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15 octobre 2020

La pollution au Chili : une bombe à retardement?


Joanie Crack
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

octobre
2019
Manifestations d’envergure contre le gouvernement au Chili

décembre
2017
Élection de Sebastian Pinera à la présidence du Chili

décembre
2013
Élection de Michelle Bachelet à la présidence du Chili

octobre
2010
Sauvetage de 33 mineurs au Chili

janvier
2010
Élection de Sebastian Pinera à la présidence du Chili

janvier
2006
Élection de Michelle Bachelet à la présidence du Chili

juin
1991
Tenue du Sommet de l'Organisation des États américains à Santiago

octobre
1988
Référendum défavorable au président chilien Augusto Pinochet

août
1980
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septembre
1976
Assassinat de l'ex-ministre chilien Orlando Letelier

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1975
Déclenchement de l'opération Condor

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1974
Assassinat du général chilien Carlos Prats

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1970
Assassinat du général chilien René Schneider

mai
1969
Création du Pacte andin

octobre
1965
Création du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) au Chili

février
1960
Signature du traité de Montevideo créant l'Association de libre-échange de l'Amérique latine

décembre
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

Depuis plusieurs années, le Chili fait parler de lui dans l'actualité internationale en raison de son taux de pollution alarmant. Selon l'Organisation mondiale de la santé, dix millions de Chiliens sont exposés à des particules de pollution PM2,5 qui peuvent rester en suspension dans l'atmosphère pendant plusieurs semaines (1). Celles-ci sont d'ailleurs les plus nocives pour le corps humain et c'est pourquoi plus de 4 000 Chiliens décèdent chaque année d'une exposition chronique à l'air empoisonné (2).

Cette statistique déconcertante entraîne plusieurs vagues de revendications socio-environnementales, qui représentent d'ailleurs la troisième cause de mobilisation au Chili (3). La population demande plus d'efforts pour réduire la pollution de l'air, de l'eau et des sols, mais également pour contrer le développement local et les projets de grande ampleur, comme l'exploitation minière, les centrales au charbon ou les industries agro-forestières. Elle est aussi contre la surexploitation des ressources naturelles qui « participe à endommager la biodiversité et transformer certains espaces au gré de la demande mondiale sur les principales richesses du pays (4) ».

Les habitants de Coyhaique envahis par un nuage toxique

La situation environnementale du Chili s'explique donc par son modèle de développement économique. En effet, celui-ci est basé sur « l'exploitation des sols, des sous-sols et l'exportation des ressources naturelles, notamment minières (5) », ce qui entraîne de lourdes répercussions sur l'environnement et la santé sociale. À cela s'ajoute la combinaison des émissions d'un nombre croissant de véhicules et d'industries et l'utilisation des poêles à bois comme chauffage urbain (6).

À Coyhaique, les conséquences de ce système économique sont fortement ressenties par la population. Étant la ville la plus populeuse de la région d'Aysen, dans le sud du Chili, et considérée comme la plus polluée d'Amérique du Sud (7), celle-ci est entourée de deux chaînes de montagnes qui compressent les nuages de pollution en un bouclier dense qui étouffe les habitants (8).

Selon un professeur assistant du département de géographie à l'Université du Chili, la ville de Coyhaique est confinée dans une zone extrêmement défavorable à une ventilation efficace. Il précise qu'il suffirait d'ajouter de basses températures et du bois de chauffage bon marché au mélange et le problème de pollution ne pourrait pas être résolu sans un effort soutenu et coordonné du gouvernement et de la population (9).

Les impacts sur la santé publique de cette région peuvent être difficilement ignorés. Effectivement, le plus important problème est l'hospitalisation de plusieurs dizaines d'enfants pour des maladies broncho-pulmonaires et respiratoires (10). De plus, la pollution de l'air coûte au secteur de la santé chilien en moyenne 670 millions de dollars par année, selon le Programme des Nations unies pour l'environnement (11). Cette statistique s'explique, entre autres, par plus de 127 000 visites dans les cliniques d'urgence et 4 000 décès prématurés par année, causés par une exposition constante à un taux de pollution trop élevé (12).

Pire que les États-Unis

Afin de situer le taux de pollution du Chili, il est intéressant de le comparer à celui des États-Unis, considéré comme l'un des pays les plus pollués au monde. Selon une étude effectuée en octobre 2020, l'index de pollution des États-Unis atteint 39,03, contre 79,42 au Chili (13). En réponse à ce taux de pollution alarmant, le gouvernement a lancé un programme visant à remplacer plus de 200 000 fours à bois dans les foyers par des méthodes de chauffage plus propres (14). Une taxe qui cible les émissions de gaz à effet de serre a également été imposée en 2014, en plus de mesures favorisant l'importation de véhicules moins polluants.

Cependant, malgré la création du ministère de l'Environnement au Chili en 2010, les responsabilités environnementales restent très dispersées et l'environnement constitue un domaine d'intervention hiérarchiquement inférieur aux autres politiques gouvernementales (15).

Médiagraphie

(1) Ribera, Clara, « Beyond Coyahique's air pollution », Patagon Journal, 23 mai 2016, [hyperlien] consulté le 15 octobre 2020

(2) Loc. cit.

(3) Allain, Mathilde, « Chili, la crise sociale est aussi environnementale », Noria, 18 février 2020, [hyperlien] consulté le 15 octobre 2020

(4) Loc. cit.

(5) Loc. cit.

(6) Velut, Sébastien, Poignant, Alexandra, « Un cycle de politiques environnementales », OpenEdition Journals, 2011, [hyperlien] consulté le 15 octobre 2020

(7) Luna, Patricia, « In Chile, bounded by mountains and smothered by wood smoke », Undark, 12 mai 2018, [hyperlien] consulté le 15 octobre 2020

(8) Velut, Sébastien, Poignant, Alexandra, op. cit.

(9) Bartlett, John, « A city suffocating : Most polluted city in Americas struggles to change », The Guardian, 17 juillet 2019, [hyperlien] consulté le 15 octobre 2020

(10) Luna, Patricia, op. cit.

(11) Loc. cit.

(12) Loc. cit.

(13) Numbeo, « Pollution comparison between United States and Chile », octobre 2020, [hyperlien] consulté le 15 octobre 2020

(14) Luna, Patricia, op. cit.

(15) Velut, Sébastien, Poignant, Alexandra, op. cit.



Dernière modification: 2020-10-26 15:42:32

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.

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