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13 mai 2020

L'État burundais : de l'espoir jusqu'au fond du gouffre


Santiago Murillo Rincon
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

juillet
2019
Déclaration de l’Organisation mondiale de la santé sur l’épidémie d’Ebola

décembre
2018
Élections générales en République démocratique du Congo

octobre
2012
Ouverture du quatorzième Sommet de la Francophonie

mars
2012
Verdict de culpabilité de la Cour pénale internationale contre le Congolais Thomas Lubanga

octobre
2006
Élection de Joseph Kabila à la présidence de la République démocratique du Congo

décembre
2002
Signature d'un accord de paix relatif au conflit en République démocratique du Congo

mai
1997
Renversement du président congolais Mobutu Sese Seko

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

mai
1978
Déclenchement de l'opération Léopard au Zaïre

mars
1977
Déclenchement du conflit du Shaba au Zaïre

septembre
1976
Apparition du virus Ébola en Afrique

décembre
1967
Fondation du Parti révolutionnaire du peuple au Congo

novembre
1965
Coup d'État portant Joseph Mobutu au pouvoir en République démocratique du Congo

août
1964
Rébellion à Stanleyville, au Congo

mai
1963
Signature de la Charte constituant l'Organisation de l'unité africaine

septembre
1961
Décès du secrétaire général de l'Organisation des Nations unies, Dag Hammarskjöld

septembre
1961
Création de l'Union africaine et malgache

janvier
1961
Assassinat de l’ex-premier ministre congolais Patrice Lumumba

juin
1960
Proclamation de l'indépendance du Congo

Un premier accord visant à mettre fin à la guerre civile burundaise, en 2000, amène un vent de changement politique. Celui-ci se caractérise par la signature d'une nouvelle Constitution qui ouvre l'alternance du pouvoir entre les ethnies tutsie et hutue. En 2002, c'est au tour des deux groupes armés, le Front de libération nationale (FLN) et les Forces de la défense de la démocratie (FDD), d'accepter de faire la paix, de déposer les armes et de signer un traité de paix (1). Une partie des membres du FLN s'engagent dans l'armée régulière et l'autre se démilitarise (2). Alors que du côté des FDD, la majorité des membres ont créé un parti politique et les autres s'engagent dans l'armée à leur tour (3). Une fois la paix rétablie, le pays peut désormais bénéficier de l'aide internationale au développement. L'Union européenne (UE) devient ainsi le principal bailleur de fonds burundais jusqu'en 2016 (4).

Cependant, l'interruption de l'aide financière au gouvernement burundais devient officielle au début de 2016. Ce revirement de situation résulte d'une enquête menée par l'UE concernant le non-respect des droits humains et démocratiques au Burundi, comme stipulé à l'article 96 de l'Accord de Cotonou (5). Cette enquête révèle un problème qui va contrecarrer les efforts mis dans le redressement de la société burundaise depuis la fin de la guerre civile.

Un mandat qui met de l'huile sur le feu

La candidature de l'ex-chef du groupe armé hutu, Pierre Nkurunziza, pour l'obtention d'un troisième mandat en tant que président, sème le chaos. Cette candidature est vue comme une violation de la Constitution par une partie de la population, laquelle prend les rues d'assaut pour exprimer son mécontentent. Entre le début de la crise et l'année 2017, on estime le nombre de morts à 456. Plus de 283 personnes ont été torturées et 2 338 autres détenues de manière arbitraire.

La majorité de ces violations auraient été perpétrées par le groupe « Imbonerankure », affilié au parti du président Nkurunziza (6). Ce groupe a mené des campagnes de terreur en vue du référendum du 17 mai 2018 qui se déroule dans un climat d'intimidation (7). Le vote favorable permet au président de disposer des pleins pouvoirs exécutifs burundais jusqu'en 2034 (8). Nkurunziza renoncera toutefois à une nouvelle candidature lors de la prochaine présidentielle prévue pour 2020.

En 2014, la croissance du produit intérieur brut (PIB) est estimée à 4,2 %. Cependant, l'instabilité politique créée par la candidature possible du président Nkurunziza ainsi que les évènements qui ont suivi cette annonce ont pour effet de faire dégringoler cette croissance. Celle-ci passe à une valeur négative estimée à -3,9 % pour l'année 2015 (10). À lui seul, le retrait des capitaux étrangers représente un déficit budgétaire de plus de 50 % pour l'État burundais. Le manque de ressources primaires rend l'économie burundaise dépendante des importations. Or, le budget gouvernemental coupé de moitié ainsi que la mauvaise gestion budgétaire du président rendent les importations impossibles. À court de pétrole et d'argent, le Burundi fait donc face à une crise généralisée, où les plus scolarisés sont aussi les premiers à fuir le pays (11).

L'effet boule de neige de la crise

Dans une optique d'offre et de demande, le manque de pétrole du Burundi se traduit par l'inflation généralisée des prix. Le secteur de la pêche est durement affecté et le prix du poisson triple. L'augmentation des coûts dans l'industrie des transports retarde les livraisons d'engrais et, par le fait même, ralentit la production agricole du pays. Celle-ci représente plus de 20 % du PIB ainsi que plus de 70 % des emplois burundais (12). L'étendue de la crise a un impact dévastateur sur la quantité de devises disponibles.

L'effondrement de l'économie burundaise se fait sentir particulièrement dans les services sociaux. En raison des coupes budgétaires constantes, les écoles primaires ne peuvent plus offrir leurs services gratuitement. Dans le domaine médical, la situation économique et politique a fait fuir plus d'un cinquième des médecins burundais. Le système de santé doit alors reposer entre les mains de 500 médecins, lesquels doivent affronter un nombre de blessés constant dû aux violences de la part du parti au pouvoir (13). À cela s'ajoute le paludisme qui infecte un Burundais sur deux. Les répercussions sont d'autant plus désastreuses quand une telle épidémie frappe une population affamée, appauvrie et démunie de toute ressource pour contrer l'infection (14).

Migration burundaise : du pareil au même

Dans le but de fuir les persécutions du gouvernement Nkurunziza, plus de 43 000 Burundais se sont réfugiés au Nord-Kivu, une province de la République démocratique du Congo (RDC). Cette vague migratoire inquiète grandement la population et les autorités congolaises. En effet, la RDC fait face à une grande crise qui a forcé plus de 500 000 Congolais à quitter leur domicile (15). Ils ne sont donc pas en mesure de recevoir un tel nombre de réfugiés burundais, surtout s'ils sont atteints de paludisme. La RDC craint que les arrivants transmettent cette infection à la population locale, ce qui provoquerait une crise sanitaire. Les moyens au Congo sont très limités et la population est extrêmement pauvre, ce qui facilite la propagation de la maladie.

La République démocratique du Congo, le Burundi et le Soudan du Sud ont tous une caractéristique en commun, soit la pauvreté. En effet, la RDC est l'un des pays les plus pauvres au monde, en raison des crises récurrentes (16). Dans cette région, l'aide internationale est très faible, ce qui en fait la moins financée par l'Organisation des Nations unies (ONU). C'est pourquoi le gouvernement congolais a ordonné l'extradition des migrants burundais de la région du Nord-Kivu (17).

D'ici les élections prévues en mai 2020, les migrants burundais forcés de retourner au pays s'inquiètent des répercussions du gouvernement et de sa milice. L'espoir des Burundais repose alors sur l'ONU. D'un côté, l'intervention onusienne va peut-être permettre à la population d'éviter de nouvelles campagnes de terreur. De l'autre, le budget du plan d'intervention humanitaire en Burundi devra être suffisamment bonifié afin de mettre de l'ordre au pays (18).

Médiagraphie

(1) Le Monde, « Le Burundi au bord de la guerre civile », Le Monde Afrique, le 10 novembre 2015, URL [hyperlien] consulté le 23/04/20

(2) AFP, « Accord au Burundi entre le gouvernement et les rebelles du FLN », Le Monde Afrique, le 05 septembre 2007, URL [hyperlien] class='liendanstexte' href='/bilan/servlet/BMDictionnaire?iddictionnaire=1495'>gouvernement-et-les-rebelles-du-fln_785001_3212.html, consulté le 23/04/20

(3) Nindorera, Willy, « Le CDNN-FDD au Burundi : le cheminement de la lutte armée au combat politique », Berfhof Foundation, vol. 1, no. 10, URL [hyperlien] class='liendanstexte' href='/bilan/servlet/BMPays?codePays=BDI'>Burundi__Le_cheminement_de_la_lutte_armee_au_combat_politique.pdf, consulté le 22/04/20

(4) International Crisis Group, 2018, Soutenir la population burundaise face à la crise économique, URL [hyperlien] consulté le 23/04/20

(5) Conseil de l'Union européenne, 2020, Accord de Cotonou, URL [hyperlien] consulté le 23/04/20

(6) Four, Jean-Marc, « Le grand retour en arrière du Burundi », France Inter, le 16 mai 2018, URL [hyperlien] consulté le 23/04/20

(7) AFP, « Burundi : l'ONU dénonce les exactions des Imbonerakure », Jeune Afrique, le 28 juin 2018, URL [hyperlien] consulté le 23/04/20

(8) AFP, « Référendum au Burundi : le oui l'emporte avec 73,2 % des voix », Jeune Afrique, le 22 mai 2018, URL [hyperlien] consulté le 23/04/20

(9) International Crisis Group, op. cit.

(10) Banque Mondiale, Croissance du PIB (% annuel) – Burundi, URL [hyperlien] consulté le 23/04/20

(11) International Crisis Group, op. cit.

(12) Kuriyo, Benjamin, « Le secteur Agricole, moteur de croissance de l'économie nationale », Burundi Eco, le 22 février 2019, URL [hyperlien] consulté le 23/04/20

(13) Nantulya, Paul, « Le Burundi, la crise oubliée, brûle toujours », Centre d'études Stratégiques de l'Afrique, le 03 octobre 2019, URL [hyperlien] consulté le 23/04/20

(14) AFP, « Le Burundi déclare une épidémie de paludisme », Le Figaro, le 14 mars 2017, URL [hyperlien] consulté le 23/04/20

(15) Organisation des Nations Unies, 2019, RDC : le HCR compte apporter une assistance aux réfugiés qui bénéficiera aux populations locales, URL [hyperlien] consulté le 23/04/20

(16) Ibid.

(17) Magazine KivuPress, « Nord-Kivu : l'arrivée massive de réfugiés burundais inquiète la population », KivuPress, le 14 mars 2020, URL [hyperlien] consulté le 24/04/20

(18) Organisation des Nations Unies, 2019, Conseil de sécurité : le Burundi prépare les élections générales de 2020 dans un contexte jugé insuffisamment inclusif par certains intervenants, URL [hyperlien] consulté le 23/04/20



Dernière modification: 2020-05-18 10:43:23

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.

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