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4 février 2020

La République centrafricaine toujours en proie aux violences


Anne-Aurélie Goulet-Raymond
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

janvier
2014
Démission du président centrafricain Michel Djotodia

mars
2013
Renversement du président François Bozizé en République centrafricaine

mars
2003
Renversement du président centrafricain Ange-Félix Patassé

septembre
1993
Élection d'Ange Félix Patassé à la présidence de la République centrafricaine

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

septembre
1981
Renversement du gouvernement de David Dacko en République centrafricaine

septembre
1979
Renversement de l'empereur centrafricain Jean-Bedel Bokassa 1er

décembre
1977
Couronnement de l'empereur centrafricain Jean-Bédel Bokassa 1er

janvier
1966
Renversement du président David Dacko en République centrafricaine

mai
1963
Signature de la Charte constituant l'Organisation de l'unité africaine

septembre
1961
Création de l'Union africaine et malgache

août
1960
Proclamation de l'indépendance de la République centrafricaine

Le samedi 25 janvier 2020, des violences ont éclaté à Bria, dans l'est de la République centrafricaine, entre les membres d'un groupe de l'ex-Séléka. Elles auraient duré jusqu'au dimanche et seraient en apparence ethniques, faisant au moins 35 morts selon la Croix-Rouge centrafricaine (1). D'ailleurs, la violence n'est pas nouvelle dans ce pays qui est en proie à l'instabilité depuis son indépendance.

Une instabilité persistante

À la suite de son indépendance, en 1960, la République centrafricaine vit au rythme des différents coups d'État, le dernier remontant à 2013 (2). Les conflits, qui étaient d'origine politique au début, sont rapidement devenus religieux. En effet, plus de la moitié de la population du pays est chrétienne, alors que seulement 10 % des habitants sont musulmans, mais les tensions sont palpables entre les deux groupes. Lorsque François Bozizé s'empare du pouvoir en 2003, la corruption et les pressions faites aux musulmans s'intensifient, causant une augmentation des conflits internes (3).

C'est ainsi que le groupe armé Séléka, majoritairement musulman, se forme en 2012 et lance un soulèvement contre le pouvoir central dans le nord du pays (4). Cette coalition rassemble plusieurs groupes politico-militaires dont la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP), l'Union des forces démocratique pour le rassemblement (UFDR), la Convention patriotique pour le salut du Kodro (CPSK) et le Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC) (5). Outre ces groupes, la Séléka est une coalition très hétérogène qui compte dans ses rangs des mercenaires et des coupeurs de routes ainsi que d'anciens rebelles ayant soutenu Bozizé lors de son coup d'État en 2003. Déçus par les promesses non tenues du président, plusieurs d'entre eux ont regagné le nord du pays et ont rejoint d'autres groupes armés avant d'être recrutés dans la Séléka (6).

Une milice d'autodéfense anti-balaka, majoritairement chrétienne, se met rapidement en place afin d'intervenir contre la Séléka, plongeant le pays dans une spirale de violence extrême (7). Ces vagues de violences répétées ont causé la mort de milliers de personnes et fait plus de 600 000 déplacés internes ainsi que 592 000 réfugiés dans les pays voisins (8). Les chiffres sont encore plus significatifs en considérant que le pays compte seulement 5 millions d'habitants.

Politiquement, la situation ne s'améliore pas non plus. Le président François Bozizé est chassé par la coalition rebelle Séléka le 24 mars 2013 et est remplacé par son chef, Michel Djotodia (9). Il instaure un gouvernement de transition, mais est incapable d'enrayer les conflits entre la Séléka et les anti-balaka. Il démissionne donc le 10 janvier 2014, moins d'un an après son arrivée au pouvoir.

Le 20 janvier 2014, Catherine Samba-Panza, ancienne mairesse de Bangui, est nommée par le Conseil national de transition afin d'organiser des élections libres et transparentes. Celles-ci se déroulent entre décembre 2015 et mars 2016. À la suite de ces élections, le président Faustin Archange Fouadera est élu et la Constitution changée pour un régime semi-présidentiel et une décentralisation accrue (10).

Le pays toujours sous le contrôle armé

Malgré tout, la situation est loin d'être revenue à la normale. En effet, 80 % du territoire échappe encore aujourd'hui au contrôle du pouvoir central et est sous la coupe des différents groupes militaires (11). En 2018, selon l'entreprise spécialisée Marsh, le niveau de risque du pays était évalué à 25,5 sur une échelle de 0 à 100. Plus on s'approche du zéro, plus le pays est instable. La République centrafricaine est donc le deuxième pays le plus à risque en Afrique, derrière le Soudan du Sud, et le troisième au monde (12).

La signature d'un traité de paix en février 2019 entre le gouvernement et les différents groupes armés représente le principal effort à ce jour de la part de toutes les parties concernées. Par contre, les violences ont tout de même repris peu de temps après, menant aux évènements de janvier à Bria (13). Le 31 janvier 2020, le Conseil de sécurité des Nations unies a donc décidé de renouveler l'embargo sur les armes au pays jusqu'au 31 juillet 2020 (14). La crise humanitaire, les violences ainsi que l'instabilité politique qui sont le lot quotidien de la République centrafricaine semblent encore loin d'être réglées.




Références: :

(1) Cosset, Charlotte, « Centrafrique : lourd bilan à Bria après les derniers affrontements », RFI, 29 janvier 2020, URL http://www.rfi.fr/fr/afrique/20200129-centrafrique... consulté le 04/02/2020

(2) Abou Ez, Eléonore, « Centrafrique : des repères pour comprendre le conflit », France info, 02 mai 2018, URL https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/politiqu... consulté le 04/02/2020

(3) Dogru, Alaattin et Al, « Chronologie de la guerre civile en République Centrafricaine», Agence Anadolu, 21 novembre 2018, URL https://www.aa.com.tr/fr/afrique/chronologie-de-la... consulté le 04/02/2020

(4) Loc cit.

(5) Maynerie Ceriana, Andrea, « La Centrafrique, de la rebellion Séléka aux groupes anti-balaka (2012-2014) : usages de la violence, schème persécutif et traitement médiatique du conflit », Politique africaine, no. 134, Février 2014, 179-193, URL https://www.cairn.info/revue-politique-africaine-2... consulté le 04/02/2020

(6) Loc cit

(7) Abou Ez, Eléonore, Op cit

(8) UNHCR (Haut-Commissariat aux Réfugiés), URL https://data2.unhcr.org/fr/situations/car, consulté le 04/02/2020

(9) France Diplomatie, Ministère de l'Europe et des affaires étrangères « Présentation de la République centrafricaine », URL https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/re... consulté le 04/02/2020

(10) Loc cit.

(11) Abou Ez, Eléonore, Op cit.

(12) Marsh, Political Risk Map, 2018, URL https://www.marsh.com/content/marsh/political-risk... consulté le 04/02/2020

(13) Human Right Watch, « République centrafricaine : évènements de 2019 », 2020, URL https://www.hrw.org/fr/world-report/2020/country-c... consulté le 04/02/2020

(14) Corbeaunews, «République centrafricaine : le Conseil de sécurité renouvelle l'embargo sur les armes», Corbeau News Centrafrique, 31 janvier 2020, URL https://corbeaunews-centrafrique.com/republique-ce... consulté le 04/02/2020

Dernière modification: 2020-02-10 10:23:49

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