29 novembre 2020 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Valeurs     Jeux   

3 novembre 2020

Bolivie : un parti socialiste à tendance hégémonique?


Cynthia St-Arnaud Dionne
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

novembre
2019
Démission du président bolivien Evo Morales

décembre
2005
Élection d'Evo Morales à la présidence de la Bolivie

juillet
2004
Référendum sur la gestion des hydrocarbures en Bolivie

octobre
1982
Accession de Hernan Siles Zuazo à la présidence de la Bolivie

août
1980
Signature du traité de Montevideo entre les pays de l'Alalc

juillet
1978
Renversement du gouvernement de Hugo Banzer en Bolivie

novembre
1975
Déclenchement de l'opération Condor

août
1971
Coup d'État contre le président Jose Torres en Bolivie

mai
1969
Création du Pacte andin

avril
1969
Décès du président bolivien René Barrientos Ortuño

octobre
1967
Exécution d'Ernesto «Che» Guevara

février
1960
Signature du traité de Montevideo créant l'Association de libre-échange de l'Amérique latine

décembre
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

avril
1952
Accession de Victor Paz Estenssoro à la présidence de la Bolivie

mars
1948
Création de l'Organisation des États américains

septembre
1947
Signature du Traité interaméricain d'assistance réciproque à Rio de Janeiro

juillet
1946
Renversement du président bolivien Gualberto Villarroel

Pour comprendre la montée de l'extrême droite bolivarienne, nous devons comprendre ce qui s'est passé avec l'ancien président socialiste Evo Morales. La crise sociale et politique que la Bolivie vit actuellement a commencé en octobre 2016, après la publication des résultats des élections lors desquelles Morales briguait un 3e mandat (1). Malgré le fait que celui-ci ait perdu, il a refusé les résultats en disant qu'il avait été piégé par ses adversaires. La Cour constitutionnelle en 2017 a alors annulé le référendum, donnant ainsi à Morales un 3e mandat (2).

C'est à la suite de ces évènements que Morales a perdu de la crédibilité et le soutien d'une partie de sa base électorale. Par ailleurs, son opposition en a profité pour critgiquer Morales en le qualifiant de « Dictateur qui s'accroche au pouvoir (3) ».

C'est dans ce contexte que l'élection présidentielle de 2019 a eu lieu. L'extrême droite disant que l'enjeu principal n'était plus de battre un opposant, mais bien de sortir un tyran du pouvoir (4). Ce qui a fait en sorte que lorsque Morales a été réélu le 20 octobre 2019, l'opposition, qui dénonçait le président bolivarien pour des actes de fraude et de corruption, disait avoir la preuve que les élections confirmaient ses dires. Morales a dû s'exiler. La Bolivie a fini par être gouvernée par une sénatrice ultrafondamentaliste Jeanine Anez Chavez, qui s'est autoproclamée présidente par intérim (5).

Des résultats faisant la différence?

Si l'année 2019 a été marqué par la controverse politique en Bolivie, les élections du 20 octobre 2020 ont été vécues avec appréhension par de nombreux Bolivariens. En effet, les trois partis les plus importants ayant des candidats à la présidentielle étaient le Mouvement vers le socialisme (MAS), destitué en 2019, le centre droit ainsi que l'extrême droite (6). Le MAS, s'est présenté dans la course présidentielle avec un nouveau chef de file, Luis Arce (7). Cet ancien ministre de l'Économie s'est présenté sous la bannière du MAS avec des intentions de vote allant de 30 à 35 % des voix (8).

Pour sa part, le candidat de centre droit Carlos Mesa était perçu comme pouvant apaiser le pays profondément divisé. Il avait des intentions de vote de 26,2 % (9). Tandis que l'opposant anti-Morales, l'avocat ultraconservateur Luis Fernando Camacho, suivait avec des intentions de 14 % (10). En dernier lieu, se trouvait la présidente par intérim Jeanine Anez Chavez avec un suffrage de moins de 10 %, avant qu'elle abandonne la campagne en septembre dernier (11).

Pour être élu au premier tour, le candidat gagnant doit obtenir plus de 40 % des suffrages ou avoir une avance de 10 points sur son adversaire (12). De plus, cette avance d'Arce a suscité la crainte d'une partie de la population bolivarienne. Lorsque celui-ci a remporté l'élection (13), elle craignait que les « cartels du mensonge » à l'œuvre sous Morales reviennent. C'est-à-dire que comme sous l'ancien président exilé, on craint que des campagnes de censures et de discrédit d'acteurs influents refassent surface (14). Ce qui fait en sorte que depuis l'élection du président Luis Arce, certains journalistes envisagent de quitter le pays (15).

Un parti dominant Le retour du MAS au pouvoir à la suite d'une brève interruption d'un an est dû à plusieurs facteurs. Les forces politiques bolivariennes tendent à les définir comme le retour de la démocratie en Bolivie par le retour des politiques de réduction des inégalités sociales et une nouvelle ère de prospérité économique dans un pays en situation d'instabilité (16).

C'est l'une des principales raisons pour lesquelles le parti est de retour un an après sa destitution. En effet, selon des experts, le Mas est le seul parti bolivarien réellement structuré (17). Contrairement à ses opposants, Arce a utilisé une stratégie correcte en abordant les idées que son parti comptait adopter à la suite des élections. Notamment, Arce et le MAS avaient comme objectif numéro 1 de faire savoir à la population qu'ils comptaient stabiliser la crise économique qui ravage le pays en premier lieu, ainsi que la gestion de la covid-19 et la crise sociale que subit le pays (18). Alors que les autres candidats ont principalement basé leur campagne sur une campagne fort critique de l'ancien régime et sur les moyens pour que celui-ci ne revienne jamais au pouvoir (19).

Ensuite, l'autre facteur ayant favorisé la réélection du MAS lors des législatives est le fait que celui-ci a fait campagne dans les secteurs clés de la Bolivie, dont les secteurs reculés et souvent mis de côté (20). Tandis que les partis de Mesa et Camacho ne sont pas allés chercher des votes dans ces secteurs-là et se sont contentés de leur base électorale (21).

Un populiste de l'extrême droite

Camacho, un entrepreneur de 40 ans et avocat de profession, fait partie du mouvement pro-Santa Cruz depuis 2017 (22). Ce mouvement, dont il est président, rassemble des commerçants et des entrepreneurs issus des classes bourgeoises de la société conservatrice de Santa Cruz de Las Serras, capitale économique de la Bolivie (23).

Dans sa lutte contre le mouvement de l'ancien président Evo Morales, Camacho et son comité civique de la Santa Cruz, parti qui se situe à l'extrême droite avec des idées conservatrices, voire radicales, est l'un des principaux acteurs derrière le départ à l'exil de l'ancien président socialiste. En effet, en 2019 celui-ci a encouragé les citoyens à manifester dans les rues contre la réélection de Morales en l'accusant de corruption et d'être un dictateur avec l'aide et le soutien des États-Unis (24).

En outre, celui-ci a recruté au sein de son parti le comité de l'Union des jeunes Crucenistes. Ce mouvement est qualifié de paramilitaire raciste, ciblant les indigènes (25). De plus, ce conservateur charismatique a su, grâce à son discours religieux, rallier la population de classe moyenne à son parti ainsi que les populations chrétiennes. Camacho est notamment souvent comparé au président brésilien Jair Bolsonaro lorsque l'on parle de l'utilisation du discours religieux de manière à légitimer une position autoritaire (26).

Médiagraphie

(1) LAMBERT Renaud, « En Bolivie, Un coup d'État trop facile », Le Monde diplomatique, Décembre 2019, Page 9, Url : [hyperlien] , consulté le 11/02/2020

(2) Loc.cit.

(3) Loc.cit.

(4) Loc.cit.

(5) Loc.cit.

(6) GOSSELIN Janie, « Élection sur fond de tension en Bolivie », La Presse, 18 octobre 2020, Url : [hyperlien] , consulté le 11/02/2020

(7) Loc.cit.

(8) Loc.cit.

(9) DEGLISE Fabien, « La présidente intérimaire de la Bolivie se retire de la course présidentielle », Le Devoir, 21 septembre 2020, Url : [hyperlien] , consulté le 11/02/2020

(10) Loc.cit.

(11) Loc.cit.

(12) Loc.cit.

(13) RFI, « Bolivie : la victoire de Luis Arce suscite des craintes chez une partie de la population », 21 octobre 2020, Url : [hyperlien] , consulté le 11/02/2020

(14) Loc.cit.

(15) Loc.cit.

(16) CASTANHEIRA Tomas, «The MAS victory in Bolivia and bourgeois nationalism's betrayals in Latin America », International Committee of the Fourth International( ICFI), 27 octobre 2020, Url: [hyperlien] consulté le 11/02/2020

(17) ORTIZ Pablo, et al., « Pourquoi le MAS a-t-il encore gagné? », La Brèche, 22 octobre 2020,Url : [hyperlien] , consulté le 11/02/2020

(18) Loc.cit.

(19) Loc.cit.

(20) Loc.cit.

(21) Loc.cit.

(22) ROUQUETTE Pauline, « Bolivie : Luis Fernando Camacho, l'adversaire radical d'Evo morales » France 24, 11 novembre 2019, Url : [hyperlien] , consulté le 11/02/2020

(23) Loc.cit.

(24) Loc.cit.

(25) Loc.cit.

(26) Loc.cit.



Dernière modification: 2020-11-09 12:26:30

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.

Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019