pays d'Asie centrale partageant ses frontières avec la Chine, le Kazakhstan, l'Ouzbékistan et le Tadjikistan, tiendra de nouvelles élections législatives le 4 octobre 2020. Les 120 sièges du Parlement seront en jeu, afin de former un nouveau gouvernement dans un pays qui cherche une certaine forme de stabilité, après avoir vu six premiers ministres se succéder au cours des cinq dernières années.

Un nouvel équilibre des pouvoirs

Le Kirghizstan est un État unitaire dans lequel le gouvernement central détient l'ensemble des pouvoirs constitutionnels. Sa forme est semi-présidentielle, le président et le Parlement se partagent donc les pouvoirs (1).

Élu aux six ans à la suite d'une élection au suffrage universel, le président est le chef de l'État. Il représente la branche exécutive du gouvernement, en charge de l'application des lois votées au Parlement. Il veille à l'application des lois, en plus de nommer le procureur général, le directeur de la Banque nationale et celui de la Chambre de commerce. Son plus grand rôle est cependant de représenter le Kirghizstan à l'international, en plus de négocier et signer les traités internationaux (2).

Le Parlement est composé de 120 députés, élus pour cinq ans. Aucun parti ne peut cependant occuper plus de 65 sièges. Le Parlement a comme principal mandat d'adopter les lois (3). Un premier ministre est choisi parmi les députés par le parti majoritaire ou la coalition de partis au pouvoir. Il agit comme chef du gouvernement, ayant un rôle à la fois législatif et exécutif (4). Depuis le référendum de 2016, ses rôles se sont accrus. Il a maintenant le pouvoir de nommer de hauts fonctionnaires en plus de remanier les membres du cabinet, sans devoir obtenir l'approbation du président, le tout en conservant ses pouvoirs législatifs (5).

Des partis politiques en changement depuis 2015

Lors des dernières élections législatives en 2015, aucun parti n'a obtenu une majorité de sièges au Parlement. L'activité gouvernementale est donc présentement dirigée par une coalition. Celle-ci regroupe quatre partis politiques. Le Parti social-démocrate (SDPK) a eu le plus grand nombre de sièges, totalisant 38. Il a été joint dans une coalition par les partis Kirghizstan, Onuguu-Progress et Ata-Meken. Ensemble ils comptent 80 sièges, ce qui représente une coalition forte (6). La situation de ces partis est cependant très différente d'il y a cinq ans.

D'abord, le SDPK, d'où provient le premier ministre actuel, ne présentera aucun candidat aux prochaines élections. D'importants conflits internes ont mené à l'effondrement du parti. On assistera plutôt à l'apparition d'un nouveau parti, les sociaux-démocrates (SDK), sous la gouverne du fils de l'ancien président Almazbek Atambayev (7).

Le Parti Kirghizstan, formation nationaliste prônant une économie verte, sera également de la course (8), tout comme le parti Ata-Meken. Ce dernier, l'un des partis les plus anciens avec le SDPK, fait la promotion d'idées sociales-démocrates. Il défend par-dessus tout une série de réformes démocratiques, économiques et sociales à travers les diverses institutions de l'État (9).

Le dernier membre de la coalition, le parti Onuguu-Progress, ne participera pas aux prochaines élections, n'ayant pas soumis à temps les documents nécessaires pour faire partie du bulletin de vote. Ce parti, qui représente la minorité ouzbek du sud du Kirghizstan, détenait 13 sièges au Parlement (10). Son absence ouvrira sans aucun doute la porte à de nouveaux partis régionaux, voulant profiter de cet électorat particulier.

Du côté de l'opposition, deux partis ayant obtenu des sièges se représentent aux prochaines élections. Le premier est le parti Bir Bol, qui vise une importante réforme de l'administration publique et du fonctionnement de l'État. Le second, le parti Republiska, favorable au libéralisme économique, se présente seul aux prochaines élections, après s'être dissocié du parti Ata-Zhurt, avec lequel il a remporté 28 sièges lors des élections de 2015 (11).

Les élections de 2020 verront donc l'émergence de nombreux nouveaux partis. Parmi ceux-ci se trouvent le parti Birimdik et le Parti libéral démocratique du Kirghizstan, d'anciens partis revigorés par l'arrivée de figures politiques importantes (12).

L'instabilité et la COVID-19 au cœur de la campagne électorale

Le Kirghizstan est décrit comme un « îlot de démocratie » dans une mer de régimes autoritaires. Les élections d'octobre 2020 seront de nouveau un défi afin de conserver une démocratie vivante dans ce pays.

Le Kirghizstan doit composer depuis son indépendance avec une instabilité gouvernementale importante. Les dernières années n'ont pas fait exception. Six premiers ministres se sont succédé depuis les dernières élections, il y a à peine cinq ans. Ce sont 31 premiers ministres qui ont été en fonction depuis l'indépendance du pays en 1991. Mettre fin à cette instabilité est certainement l'un des enjeux les plus importants de la présente campagne.

La gestion de la pandémie de la COVID-19 sera aussi un enjeu important lors des élections. Le Kirghizstan étant le pays d'Asie centrale le plus durement frappé par le virus, l'incapacité du gouvernement à faire face à ce défi a été fortement critiquée par la population. La pandémie a causé une crise importante au Kirghizstan, mettant en évidence la fragilité de l'État, de l'administration, du gouvernement et même de l'économie du pays. Certains craignent même que cette crise ne force le pays à retourner à un rôle de satellite russe, et donc saperait tous les efforts réalisés depuis l'obtention de l'indépendance en 1991 (13).

Moins d'un mois avant les élections, il est toujours impossible de prévoir l'issue du scrutin. Dans un sondage national publié au début du mois de septembre par l'International Republican Institute (IRI), plus de la moitié des répondants se disent indécis. Aucun parti ne reçoit plus de 15 % des votes parmi les répondants ayant déjà fait leur choix. Avec plus de 75 % des répondants prévoyant voter lors des prochaines élections, aucun parti ne peut se considérer comme favori (14).

La situation peut sembler incertaine pour le Kirghizstan, mais les intentions de vote élevées parmi la population démontrent le désir de celle-ci de contribuer à maintenir une démocratie vivante, chose primordiale dans une région du monde où les régimes autoritaires sont la norme.




Références:

(1) Encyclopedia Britannica, Kyrgyzstan : Administration and social conditions, 10 septembre 2020, URL https://www.britannica.com/place/Kyrgyzstan/Admini... consulté le 28/09/2020

(2) Office of the President, President of the Kyrgyz Republic, URL http://www.president.kg/ru/prezident/prezident_kyr... consulté le 28/09/2020

(3) Inter-parliamentary Union, Jogorku Kenesh (Supreme Council), 20 juillet 2020, URL http://archive.ipu.org/parline-e/reports/2174_B.htm, consulté le 28/09/2020

(4) Encyclopedia Britannica, op. cit.

(5) ABDURASULOV, Abdujalil, « Kyrgyzstan referendum: What do the reforms mean? », BBC News, 12 décembre 2016, URL https://www.bbc.com/news/world-asia-38289859, consulté le 1/10/2020

(6) PUTZ, Catherine, « Which parties joined the Kyrgyz majority coalition? », The Diplomat, 3 novembre 2015, URL https://thediplomat.com/2015/11/which-parties-join... consulté le 1/10/2020

(7) PUTZ, Catherine, « After another reversal, 16 parties set to stand in Kyrgyzstan's parliamentary election », The Diplomat, 10 septembre 2020, URL https://thediplomat.com/2020/09/after-another-reve... consulté le 2/10/2020

(8) Central Commission for Elections and Referenda of the Kyrgyz Republic, Program of the political party "Kyrgyzstan", URL https://talapker.shailoo.gov.kg/ru/party/21/program, consulté le 28/09/2020

(9) Central Commission for Elections and Referenda of the Kyrgyz Republic, "ATA MEKEN" pre-election program "ZHANY DEM", URL https://talapker.shailoo.gov.kg/ru/party/4/program, consulté le 28/09/2020

(10) PANNIER, Bruce, « No coronavirus postponement and no front-runners so far in Kyrgyz elections », Radio Free Europe, 7 août 2020, URL https://www.rferl.org/a/no-coronavirus-postponemen... consulté le 2/10/2020

(11) PUTZ, Catherine, « After another reversal, 16 parties set to stand in Kyrgyzstan's parliamentary election », op. cit.

(12) WOOD, Colleen, « Kyrgyzstan's parliamentary polls: An open field », The Diplomat, 25 février 2020, URL https://thediplomat.com/2020/02/kyrgyzstans-parlia... consulté le 1/10/2020

(13) NOGOIBAEVA, Elmira, « 2020 Parliamentary elections in Kyrgyzstan: Scene and developments », Central Asian Bureau for Analytical Reporting, 11 septembre 2020, URL https://cabar.asia/en/2020-parliamentary-elections... consulté le 28/09/2020

(14) International Republican Institute, Kyrgyzstan polls suggests high voter intent ahead of parliamentary elections, 1er septembre 2020, URL https://www.iri.org/resource/kyrgyzstan-poll-sugge... consulté le 28/09/2020

Dernière modification: 2020-10-05 12:29:44

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
Élections au Kirghizstan : la résilience d'une démocratie nouvelle
>septembre 2020


Kirghizistan : une transition économique difficile
>septembre 2018


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