29 septembre 2020 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Valeurs     Jeux   

27 juillet 2020

La perte du leadership moral américain


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

mai
2020
Premier vol spatial habité pour l’entreprise américaine SpaceX

mai
2020
Mort violente de George Floyd et émeutes aux États-Unis

mars
2020
Dévoilement d’un plan de stimulation économique de 2 trillions de dollars aux États-Unis

février
2020
Accord de paix conditionnel en Afghanistan entre les États-Unis et les talibans

janvier
2020
Annonce d’un plan de paix des États-Unis dans le différend israélo-palestinien

janvier
2020
Accord commercial préliminaire entre les États-Unis et la Chine

janvier
2020
Assassinat du général iranien Qassem Soleimani

décembre
2019
Vote de la Chambre des représentants pour la destitution du président des États-Unis

novembre
2018
Élections de mi-mandat aux États-Unis

juillet
2018
Rencontre à Helsinki entre le président des États-Unis, Donald Trump, et le président russe Vladimir Poutine

juin
2018
Tenue d’un sommet entre le président américain Donald Trump et le leader nord-coréen Kim Jong-un

mars
2018
Intensification d’une guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine

décembre
2017
Annonce du président américain Donald Trump sur Jérusalem

septembre
2017
Ouragans sur les Caraïbes

août
2017
Déferlement des ouragans Harvey et Irma sur le sud des États-Unis

janvier
2017
Adoption d’un décret exécutif sur l’immigration aux États-Unis

janvier
2017
Assermentation de Donald Trump à la présidence des États-Unis

novembre
2016
Élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis

septembre
2016
Apparition de l'ouragan Matthew

Pendant toute sa carrière comme homme d'affaires, Donald Trump a constamment violé avec impunité les contrats qu'il avait signés. Aussi, il ne voit pas de problème à faire de même comme président des États-Unis. En conséquence, il a désavoué ou abrogé sans vergogne les accords et les traités signés par ses prédécesseurs, traités parfois vieux de plusieurs décennies. Il est incapable de comprendre le tort irrémédiable qu'il inflige ainsi à la réputation internationale des États-Unis.

Dans un sondage du printemps 2020 effectué dans 36 pays auprès de plus de 20 000 individus, les États-Unis obtiennent une faible note de 16,3 %, se classant 24 e sur une liste de 73 pays. En comparaison, le Canada obtient la note parfaite de 100 %. Même la Grande-Bretagne obtient 65 %. Ce sondage indique le peu de confiance que le reste du monde a dans les États-Unis sous la gouvernance de Trump.

Ce sondage reflète non seulement l'érosion massive de l'autorité morale du président américain dans le monde, mais aussi l'érosion de la réputation morale des États-Unis. Or, l'autorité morale est un élément fondamental justifiant la légitimité du pouvoir. Sans disposer d'une autorité morale, la puissance économique et militaire devient vite une coquille vide. Lorsque les gens perçoivent que l'autorité en place a perdu sa légitimité, c'est alors que les révolutions surviennent.

Pour exiger un pouvoir de leadership mondial, le chef d'État doit disposer d'une autorité morale. Sa réputation doit être moralement bien assise. Le reste du monde doit lui faire confiance. Il doit fonctionner selon des règles bien établies. Sans cela, même ses amis cesseront de croire en lui. Le pouvoir brut d'un pays, aussi puissant soit-il, s'érode rapidement sans légitimité morale. Par exemple, l'Empire soviétique a duré à peine 70 ans.

Au cours des 70 dernières années, les États-Unis ont commis certains faux pas comme la destitution de Mossadegh, premier ministre iranien, en 1953, l'invasion ratée de la baie des Cochons en 1961, la guerre du Vietnam en 1965 et la guerre en Irak en 2003. Néanmoins, ils furent capables de conserver leur autorité et leur leadership moral dans le monde. Ils restaient une nation indispensable.

La rapidité avec laquelle Donald Trump a érodé l'autorité et la légitimité des États-Unis dans le monde est tout simplement ahurissante. Son inconscience, son impétuosité et son insouciance sont à en couper le souffle. La confiance des alliés et des amis traditionnels des Américains a atteint un bas historique, alors que Trump ridiculise leurs dirigeants ou les insulte grossièrement. Ce faisant, il menace la stabilité et la sécurité mondiales.

Or, avec sa politique isolationniste, les alliés et les amis traditionnels des Américains se retrouvent dans l'incertitude. Ils découvrent qu'ils ne peuvent plus compter sur les États-Unis, que les accords, les arrangements et les traités passés n'ont plus de valeur pour un président américain qui ne respecte même pas les règles de base régissant l'ordre international. Ils craignent, à juste titre, un retour du nationaliste exacerbé et de la loi de la jungle.

Sous Trump, le paradoxe découle du fait que les États-Unis demeurent une très grande puissance militaire et économique, mais elle a perdu son autorité morale. Et ironiquement, cette perte n'est pas survenue à cause d'une féroce compétition. L'Amérique l'a perdue tout simplement parce que c'est elle qui a abandonné son leadership mondial.

Depuis 75 ans, le monde était habitué à regarder vers Washington en cas de crise. C'est là que l'on retrouvait des leaders qui avaient de la confiance, de l'énergie et une vision, et qui étaient disposés à relever le défi d'une nouvelle crise. Mais ce n'est pas ce qui s'est produit avec l'éclosion de la pandémie du coronavirus. Le monde a assisté à une scène pitoyable où un président américain fait l'autruche.

Pendant plusieurs mois avant cette éclosion, Trump fut avisé des dangers d'une pandémie. Plus encore, son prédécesseur avait préparé l'administration américaine à confronter une telle éventualité. Mais Trump rejeta tous ces avertissements. La menace d'une pandémie n'était selon ses propres dires qu'un canular inventé par les démocrates. En conséquence, sa réponse fut à la fois complètement inadéquate et terriblement irresponsable.

Toutefois, l'attitude égocentrique, le comportement erratique, l'ineptie et la malhonnêteté de Trump allèrent plus loin dans sa gestion de la pandémie. Non seulement il accusa faussement son prédécesseur d'être responsable de la lenteur de la réaction américaine à la pandémie, mais encore son administration fut responsable du détournement vers les États-Unis de 200 000 masques destinés à l'Allemagne. Plus personne ne peut faire confiance à Trump. Dans cet incident, la chancelière allemande refusa de donner le bénéfice du doute au président américain. Ainsi, en pleine crise mondiale, le président avait recours à des tactiques dignes de l'époque du Far-West.

Plus encore. Trump poussa l'insolence jusqu'à essayer d'acquérir les droits de monopole exclusifs sur un vaccin en cours de développement en Allemagne. Cette attitude outrageante scandalisa encore davantage les Européens qui avaient déjà été choqués en février par son annonce sans consultation et sans fournir de justification scientifique pour interdire aux citoyens de l'Union européenne l'entrée aux États-Unis.

Entre-temps, les conférences de presse quotidiennes de Trump sur la pandémie furent tellement surréalistes qu'elles sapèrent chez les Européens le peu de respect que ces derniers avaient encore pour le leadership américain. Ces derniers furent renversés de voir le président mentir jour après jour à la télé, contredire les experts scientifiques, véhiculer de fausses informations et parier sur des intuitions farfelues.

Pour les observateurs extérieurs, la débâcle du leadership américain est totale. Au lieu de prendre le leadership dans cette grave crise, Trump demanda aux alliés européens et aux Sud-Coréens d'être complices pour salir la réputation de l'OMS. L'incompétence américaine atteignit ainsi son comble. Loin d'exercer un leadership moral, Trump montra son caractère amoral dans son entièreté. Toutefois, ce sont les Américains qui sont devenus à la fin ses plus grandes victimes.



Dernière modification: 2020-08-11 13:28:26

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.

Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019