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18 février 2020

Le Mozambique : un pays inféodé à ses ressources naturelles


Pamela Moya Carrera
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

mars
2019
Passage du cyclone tropical Idai sur le Mozambique

octobre
1994
Élection de Joachim Chissano à la présidence du Mozambique

octobre
1992
Signature d'une entente mettant fin à la guerre civile au Mozambique

octobre
1986
Décès du président mozambicain Samora Moisés Machel dans un crash d'avion

juin
1975
Proclamation d'indépendance de la République populaire du Mozambique

Le Mozambique a été pendant longtemps l'un des États les plus endettés de l'Afrique australe. Cela pourrait être expliqué par une histoire tourmentée, caractérisée, entre autres, par une longue lutte pour l'indépendance du pays. Une forte dépendance à l'aide internationale n'aide pas non plus la nation à prendre en main son développement économique. Or, l'exploitation des ressources naturelles et la découverte inattendue de nouveaux gisements de gaz semblent donner de l'espoir à ses dirigeants.

Mines, gaz et aluminium : l'évolution d'une économie primaire

Le Mozambique a, comme la plupart des États africains, traversé plusieurs périodes de développement économique dans son histoire. Il s'agit d'un développement difficile, marqué par l'héritage de l'exploitation coloniale. Dès la fin du XIXe siècle, le Mozambique a dû intégrer l'économie sous-régionale, dominée par l'industrie minière en Afrique du Sud (1). La nature de l'économie actuelle mozambiquienne s'annonçait déjà. En effet, le Mozambique se caractérise par un secteur économique axé principalement sur l'exploitation de matières premières.

De 1940 jusqu'à l'indépendance, en 1975, cette nation développe une industrie de substitution des importations basée sur la production des biens intermédiaires (2). Or, l'industrie naissante après 1975 a été sévèrement affectée par les conflits avec l'Afrique du Sud et par la guerre civile. À partir de 1992, date à laquelle furent signés les Accords de paix, le Mozambique est dominé par l'exportation de produits tels que l'aluminium, le gaz et les mines (3). En 2007, le gaz naturel et l'aluminium faisaient partie des produits les plus importants pour l'économie mozambiquienne, ce qui détermine la montée en importance de l'industrie des hydrocarbures (4).

L'année 2012 est aussi déterminante pour l'industrie du Mozambique, et ce, puisque des compagnies étrangères ont découvert d'importantes ressources dans le sous-sol du territoire. En effet, la compagnie italienne ENI et la compagnie étatsunienne Anadarko ont retrouvé des gisements considérables de charbon et de gaz dans l'extrême nord du pays : il s'agit de 2000 milliards de mètres cubes de gaz (5).

Depuis cette découverte, des investisseurs de tous les horizons s'y intéressent. Que ce soit des compagnies étatsuniennes, italiennes, portugaises, ou espagnoles, les investisseurs voulant séduire le gouvernement n'ont pas manqué (6). Ayant un produit intérieur brut (PIB) de 14,7 milliards de dollars (2018), le Mozambique est invité à fournir des efforts afin de mettre en place des infrastructures pour les projets gaziers (7). À cet égard, la Banque mondiale estimait le coût de ces projets en 2012 à 70 milliards de dollars (8).

Ainsi, les investissements pour ce secteur n'ont pas cessé. À titre d'exemple, la compagnie d'hydrocarbures ExxonMobil a annoncé en 2019 qu'elle investirait plus de 500 millions de dollars pour la phase initiale de la construction d'un mégaprojet de gaz naturel liquéfié (GNL) au Mozambique (9). Il s'agit d'un projet réalisé en partenariat avec ENI, dont le coût est estimé entre 27 et 33 milliards de dollars (10). Total, une autre compagnie se trouvant sur le terrain, s'est aussi engagée dans l'exploitation du GNL (11).

Pour les experts, tous ces projets confirment le décollage économique du Mozambique. En effet, selon le Fonds monétaire international (FMI), grâce aux réserves de gaz, l'économie de cet État pourrait atteindre une croissance économique de 24 % par an, entre 2021 et 2025 (12). Cela aurait pour effet de faire entrer ce pays dans la catégorie de ceux à revenus intermédiaires (13). Ainsi, ces exploitations feraient du Mozambique le plus grand exportateur africain de GNL (14).

De grands espoirs basés sur l'exploitation du gaz

L'État se compromet envers ces mégaprojets, en raison des perspectives de développement. Par exemple, le gouvernement annonçait en 2017 la création d'un « fonds souverain » financé exclusivement avec les recettes fiscales provenant de l'exploitation des ressources naturelles (15).

Pour Global Data, une société britannique d'analyse des données énergétiques, l'exploitation de gaz deviendra une source significative d'emplois pour la population. D'après elle, « […] les installations initiales [de production de GNL] devraient entraîner la création de près de 20 000 emplois directs (16) ». Ces projets pourraient avoir une incidence positive sur le taux d'emploi (76 % en 2015) (17). Cependant, les emplois dans ce secteur ne permettent pas d'effectuer une projection de diminution de l'emploi précaire qui est de 86,7 % (18).

En outre, la Banque mondiale explique que la croissance économique sera de 4,3 % d'ici 2021 (19). Ce chiffre coïncide avec les estimations du Fonds monétaire international. Cette institution croit aussi que la production de GNL aura atteint son plus haut niveau en 2028, amenant la croissance réelle du PIB à se fixer entre 3 et 4 %. (20). Le Mozambique souhaite que ces estimations se réalisent, puisque cela affecterait favorablement sa croissance : en 2019, celle-ci fut de 2,1 % (21).

Des secteurs moins développés

L'économie du Mozambique est aussi basée sur d'autres secteurs, mais le secteur agricole et celui des services se démarquent. Le secteur des services constitue 53 % du PIB (22). En 2015, l'agriculture comptait pour 25 %, ce qui représente une réduction par rapport aux années 1980, lorsque ce secteur comptait pour 50 %. Cependant, le secteur agricole emploie environ 80 % de la main-d'œuvre (23).

Bien que l'industrie gazifière puisse avoir le potentiel d'amoindrir la pauvreté au Mozambique, celle-ci n'est pas sans danger. À cet égard, il est évident que le gouvernement mozambiquien mise tous ses efforts sur les ressources naturelles, ce qui peut s'avérer problématique. En effet, l'État s'est endetté pour financer la construction des infrastructures nécessaires pour l'industrie gazière : routes, chemins de fer et pipelines (24). Or, force est de constater que ces investissements n'aident pas à diversifier l'économie. À ce sujet, l'économiste mozambiquien Castel-Branco s'inquiète des dangers de cette dette, puisqu'il n'est pas possible de prévoir la durabilité de l'exploitation gazière. Il explique aussi que la dette contractée ne prévoit pas les chutes du marché, ce qui risque de laisser le Mozambique sans autres options économiques (25).




Références:

(1) AVILA, Juan, DÉVELOPPEMENT ET LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ - Le cas du Mozambique, Paris, L'Harmattan, 2012, Études africaines, 47.

(2) ibid, p. 48.

(3) Loc. cit.

(4) ibid, p. 49.

(5) England, Andrew, « Mozambique : un sous-sol qui vaut de l'or », Jeune Afrique, 2 avril 2012, URL https://www.jeuneafrique.com/142201/archives-thema... , consulté le 16/02/2020

(6) Monnet, Théau, « Gaz naturel : l'Afrique pourrait fournir 20 % des besoins mondiaux d'ici 2025 », Jeune Afrique, 2 décembre 2019, URL https://www.jeuneafrique.com/863516/economie/gaz-n... consulté le 16/02/2020

(7) The World Bank, « The World Bank in Mozambique: Overview », 30 septembre 2019, URL https://www.worldbank.org/en/country/mozambique/overview, consulté le 16/02/2020

(8) Jeune Afrique, « Gaz : ExxonMobil investit 500 millions de dollars au Mozambique, jusqu'à 33 milliards en vue à terme », 7 octobre 2019, URL https://www.jeuneafrique.com/839773/economie/33-mi... consulté le 16/02/2020

(9) loc. cit.

(10) loc. cit.

(11) Ecofin hebdo, « Les futurs grands eldorados africains du gaz (3e partie) : le Mozambique se prépare à décoller », 3 décembre 2019, URL https://www.agenceecofin.com/hydrocarbures/0312-71... consulté le 16/02/2020

(12) loc. cit.

(13) loc.cit.

(14) loc. cit.

(15) Africa News, « Le Mozambique se lance dans l'exploitation de ses ressources naturelles », 22 août 2017, URL https://fr.africanews.com/2017/08/22/le-mozambique... consulté le 16/02/2020

(16) Ecofin hebdo, op. cit.

(17) Données de la Banque mondiale, URL https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/SL.E... consulté le 20/02/2020

(18) Données de la Banque mondiale, URL https://data.worldbank.org/indicator/SL.ISV.IFRM.Z... consulté le 20/02/2020

(19) The World Bank, op. cit.

(20) Ecofin hebdo, op. cit.

(21) Données de la Banque mondiale, op. cit.

(22) Économies africaines, « Le secteur des services au Mozambique », 23 mai 2017, URL http://www.economiesafricaines.com/les-territoires... consulté le 16/02/2020

(23) loc. cit.

(24) Brangeon, Alexandra, Radio France internationale, « Mozambique: le boom économique porté par les ressources naturelles », 20 octobre 2015, URL http://www.rfi.fr/fr/emission/20141020-mozambique-... consulté le 16/02/2020

(25) Brangeon, Alexandra, op. cit.

Dernière modification: 2020-02-24 07:40:46

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