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11 février 2020

Second mandat pour le président afghan Ashraf Ghani


Philippe Proulx
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

février
2020
Accord de paix conditionnel en Afghanistan entre les États-Unis et les talibans

septembre
2019
Série d’attentats terroristes en Afghanistan

avril
2014
Élection présidentielle en Afghanistan

septembre
2012
Manifestations anti-américaines dans plusieurs pays arabes

août
2009
Tenue d'une élection présidentielle en Afghanistan

octobre
2001
Bombardements par les Américains et les Britanniques en Afghanistan

août
1998
Bombardement des États-Unis en territoire afghan et soudanais

septembre
1996
Prise de Kaboul, en Afghanistan, par les talibans

mai
1984
Annonce du boycott des Jeux olympiques de Los Angeles par l'Union soviétique

juillet
1980
Boycott des Jeux olympiques de Moscou par des pays occidentaux

décembre
1979
Intervention militaire soviétique en Afghanistan

juillet
1973
Proclamation de la République d'Afghanistan

septembre
1961
Ouverture d'une conférence des pays non-alignés à Belgrade

Le 22 décembre 2019, la commission électorale indépendante afghane annonçait les résultats tant attendus de l'élection présidentielle d'Afghanistan tenue précédemment le 28 septembre 2019. Le président sortant Ashraf Ghani est réélu en remportant la majorité absolue (1). Opposé principalement au chef de l'exécutif Abdullah Abdullah, Ghani a obtenu 50,64 % des votes, comparativement à 39,52 % des voix remportées par son rival politique (2).

Toutefois, Abdullah Abdullah a qualifié l'élection de « frauduleuse » et a déclaré qu'il contesterait par tous les moyens légaux possibles les résultats afin de séparer les faux votes des votes réels (3). C'est dans ces circonstances qu'Ashraf Ghani amorce son deuxième mandat présidentiel.

Patriotisme ou ambition?

Né en Afghanistan en 1949, Ashraf Ghani passe son enfance dans la province de Logar, avant de s'établir au Liban pour débuter ses études universitaires en anthropologie. Il retourne ensuite en Afghanistan afin d'enseigner l'anthropologie à l'université de Kaboul, avant de se rendre aux États-Unis afin de poursuivre des études supérieures en 1977 (4). L'invasion de l'Afghanistan par l'Union soviétique ainsi que la guerre civile qui suit le forcent à demeurer en exil aux États-Unis (5). Il obtient son doctorat en anthropologie en 1983 et enseigne dans plusieurs universités américaines. En 1991, il accepte un poste au sein de la Banque mondiale et se spécialise dans le développement international (6).

Après la chute du régime taliban en 2001, Ghani retourne en Afghanistan et devient ministre des Finances sous le président Hamid Karzai (7). Visant à combattre l'importante corruption en Afghanistan et à reconstruire le pays à la suite des années de souffrances aux mains des talibans, il se présente à l'élection présidentielle de 2009 et termine quatrième à la suite du comptage des suffrages (8). En 2014, il se présente de nouveau aux élections et, cette fois-ci, il est élu en remportant plus de 55 % des votes (9).

Pays en ruine

Investi à la présidence de l'Afghanistan, un pays ravagé par la guerre, le terrorisme et la corruption, Ashraf Ghani concentre ses efforts à la reconstruction de l'État. Au cœur de la politique intérieure du chef de l'État, se retrouve la situation sécuritaire tumultueuse et la nécessité d'établir un accord de paix durable pouvant garantir la sécurité à l'intérieur des frontières (10). Bien que l'intervention militaire américaine de 2001 ait renversé le régime autocratique taliban, l'organisation islamiste maintient encore de l'influence sur certaines régions afghanes. Multipliant les attentats terroristes et les tentatives de reconquête de territoires, les talibans exercent toujours une menace à la sécurité (11).

En février 2018, le président invite les talibans à venir négocier et propose de reconnaitre leur organisation comme parti politique légitime. Fidèles à eux-mêmes, ils rejettent la concession (12). Ghani semble prédisposé à faire des compromis aux talibans, ce qui donne l'espoir de parvenir à une entente de paix. À ce sujet, il est vivement critiqué par ses opposants politiques, notamment Abdullah Abdullah qui considère que le gouvernement doit sembler fort à la table des négociations (13).

Sur le plan économique, lors de la présentation de son cabinet en 2015, le président a promis de s'attaquer à l'extrême pauvreté ainsi qu'au taux de chômage relativement élevé (14). En effet, les statistiques démontrent que plus de 50 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et que plus de 40 % des habitants sont au chômage (15). S'attaquant à ces problèmes, Ghani préconise un meilleur accès à l'éducation ainsi que l'égalité entre les hommes et les femmes. Pour lui, la participation des femmes au sein du milieu politique et socioéconomique est vitale afin d'assurer un avenir démocratique et prospère en Afghanistan (16). L'avenir économique du pays semble d'ailleurs prometteur puisque sous le gouvernement d'Ashraf Ghani, on observe des progrès en matière d'éducation ainsi que la création de plusieurs emplois (17).

Influences extérieures

Depuis 2001, les États-Unis demeurent un allié militaire et économique important pour l'Afghanistan, les deux unissant leurs forces pour combattre le terrorisme (18). En remportant l'élection présidentielle américaine de 2016, Donald Trump a partagé l'intérêt à son homologue afghan de mettre fin au conflit avec les talibans. Souhaitant réduire les effectifs militaires en Afghanistan, il favorise une position de négociations entre le gouvernement afghan et l'organisation islamiste. Les États-Unis ont envoyé Zalmay Khalilzad, un ancien ambassadeur des États-Unis auprès de l'Organisation des Nations unies, pour mener les négociations entre les deux camps (19). De surcroît, les deux pays souhaitent en venir à une entente avec les talibans (20).

Depuis quelques années, la Chine démontre des intérêts économiques et diplomatiques en Afghanistan. En effet, avec le retrait probable des troupes militaires américaines en Afghanistan dans les prochaines années, la Chine voit l'occasion d'assurer le rôle de garant de la paix qu'occupent les États-Unis (21). La Chine est également favorable aux négociations entre les talibans et le gouvernement afghan, car la fin du conflit permettrait de réduire de manière significative la menace terroriste en Afghanistan ainsi qu'au Moyen-Orient. De plus, un accord de paix augmenterait l'activité économique chinoise dans la région (22). Le maintien de relations prospères entre les deux pays est important pour le gouvernement afghan, puisque la Chine exerce une influence stratégique importante sur le Pakistan. Cette influence pourrait potentiellement induire une situation de stabilité pakistanaise, ce qui serait bénéfique pour l'Afghanistan.

Sous le règne d'Ashraf Ghani, l'avenir semble prometteur. Il reste à voir comment ce dernier sera en mesure d'adapter le milieu politique ainsi que la société au retour des talibans si un accord a lieu entre les deux camps.

Médiagraphie

(1) Le Monde, « En Afghanistan, Ashraf Ghani remporte la majorité à l'élection présidentielle, Abdullah conteste », 22 décembre 2019, URL [hyperlien] consulté le 11 février 2020.

(2) L'Express, « Afghanistan : le président sortant Ashraf Ghani réélu, son adversaire conteste », 22 décembre 2019, URL [hyperlien] consulté le 11 février 2020.

(3) Xiaoxia, « Afghan president welcomes initial election results, Abdullah challenges », Asia & Pacific, 23 décembre 2019, URL [hyperlien] consulté le 11 février 2020.

(4) Encyclopædia Britannica, Ashraf Ghani President of Afghanistan, 1 janvier 2020, URL [hyperlien] consulté le 11 février 2020.

(5) Islamic Republic of Afghanistan, Biography – Ashraf Ghani, URL [hyperlien] consulté le 11 février 2020.

(6) Encyclopædia Britannica, op.cit.

(7) Ghilzai, S., « Biography of Ashraf Ghani », Afghanistan Online, 21 octobre 2015, URL [hyperlien] consulté le 11 février 2020.

(8) BBC News, « Who is Ashraf Ghani? The technocrat who sought to rebuild Afghanistan », 26 septembre 2019, URL [hyperlien] consulté le 11 février 2020.

(9) Craig, Tim, « Ghani named winner of Afghan election, will share power with rival in new government », The Washington Post, 21 septembre 2014, URL [hyperlien] consulté le 11 février 2020.

(10) Arif, Samim, « Ashraf Ghani's grand plan for sustainable peace in Afghanistan », Aljazeera, 3 avril 2019, URL [hyperlien] consulté le 11 février 2020.

(11) Racine, Jean-Luc. « Où va l'Afghanistan ? », Politique étrangère, pp. 103-116, 2018, URL [hyperlien] consulté le 11 février 2020.

(12) loc.cit.

(13) Pakzad, Karim, « Après l'investiture d'Ashraf Ghani, quelles perspectives pour l'Afghanistan ? », IRIS, 1 octobre 2014, URL [hyperlien] consulté le 11 février 2020.

(14) Tolo News, « President Talks Plans for Economic Growth, Other Policy Priorities With Parliament », 20 janvier 2015, URL [hyperlien] consulté le 11 février 2020.

(15) Bussard, Stéphane, « L'Afghanistan est à «un point de rupture» », Le Temps, 26 novembre 2018, URL [hyperlien] consulté le 11 février 2020.

(16) Alam, Maleysha, « Equality for Afghan women remains a critical goal for President Ghani », Public Radio International, URL [hyperlien] consulté le 11 février 2020.

(17) Racine, Jean-Luc, op.cit.

(18) U.S. Embassy in Afghanistan, U.S.-Afghanistan Relations, URL [hyperlien] consulté le 11 février 2020.

(19) Stewart, Phil, Landay Jonathan, Hamid Shazili, « In U.S. pursuit of peace talks, perilous rift opens with Afghan leader », Reuters, 27 mars 2019, URL https://www.reuters.com/article/us-usa-afghanistan/in-u-s-pursuit-of-peace-talks-perilous-rift-opens-with-afghan-leader-idUSKCN1R809V, consulté le 11 février 2020

(20) Nig, Abigail, « Afghan president claims ‘excellent relationship' with Trump amid talk of US troop reductions », CNBC, 24 janvier 2020, URL [hyperlien] consulté le 11 février 2020.

(21) Pandey, Shubhangi, « Understanding China's Afghanistan policy: From calculated indifference to strategic engagement », Observer Research Foundation, 6 août 2019, URL [hyperlien] consulté le 11 février 2020

(22) Stone, Rupert, « Slowly but surely, China is moving into Afghanistan », TRT World, 18 février 2019, URL [hyperlien] consulté le 11 février 2020.

(23) Pandey, Shubhangi, op.cit.



Dernière modification: 2020-02-17 07:55:43

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