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22 septembre 2020

Shady Habash : le triste sort d'un réalisateur égyptien


Jérémy Bourgeois-Lortie
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

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2014
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2013
Renversement du président Mohamed Morsi en Égypte

décembre
2012
Référendum constitutionnel en Égypte

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2012
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juin
2012
Annonce de l'élection de Mohamed Morsi à la présidence de l'Égypte

février
2011
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2009
Discours de Barack Obama à l'université du Caire

septembre
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Élection de Hosni Moubarak à la présidence de l'Égypte

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Entrée en fonction de Boutros Boutros-Ghali au poste de secrétaire général des Nations unies

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1978
Signature des accords de camp David entre Israël et l'Égypte

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Discours historique du président Anouar el-Sadate devant la Knesset

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1973
Début du premier «choc pétrolier»

octobre
1973
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septembre
1970
Décès du président égyptien Gamal Abdel Nasser

août
1967
Ouverture d'un sommet des pays arabes à Khartoum

juin
1967
Début de la guerre des Six jours au Moyen-Orient

En 2013, l'actuel président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a orchestré un coup d'État pour remplacer le président Mohamed Morsi (1). Les années qui suivirent l'arrivée au pouvoir d'al-Sissi furent marquées par une détérioration des droits humains et une augmentation des pouvoirs des institutions militaires (2). Par conséquent, de nombreux journalistes et artistes ont ouvertement critiqué le régime d'al-Sissi, des artistes comme Shady Habash.

Des circonstances nébuleuses

Incarcéré sans procès en mars 2018 pour la réalisation du vidéoclip « Balaha », Shady Habash, un réalisateur de 24 ans, est décédé le 2 mai 2020 dans la prison de Tora, en Égypte. Le vidéoclip, qui constitue une critique d'al-Sissi, s'inspire du surnom de l'homme politique et d'un célèbre personnage cinématographique égyptien reconnu pour être un menteur compulsif (3). Habash ne fut pas le seul participant emprisonné puisque le parolier de la chanson, Galal el-Behairy, a été condamné à trois ans de prison par un tribunal militaire (4).

Le séjour en prison du jeune homme semble avoir été marqué par de mauvaises conditions de détention qui ont d'ailleurs empiré depuis le début de la pandémie de coronavirus. En effet, depuis l'apparition de celle-ci, les visites aux prisonniers ont été interdites (5). Toutefois, Shady Habash a réussi à faire parvenir un message à ses proches dans lequel il écrivait : « En prison, on doit se battre contre soi-même pour survivre et garder son intégrité. Le choix est entre devenir fou ou mourir à petit feu parce qu'on est jeté depuis deux ans dans une cellule sans savoir quand et comment on va en sortir (6). »

Les circonstances entourant la mort d'Habash ne sont pas totalement claires. D'une part, l'avocat Ahmed al-Khawaga affirmait que l'état de santé du prisonnier se détériorait depuis quelques jours, jusqu'à une hospitalisation le 1er mai 2020 (7). D'autre part, les autorités égyptiennes ont établi que le décès était dû à un empoisonnement à l'alcool. En effet, elles affirment que le jeune homme a confondu un gel désinfectant avec de l'eau, ingérant ainsi la substance mortelle (8).

La mort de Shady Habash a secoué ses proches, mais a aussi fait naître un sentiment de crainte dans les familles des autres détenus. Ramy Essam, le musicien derrière « Balaha », décrit le réalisateur comme un homme gentil et brave qui n'avait jamais fait de mal à personne (9). Il estime aussi qu'il y aurait eu négligence médicale dans le traitement du prisonnier (10).

Des libertés brimées et des droits humains bafoués

La situation du jeune réalisateur n'est pas unique en Égypte. Effectivement, près de 60 000 prisonniers politiques sont actuellement incarcérés (11). D'ailleurs, Amnistie internationale rapporte qu'au moins 20 journalistes ont été arrêtés et incarcérés arbitrairement pour avoir exprimé leurs opinions (12). La liberté de presse a aussi été limitée à la vieille de l'élection de 2018. Effectivement, 64 journaux ne s'alignant pas avec les médias gouvernementaux furent bloqués (13).

En ce qui a trait aux manifestations, elles sont limitées à dix personnes, les contrevenants pouvant faire face à une peine pouvant aller jusqu'à cinq ans d'emprisonnement (14). En plus des libertés d'expression qui sont restreintes, Amnistie internationale affirme dans son rapport de 2019 que la torture et les disparitions forcées sont présentes en Égypte (15).

En gardant cela à l'esprit et en ajoutant les nombreux autres droits qui sont brimés, il n'est pas étonnant que ce pays soit classé comme non-libre par l'organisation Freedom House (16). Avec un score de 21/100 sur l'indicateur cumulé des droits politiques et des libertés civiles, l'Égypte fait un peu mieux que la Russie (20/100) et l'Iran (17/100), mais fait pire que certains pays qui ont été durement touchés par des conflits au cours des dernières années, comme l'Irak (31/100) et l'Afghanistan (27/100) (17).

Les prisonniers politiques ne sont pas uniques à l'Égypte. En effet, plus de quarante pays dans le monde sont considérés comme non-libres selon Freedom House (18). Par conséquent, nous pouvons assumer que des cas comme celui de Shady Habash ne sont pas l'exception, mais plutôt la règle.

Médiagraphie

(1) Al Jazeera, « What is it like to live under President Sisi », 4 juillet 2017, URL [hyperlien] consulté le 20/09/2020.

(2) Ibid.

(3) SALLON, Hélène, « En Égypte, un jeune vidéaste meurt en prison après plus de deux ans de détention », Le Monde, 4 mai 2020, URL [hyperlien] consulté le 20/09/2020.

(4) Ibid.

(5) KODMANI, Hala, « Arrêté pour une chanson contre Al-Sissi, un jeune réalisateur égyptien meurt en prison », Libération, 4 mai 2020, URL [hyperlien] consulté le 20/09/2020.

(6) Ibid.

(7) BBC News, « Egypt says jailed filmmaker who mocked Sisi died from alcohol poisoning », 6 mai 2020,URL [hyperlien] consulté le 20/09/2020.

(8) Ibid.

(9) Al Jazeera, « Egypt: Shady Habash, filmmaker who mocked el-Sisi, dies in prison », 2 mai 2020, URL [hyperlien] consulté le 20/09/2020.

(10) MICHAELSON, Ruth, « Egypt says film-maker died in cell after drinking hand sanitiser », The Guardian, 6 mai 2020, URL [hyperlien] consulté le 20/09/2020.

(11) SALLON, Hélène, op. cit.

(12) Amnistie internationale, « Égypte 2019 », 2019, URL [hyperlien] consulté le 20/09/2020.

(13) Al Jazeera, « What is it like to live under President Sisi », 4 juillet 2017, URL [hyperlien] consulté le 20/09/2020.

(14) Ibid.

(15) Amnistie internationale, op.cit.

(16) Freedom House, « Global Freedom Statues », 2019, URL [hyperlien] consulté le 20/09/2020.

(17) Ibid.

(18) Ibid.



Dernière modification: 2020-09-28 13:02:00

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